Il arriva, comme j'étais au-bord du Tigre, que ceci
(1) Ce nom de Balthasar est indifféremment donné à Daniel et au dernier roi de Babylone. Dans le texte hébreu, ils sont distincts l’un de l’autre. Le roi se nomme Bélshatsar et Daniel Bélteshatsar; ce sont les LXX qui ont opéré cette confusion en rendant ces deux mots par Balthasar (cf. Dan., F, 7, et V, 1). La lecture du nom de ce dernier roi de Babylone est très problématique: M. Oppert nous disait récemment qu’il n'était pas encore sûr qu'il fallût lire Bil-sarruusur l’idéogramme de l'inscription de Nabunaïd que l'on rend communément par Balthasar.
(2) C£ Dan. X, 1, 2, 3 : « La troisième année de Cyrus, roi de Perse, une parole fut révélée à Daniel, qu'on nomme Bélteshatsar ; et cette parole est véritable... En ce temps-là, moi, Daniel, je fus dans le deuil pendant trois semaines; je ne mangeai point de mets délicats; il n’entra dans ma bouche ni viande ni vin, et je ne m'oignis point jusqu’à ce que les trois semaines fussent accomplies. »
MOV me fut révélé; je regardais (r) : voici les quatre vents du ciel étaient poussés vers la grande mer (2).
3. Je vis quatre bêtes très redoutables montant du fleuve (3).
4. La première bête ressemblait à un ours, ayant des ailes comme un aigle. Je regardais, attendant que de ses ailes il volât; un cœur humain lui fut donné et il se tint sur ses pieds (4).
5. La deuxième bête ressemblait à de la chair humaine; excessivement horrible, elle se tenait sur le flanc. Je la regardais jusqu'à ce que les trois quarts de sa face fussent brisés et le quatrième quart restait ferme. Je la regardais jusqu’à ce que ses dents fussent arrachées de sa bouche (5).
6. La troisième bête ressemblait à une panthère; elle avait des ailes, quatre têtes, dévorant avee rapidité et
dispersant ce qui restait (6).
(1) CE. Dan., X, 4, 52 : « Et le vingt-quatrième jour du premier mois, j'étais sur le bord du grand fleuve Hiddékel (le Tigre). Et je levai les yeux et je regardai. »
(2) Cf. Dan., VIT, 2 : « Je regardais, dans ma vision, pendant la nuit, et voici, les quatre vents des cieux se levèrent avec impétuosité sur la grande mer. »
(3) Cf. Dan., VII, 3 : « Et quatre bêtes montèrent de la
mer... »
(4) Cf. Dan., VII, 4, où la première bête est un lion avec
des ailes d’aigle.
(5) Cf. Dan., VII, 7, où la bête informe est la quatrième
et la plus puissante, (6) Cf. Dan., VIL, 6, où le lévpard ressemble beaucoup à
notre panthère.
7. La quatrième bête que je vis ressemblait à un lion, bête de beaucoup plus terrible que toutes les bêtes qui avaient été avant elle. La puissance et une grande force lui furent données; ses mains étaient de fer, ses ongles d’airain ; dévorant, mâchant, broyant de ses pieds ce qui restait. Je vis dix cornes qui sortaient de sa tête; je vis aussi une autre petite corne, qui sortait à côté de ces dix cornes. Et une grande puissance et une force remarquable lui furent données. Je vis quatre autres (cornes) qui montèrent à sa gauche, puis quatre autres qui montèrent derrière toutes celles-là ; chacune d’entre elles était différente des autres, et entre elles toutes, elles formaient dixneuf (cornes) (1).
8. Et j'entendis une voix qui me dit : « Daniel, homme désiré (2), connais ce que tu as vu.» Mais je lui dis : « Comment puis-je le connaître, si personne ne me guide? »
(1) Cf. Dan., VIT, 4 et 8, où le lion est la première bête et où la quatrième bête n’a que onze cornes. D'où viennent les dix-neuf cornes de notre Apocalypse? Elles désignent sans doute les dix-neuf rois de la race des fils d’Ismaël, c’est-àdire les quatorze Fatimites, plus une dynastie de cinq rois, soit les Toulonides soit les Ekhchîdides. Dans l’Apocalypse syriaque d’Esdras {Revue sémitique, t. I, p. 334 et 335), la bête, le serpent, a successivement douze cornes sur la téte, neuf sur la queue, une grande corne sur la queue, laquelle pousse deux petites cornes à sa pointe; et l’auteur a soin de renvoyer le lecteur à la révélation de Dieu touchant les neuf cornes, ci Pr Esdras XII.
(2) C'est l’expression hébraïque MMS LAN de Dan., X, 11, 19; IX, 23, et qui se retrouve au commencement de l’Apocalypse arménienne.
9. Je regardai et je vis un ange de Dieu debout à ma droite. Ses aïles étaient extrêmement éclatantes. J’eus peur et je tombai à terre. L'ange me saisit, mefittenir sur mes pieds en me disant : « Tiens-toi sur tes pieds, afin que je t'annonce ce qui arrivera aux derniers temps (1).
10. Les quatre bêtes quetu as vues sont quatre royaumes. La bête que tu as vue, semblable à un ours, est le roi de Perse. Il possèdera la terre cinq cent cinquantecinq (555) ans. Ensuite il périra avec son royaume; il ne sera pas puissant pour toujours (2).
11. La deuxième bête que tu as vue, semblable à de la chair humaine, c’est le roi des Romains : 1] s'emparera de la terre comme par le fer; il s'étendra sur elle; 1l dominera par ses armées jusqu’à la terre des Ethiopiens, et il régnera sur elle neuf cent onze ans. Mais il ne possèdera pas la capitale du royaume, avant que des jours nombreux soient accomplis (3).
(1) Cf. Dan., VII, 17-19 : « Et il vint près du lieu ou j'étais, et, à sa vue, je fus épouvanté et je tombai sur ma face, et il me dit : Comprends, fils de l'homme, car la vision est pour le temps de la fin. Et comme il me parlait, je m'assoupis la face contre terre, mais il me toucha et me fit tenir debout à la place où j'étais. Et il me dit : Voici, je viens t'apprendre ce qui arrivera au dernier temps de la colère. »
(2) Aucune des dates données dans notre Apocalypse n'est exacte : elles sont toutes de pure imagination. La domination des Perses en Egypte dura depuis Cambyse jusqu’à la mort de Darius II, en 330, ou mieux jusqu’en 332, lorsque Alexandre s’empara de l'Egypte, soit donc de 530 à 332, ou cent quatre-vingt-dix-huit ans, et non cinq cent cinquantecinq.
(3) L'an 30 avant J.-C., Octave réduit PEgypte en pro-
12. La troisième bête que tu as vue, qui ressemblait à une panthère, c’est le roi des Grecs. Il régnera sur la
terre mille ans et trente jours; mais son règne ne durera pas (1).
13. La quatrième bête que tu as vue, qui ressemble à un lion, c’est le roi des fils d’'Ismaël. Il régnera longtemps sur la terre et sera très puissant pendant de nombreux jours. Ce royaume sera de la race d'Abraham et de l’esclave de Sara l'épouse d'Abraham. Toutes les villes des Perses, des Romains et des Grecs seront détruites; dix-neuf rois de cette race d’entre les fils d’Ismaël régneront sur la terre ; ils régneront jusqu’à ce que soit arrivé le temps de leur fin (2).
vince romaine; l’an 22 après J.-C., les Romains se hasardent en Ethiopie et repoussent une invasion de la Candace d’Ethiopie. Par suite du transfert de la capitale, de Rome à Constantinople, l'Egypte devient tributaire de cette dernière, ce qui rend absurde ce chiffre neuf cent onze ans (cf. Amélineau, Résumé de l'histoire de l'Egypte, Paris, 1804, p. 188, 190 et 220).
(1) La domination byzantine en Egypte dura approximativement depuis 312, sous Constantin, jusqu’au jour de la prise d'Alexandrie par Amrou, 641, jour où les Grecs retournérent pour toujours à Constantinople.
(2} Comme nous l’avons dit à propos des dix-neuf cornes, ce nombre dix-neuf doit représenter les quatorze califes fatimites, et probablement les cinq Ekhschidides. Il se pourrait faire encore que ce nombre dix-neuf fût fantaisiste, ou qu’il fût une réminiscence dés dix-neuf rois du royaume d'Israël, depuis Jéroboam jusqu’à Osée. — L’expression /a terre doit désigner la terre d'Egypte et non la terre en général; l’article la est déterminatif, — Notre auteur ne parle que des dix der-
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14. Le dixième roi d’entre eux sera comme un prophète; le nombre de son nom est 300. Il pratiquera la justice, donnera du pain aux affamés, des vêtements à ceux qui sont nus. Il affranchira ceux qui sont esclaves. Sa miséricorde se répandra sur toute la terre, et sa justice jusqu’au ciel (1). |
15. Le onzième roi d’entre eux pratiquera liniquité sur toute Ja terre; 1l ruinera les ouvrages anciens. [Il per- sécutera ceux qui sont sur la terre, afin qu’on ne trouve plus personne qui y habiteou y séjourne. Tous les hommes gémiront quarante-deux mois. Si le Dieu du ciel
niers rois, c’est-à-dire des dix derniers fatimites. Il faut donc, pour que notre hypothèse se vérifie, que les traits principaux fournis par l’Apocalypse aient quelque attache avec les données de l'histoire. Or, nous croyons avoir trouvé sufhsamment de rapports, pour oser consigner ici nos résultats. M. Darmesteter, en étudiant l’Apocalypse persane, a dû passer sur bien des rois sans pouvoir les identifier. — Nous avons puisé nos renseignements surtout dans les ouvrages suivants: Egypte moderne, par J.J.Marcez; — Résumé de l'histoire de l'Egypte, par E. AMÉLINEaU ; — Encyclopédie moderne, publiée par Firmin-Didot, Paris, 1848.
(1) Ce dixième roi nous semble être le fils de Moezz, c'està-dire Nazar ben-Maad Abou-l-Mansour, surnommé el- Aziz-Billah, « le puissant par Dieu ». Ce que nous dit l’histoire correspond assez bien avec la peinture de ci-dessus ; son règne de vingt et un ans et six mois fut tranquille; il épousa une femme chrétienne qui eut beaucoup d’influence sur lui; « les historiens orientaux représentent ce prince comme étant d’un excellent naturel, aimant son peuple, rempli de bonté, de modération et de clémence » (J. I. Marcez, Egypte moderne, p. 103").
SM Pres le supporte avec indulgence, son règne durera quarante mois (1).
16. Le règne du douzième roi d’entre eux sera affermi par suite des jugements de sa bouche. Il accomplira sur la terre des actions méchantes, tellement que les hommes s'étonneront de ce qu’il a fait. Il y aura beaucoup de guerres pendant son règne. À la fin des temps, un roi troublera complètement le royaume des Ismaélites pendant cent quarante-sept ans. Dans la cent dixième année de son règne, il aura une guerre avec les Ethiopiens. Les Ismaélites régneront sur eux, jusqu’à ce qu'ils aient dépouillé la ville du royaume, laquelle est Souban. Ils leur enverront des messagers pour demander la paix; ils leur donneront de l'argent et de l'or en grande quantité, on leur paiera un tribut en Ethiopie (2).
(1) La cruauté, la folie et l’orgueil de E/-Hakem sont connus. [1 se fit passer pour Dieu, inscrivit sur un registre le nom de ses adhérents, et ordonna de brûler le Caire; une
‘partie de la ville fut la proie des flammes, l’autre partie fut livrée au plus désastreux pillage par les soldats de Hakem. Quant à la durée de son règne, elle est de pure fantaisie. L'auteur emprunte ce nombre quarante-deux à Apoc. XI, 2, qui l'emprunte à Dan. VII, 25 et XII, 7. Un temps, deux temps et un demi-temps font trois ans et demi, c’est-à-dire quarante-deux mois à trente jours. Hakem périt assassiné sur l'ordre de sa sœur; bien que sa mère fût chrétienne, il maltraita cruellement les Chrétiens et les Juifs.
(2) Nous ne savons quel est ce roi qui régna au moins cent dix ans et qui eut beaucoup de guerres pendant son règne. Nous avons parcouru la liste des califes et nous n’en avons trouvé aucun dont le règne ait duré si longtemps. [1 vaut mieux croire, soit à une erreur de copiste, soit à une inten-
45 = 17. Le treizième d’entre eux n'habitera pas du tout dans ce royaume, et ils ne le craindront pas. Son règne sera de peu de jours (1).