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La naissance du Sauveur, l'Épiphanie (6 janvier) (1), est encore célébrée par les Arméniens comme du temps de leurs ancêtres. La nuit qui précède cette fête est employée à l’accomplissement de rites particuliers. Nous n'en citerons qu'un, qui nous intéresse de près : à une certaine heure de la nuit, lorsque tous les fidèles sont assemblés, un jeune garcon ou une jeune fille, en vêtement rouge ou jaune, lit en entier le livre de Daniel. Ce seul trait indique la grande autorité que les Arméniens accordaient et accordent encore au livre biblique de Daniel. Rien d'étonnant dès lors que dans la littérature arménienne nous rencontrions, comme dans l'église copte et grecque, quelque Apocalypse mise au jour sous le pseudonyme de Daniel. C'est ce qui arriva, et à l'heure actuelle nous connaissons trois manuscrits d’une Apocalypse arménienne apocryphe attribuée à Daniel: deux sont à la bibliothèque des Méchitaristes, à Vienne ; le troisième est à la bibliothèque du palais épiscopal de
Lambeth, à Londres. Nous ne reproduisons pas les
(1) L'Église d'Orient célèbre la naissance du Sauveur le 6 janvier, en souvenir de la création d'Adam, qui eut lieu le sixième jour. L'Église d'Occident fixa le jour de Noël (natalis dies) au 25 décembre (d’après le cours d’histoire ecclésiastique de M. Bonet- Maury, année 1893-1804). Voir Origines du culte chrétien, de M. l’abbé Duchesne, Paris, 1880, p. 247 ; H. Usener, das Weihnachtsfest, Bonn, 1880.
nr indications bibliographiques et historiques que le P. Gr. Kalemkiar a mises en tête de son texte arménien de la septième vision de Daniel, dans la Wiener Zeitschrift Jür die Kunde des Morgenlandes, VI Band, 2 Heft, Wien 1892, p. 109 ss. Nous y renvoyons le lecteur. Il nous suffira de dire que notre apocryphe est intitulé La septième vision de Daniel, parce que le livre biblique de Daniel est divisé en six visions dans la Bible arménienne, et qu’une nouvelle vision, venant s’ajouter aux précédentes, occupait naturellement le septième rang (1). Rome s’éteignait peu à peu, depuis que Constantin avait transféré le siège de l'empire sur les rives du Bosphore. Ensevelie dans sa gloire passée, abandonnée des empéreurs qui la méprisaient, exposée aux invasions des Barbares, elle devait céder la place à la jeune et brillante capitale qui représentait le nouvel ordre de choses. Rome avait été la capitale du monde païen : Constantinople devint celle du monde chrétien. Admirablement située sur le Bosphore et la Corne d'or, protégée d’autre part par son double rempart de treize kilomètres de longueur, Constantinople put braver pendant des siècles les efforts de ses ennemis. Du haut
(1) La division en six visions, dans la version arménienne, n’est qu’un reste imparfait d’une division grecque en douze visions que nous retrouvons dans le Codex Alexandrinus. Les cinq premières sont les mêmes dans les deux textes; la sixième de l’arménien correspond à la onzième du grec. Il résulte de là que le titre au moins de notre Apocalypse est purement arménien.
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de ses remparts, elle vit passer successivement les flots dévastateurs des Barbares, Wisigoths, Germains, Ostrogoths, Suèves, Alains, Vandales, Huns, Sarrazins, Bulgares, se ruèrent tour à tour contre ses murs ou l’assaillirent de leurs flottes; Constantinople resta debout, prolongeant la tradition de l'empire romain jusqu’au milieu du quinzième siècle. Cependant, dans son sein, se passaient d’étranges choses, sanglantes tragédies, querelles religieuses et révolutions de palais, intrigues et corruption, massacres et incendies, qui risquaient d’anéantir cette ville que ne pouvaient prendre les Barbares. Et malgré tout, Constantinople restait le boulevard du christianisme oriental.
C’est là le sujet grandiose qui s’offrait à l’auteur de la septième vision de Daniel. Sous une allégorie historique, il dépeint cette période agitée, où les nations étaient comme en ébullition, où se dessinait dans ce flux et ce reflux de peuples, dans ce chaos incompréhensible en apparence, le plan de Dieu qui préparait la venue des temps messianiques. Notre auteur nous en fait une description détaillée; ces bouleversements gigantesques, ces convulsions de la société au cinquième siècle, ne pouvaient-ils pas paraître comme le prélude de la catastrophe finale qui serait suivie du retour du Messie ?
Il se peut que l’Apocalypse arménienne de Daniel soit une traduction d’un original grec (Kalemkiar); les Arméniens sont avant tout des traducteurs, et leurs productions personnelles se sentent toujours de la servitude dans laquelle ils ont été maintenus. La langue de notre
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URSS . Apocalypse, assez barbare du reste, renferme plusieurs heliénismes. Le jour où l'on saura quel était l'apocryphe de Daniel dont parlent Nicéphore et le pseudo-Athanase, ce jour-là on pourra établir scientifiquement les rapports de parenté qui existent entre les divers apocryphes de Daniel; en attendant, nous serions disposé à voir dans notre Apocalypse un original arménien.
L'interprétation de l'Apocalypse arménienne ne va pas sans de grandes difficultés, qui peuvent se ranger sous deux chefs principaux : 1° il est de l'essence même d’une Apocalypse de renfermer des faits cités à faux et destinés à donner le change au lecteur ; 2° dans notre Apocalypse en particulier, nous avons la conviction qu’une même expression doit désigner deux ou plusieurs personnes ou objets. Ainsi la ville aux sept collines est indifféremment Rome et Constantinople; le chien désigne un chef barbare, et seule une étude minutieuse du contexte permet d’appliquer ce mot à Genséric, Ricimer, Odoacre, Théodoric, etc.
Malgré ces difficultés et le vague de certains traits impossibles à préciser, nous croyons qu'une étude attentive
de l’Apocalypse arménienne conduit aux résultats sui-.
vants.
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