‹ Les apologistes espagnols au XIXe siècleChapitre 60 sur 86 · FETES · texte numérisé non relu

FETES

furent imposées : les lois scolaires, la loi militaire, la loi d’accroissement, l’impôt sur le revenu des congrégaiions, la loi sur les fabriques, la loi du divorce. Il fut témoin des interprétations judaïques du Concordat, qui amenèrent la réduction du traitement des évêques, la suppression de celui des chanoines, la confiscation arbitraire, en dehors de toutes les formes juridiques, du modeste traitement des curés par mesure disciplinaire, le retrait du passage gratuit sur les paquebots de l'Etat des missionnaires, qui vont porter dans de lointains parages le nom, l'influence et la gloire de la France. La loi sur les associations, faite contre les congrégations «religieuses, fut déposée ; mais elle fut ajournée, L’évêque d'Angers brilla au premier rang parmi les défenseurs des droits de l'Eglise, indignement méconnus et sacrifiés par la haine des sectaires. Il tint tête aux 363 du bloc. Il leur disputa le terrain pied à pied, montant à la tribune comme un soldat à l’assaut d’une forteresse, jamais découragé, ni par la fatigue, ni par l'opposition qu'il rencontrait, n1 par la déloyauté et le parti pris de ses adversaires. Daniel, dans la fosse aux lions, apprivoisa ces fauves; lui n'eut pas la même chance auprès des fauves de la Chambre : cependant il ne fut pas mangé. |

L’évêque n’eut pas d'emblée le genre parlementaire; il était plutôt né pour siéger dans un concile, où l’on pose des thèses théologiques, qu’on démontre par des textes de l'Ecriture et de la tradition. Il débuta en scolastique, menant avec vigueur le raisonnement, procédant par déductions serrées. Chez lui le prédicateur se faisait sentir : il chantait, il ne parlait pas. Mais admirablement doué des facultés d'observation et d’assimilation, il fit assez vite son apprentissage ; il acquit dans les débats la facilité de parole qui le dispensait de réciter une leçon apprise, — méthode défavorable quoique Montalembert l’eût employée sans détriment pour sa grande éloquence — la souplesse du langage qui sait prendre tous les tons, et jusqu’à la réplique aux interpellations qu’on lui adressait de droite ou de gauche, trouvant de temps en temps des mots à l’emporte-pièce, un peu rares chez lui.

Il devint surtout parlementaire par la bien La compétence en matière de théologie, de philosophie, d'histoire, qui se révèle dans ses harangues, n’étonne personne; il était sur son terrain comme savant et comme évêque. Sa compétence sur les questions politiques, militaires, économiques, administra-

tives, financières débattues à la Chambre, frappait davan-

- tage : elle était très grande chez lui. C'était un laborieux, un

consciencieux, qui préparait avec soin les questions qu'il abordait à la tribune. Le Bulletin des lois, les articles des Codes, les circulaires ministérielles, les arrêts de la Cour de cassation, les décrets du Conseil d'Etat, les variations de la

législation, les statistiques, les opinions des jurisconsultes et

des commentateurs des Codes, le sentiment des hommes qui font autorité en France ou à l'étranger, cet outillage un peu compliqué, où les armes rouillées se mêlent à celles de bonne trempe, nécessaire à un parlementaire qui a un rôle dans les Chambres, l’évêque d'Angers le possédait, Aussi à la fin de la première législature il avait pris rang parmi les députés en vue; on le respectait même à gauche : « Ecoutez donc cet homme, disait un jour Gambetta à des voisins distraits, il nous apprend quelque chose ».

Une autre qualité qu’il apporta dans la vie parlementaire, et qui ne contribua pas médiocrement à sa supériorité comme apologiste, ce fut l'indépendance de son caractère. Il vint à la Chambre pour défendre l'Eglise d’abord, ensuite la société

contre les assauts que leur livraient les sectaires de toute cou-

leur, maîtres de la situation. Il n'obéit Jamais à l’esprit de parti; en politique il était neutre : ni monarchiste, ni républicain; catholique et Français tout court, Il avait servi l’em-

pire qui le fit évêque; il aurait accepté une république honnête:

il avait plutôt des préjugés contre les Bourbons; en devenant le député d’une circonscription monarchique, il laissa sa co-

carde à la poche, ne professant d’autre doctrine que le conser-

vatisme chrétien. Dans cet état d'esprit, il eut ses coudées franches ; il siégeait à droite en gardant sa liberté; il vota quelquefois seul, se séparant de ses collègues quand leur opposition lui semblait trop systématique, et qu’ils subordonnaïent l'intérêt catholique à l'intérêt politique. Cette fière attitude ne lui valut pas toujours la faveur des journaux royalistes.

Mais il fit surtout preuve d'indépendance vis-à-vis de l'Etat.

Nous avons vu avec quelle énergie et quelle persévérance

il combattit les lois scélérates, et comment il attacha son nom aux journées les plus chaudes de ces mémorables débats.

Chez un évêque cette indépendance n’étonne pas : une autre attitude surprendrait jusqu’au scandale. Cependant l’histoire a gardé le nom des hommes d'église qui ont donné, aux heures

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troublées des nations, le triste exemple de leurs défaillances, tantôt par ambition, tantôt par entraînement : la Révolution française en vit de pareils dans ses assemblées, au milieu d’un plus grand nombre restés fidèles à Dieu et aux bonnes traditions de notre pays. L’évêque d'Angers n'attendait aurcune faveur de l'Etat républicain; il ne craignit aucune disgrâce. Il souffrit plus d’une fois des vexations : ce fut avec sérénité, dédommagé par le témoignage de sa conscience et par l’opinion publique, qui le rangea de bonne heure parmi les champions les plus méritants des droits de l'Eglise et des intérêts de la société française.

Les succès d'estime de Mgr Freppel à la Chambre étaient d'autant plus remarquables, qu'il les obtenait dans des assemblées composées en majorité de talents au-dessous du médiocre. Les grands noms avaient disparu; le suffrage universel, manié par le gouvernement, n’envoyait pas des députés capables de les remplacer, moins encore de les faire oublier : Mgr Freppel les rappela de loin sans les égaler. Pour ne le comparer qu'à des orateurs de la Chambre actuelle, il n’avait pas la prestance, lé charme et la magnificence académique de la parole de M. de Mun; ni le talent si parisien de M. Denys Cochin, avec son humour, la légèreté de ses traits, la finesse de ses insinuations, ses politesses cruelles et cette élégance qui n'exclut pas la fermeté, dans les coups portés à l'adversaire: ni la science Juridique de M. Jacques Piou, consacrée à la défense du droit et de la liberté, et servie par un véritable don de séduction. Mgr Freppel fut lui et il fut quelqu'un. L'œuvre qu'accomplissait la République n’était pas pour le rapprocher de ce régime; mort ein 1891, il luttait à une époque où les espérances monarchiques restaient plus vives. Le pays du Bocage, dont il était évêque, avait pu détemdre sur lui, et le rapprocher des idées qui la veille n'étaient pas absolument les siennes, sans qu’il eût Jamais subi l'influence d'Alfred de Falloux. Quoi qu'il en soit, ilne suivit pas le mouvement du

ralliement; il répondit au toast d'Alger, qui eut à cette épo-:

que un si grand retentissement, par le non moins retentissant article de l’Anjou.

Mgr Freppel remplit son mandat de député, qu'il tenait de la catholique Bretagne, à la satisfaction de ses commettants et de la France entière. Il n’empêcha le vote d'aucune des lois qui nous désolent et qui minent lentement les forces nationales,

fois préparées de longue main dans les Loges, et auxquelles l’action de l'Etat assure toujours une majorité. Ses raisonnements irréfragables et ses protestations véhémentes n'’arrêtèrent aucune des mesures iniques prises chaque jour contre l'Eglise. Du moins il sauva notre honneur; nous tombhions sous les coups de la maçonnerie les armes à la main. Puisset-1l avoir préparé les revanches de l’avenir, qui nous consoleront des amertumes de l’heure présente! Il était entré à la Chambre l’âme haute et la tête fière; 1l en sortit couvert de gloire. Pendant près ide onze ans, dans des luttes quotidiennes, 1l écrivit la plus belle page de son apologétique. II se traîna à la tribune une dernière fois, malgré ses forces qui trahissaient son courage, s’échappant des mains de ses amis qui voulaient le retenir, pour combattre la loi sur les fabriques. Il rentra à Angers pour mourir, à un âge où il pouvait encore rendre de longs services.

Les discours parlementaires de Mgr Freppel ont été imprimés en un certain nombre de volumes, sous la rubrique : Œuvres apologétiques. Ce titre, qui renferme encore d’autres travaux du même genre, est exact; car au Parlement il fut surtoul apologiste, plus remarquable dans l'attaque et la défense que dans les questions techniques, malgré la compétence qu’il y apportait. Ces discours ne perdent pas à la lecture autant que ceux de Berryer et autres orateurs de race, parce qu'ils étaient prononcés comme s'ils étaient écrits, même quand ils étaient improvisés. On ne les lit guère aujourd’hui; c’est le sort réservé à tous les orateurs politiques. Mais ils restent un monument de l’apoiogétique parlementaire dans le dernier quart du dix-neuvième siècle, que les futurs historiens de l'Eglise consulteront avec avantage.

Mgr Freppel avait commencé son apologétique politique par sa lettre à Gambetta, après le discours de Romans. Sa brochure sur 89, au centenaire de la grande Révolution, fut un des actes qui marquèrent les dernières années de sa vie. Cette brochure, tirée à un grand nombre d'exemplaires, obtint jusqu'à vingt-cinq éditions. L'événement trop fameux, qui passionne encore les esprits en les divisant, terminait son premier cycle séculaire, et pouvait être jugé par ses résultats. Fallait:l entonner le Carmen sæculare? Ce fut l'avis de l’immense majorité des Français, toujours épris du nouvel ordre des choses. Même les plus modérés ne font qu’un petit nombre

de réserves, à peine avouées par crainte de l'opinion triomphante, qu'il faut ménager quand on veut s’en servir pour avoir un rôle dans les affaires de son pays. Les dilettantes de la liberté osent réprouver tout haut les massacres des Carmes, les charretées de victimes de Robespierre, et les novades de Nantes. Ces horreurs épuisent à peu près leur indignation; ils acceptent presque tout le reste. Mgr Freppel croyait que les esprits supérieurs, où se recrutent les autorités sociales, doivent diriger la foule au lieu de la suivre. Si les hommes d'Etat ont à tenir compte des aspirations générales, pour leur donner satisfaction, dans la mesure du licite et du possible, ils commettent un crime quand par calcul d’égoïsme, ou par préjugé de secte, ils flattent l'opinion pour l’atteler à leur char, au heu de l’éclairer quand elle s'égare et de la combatre quand elle passe de la théorie aux actes. Les hommes d'Etat qui de nos jours font le contraire ne sont pas rares; ils demeurent responsables devant Dieu et devant les hommes des maux qu'ils : causent aux nations dont ils précipitent la décadence.

Mgr Freppel était théologien, versé dans la science de la Philosophie et de l’histoire, ces foyers de lumière qu'il faut consulter si on ne veut pas faire fausse route : surtout il était évêque. Devant l’idole, il garda la même indépendance dont il avait fait preuve à la tribune. Il apporta dans l'étude de l’œuvre de 89 sa pondération ordinaire ; il divisa le bloc; il fit la part des réformes que les abus de l’ancien régime avaient rendues nécessaires ; il n’eut pas la complaisance d'amnistier les autres, qui étaient des destructions insensées ou impies et non pas des réformes, car elles touchaient aux bases sur lesquelles toute la société humaine repose, et à celles de la société chrétienne. Il eut le courage d’énumérer les maux qu’elles avaïent causés à la France, et qui en évoluant produisaïent chaque jour de nouveaux désastres.

En résumé, la brochure de l’évêque était un des plus rudes examens de conscience que 89 eût endurés depuis longtemps. “Il étañït fait par un homme qui n’appartenait à aucun parti politique malgré ses préférences intimes, par un homme d'église qui travaillait surtout pour l'Eglise, et dont le patriotisme désintéressé s’alarmait à la vue des dangers que courait la France engagée dans une fausse voie. La brochure fit sensation : les questions qui vétaient traitées sommairement, les préoccupations du moment qui se faisaient jour dans la

presse, dans les banquets, la signature de l’auteur, son attitude protestataire provoquèrent l'attention. Naturellement, elle déplut aux sectaires qui, par un procédé usité en pareil cas, organisèrent autour d'elle la conspiration du silence. Elle ne fut pas agréable à certaine école conservatrice et catholique dont Alfred de Falloux avait été le chef le plus écouté. Elle reste à l'actif de la gloire de l’évêque d'Angers quand même. Cependant l’apologétique politique ne mesure pas entièrement son œuvre; il menait tout de front, grâce à la vigueur de son tempérament, dont il abusa, et à l’activité dévorante qu'il déployait dans le travail. Il était devenu la sentinelle de l'Eglise de France; il prit ce rôle en chef quand Dupanloup et le cardinal Pie, ses aînés, eurent disparu de la scène: de 1880 jusqu’à sa mort, c’est lui qui est au premier plan, et qui pousse le cri d'alarme. Dans la mêlée des opinions, il resta lui-même, avec des doctrines très arrêtées, et une orientation qui ne tournait pas au gré des vents. Il vint de Strasbourg ultramontain, disciple de Gousset dont il suivit les directions jusqu’au bout. Le libéralisme, la grande hérésie contemporaine qui en contient tant d’autres, ne le séduisit pas : sa brochure sur 89 le disait suffisamment ; il était l’homme du Syllabus la veille, il le fut le lendemain, avec une conviction encore plus profonde. Paris aurait pu l’énerver, car Paris est un milieu dissolvant, semblable à ces climats intertropicaux sous lesquels les santés les plus vigoureuses succombent. À la Sorbonne, ses collègues de la faculté de théologie, en restant dans les lignes de la grosse orthodoxie, étaient plus ou moins anémiés par le modernisme, depuis Maret, gallican et libéral, jusqu’à Lavigerie dont la puissante personnalité et l’envergure d’aigle se conciliaient avec une étonnante élasticité, et qui fut plutôt un grand homme d'œuvres, un conquérant, qu’un penseur. Le gouvernement impérial était un autre satanas qui tentait les âmes, et sans leur demander des apostasies, sollicitait des complaisances, avec les moyens les plus efficaces de se faire écouter. Notre apologiste se tint debout; sans opposition bruyante, que sa position officielle ne lui permettait pas, ménageant, si l’on veut, les personnes et les situations, il ne suivit pas le torrent : quand il fallut parler ou écrire, il se montra tel qu'il était, intégral. Aux approches du concile du .Vatican, le choix dont il fut l’objet pour faire partie des commissions prépara-

= ee AO toires était la reconnaissance publique des qualités que nous venons d'énumérer. LE

En dehors de ses cours de Sorbonne et de ses discours parlementaires, si l’on excepte les deux brochures contre Renan et sur 89, son apologétique est dispersée et faite de mor ceaux : elle est dans ses harangues, dans ses lettres, dans ses mandements ; on ne la trouve dans son œuvre oratoire de la chaire qu’à l’état fragmentaire et comme en passant. Mer Freppel à beaucoup prêché, presque autant qu'il a écrit : ses

prédications à Paris, tandis qu’il professait en Sorbonne, ne

firent pas sa réputation; ses conférences à Sainte Geneviève, en présence de la jeunesse des écoles, eurent plus de retentissement; son carême aux Tuileries le rangea parmi les prédicateurs en vue. Evêque, il a prononcé des discours de circonstance, des panégyriques et des oraisons funèbres; il faut citer celles du cardinal Morlot, de la Moricière, de Courbet,

de Sonis, et de quelques évêques. Ce genre d’éloquence allait

à son talent; 1l y réussit autant que dans les discours aca: démiques, dont on garde bon souvenir à l’université d'Angers. Dans ces œuvres, d’assez longue haleine, il n’y a d'autres éléments apologétiques que des traits épars, des allusions, quelques protestations au bout des périodes; pas une pièce d'attaque ou de défense complète. Aucune erreur ne s’est prod'uite dans les vingt-cinq dernières années de sa vie, en théologie, en philosophie, en histoire, en morale, en matière d'’éducation, etc., qu’il ne l’ait signalée et combattue, par un

discours, par une lettre, par un mandement, comme on peut

s’en convaincre en feuilletant ses œuvres complètes.

Nous avons vu comment, dans l’étude des vieux systèmes

païens ou hérétiques sur l’origine des choses, il avait signalé et rapidement réfuté les erreurs cosmologiques, anthropologiques et exégéliques qui s'étaient produites sur ces praves problèmes. Quand ces érreurs reparurent dans notre littéra-

ture sous des formes rajeunies, appuyées soi-disant sur les

sciences d'observation et sur une métaphysique absurde, il ne manqua point de les combattre. Il n’a écrit aucun traité à mettre à côté de ceux de Moigno, de Mgr Maupied, de Constantin James, du Père Pernelle, de l’abbé de Lestrade, etc.; sur

ces questions, il ne fut, pendant son épiscopat, qu'un firail-

leur; mais il tirait toujours du bon côté. | Après avoir parcouru la vie de l’évêque d'Angers et analysé Les Apologistes. 4

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les œuvres qui la remplirent, on peut déterminer son tempérament intellectuel et son caractère, et le classer parmi les apologistes contemporains. |

Nous avons dit plus haut : il fut professeur et soldat. Du professeur il eut le talent d'exposition, la netteté et la préci- -sion des idées, avec la clarté du langage. Müais il fut autre chose qu'un grammairien : il était écrivain. Il resta jusqu’au bout fidèle aux traditions littéraires du dix-septième siècle, sans faire à l’école moderne d'autre concession qu'un peu plus de couleur, qui manquait à notre langue devenue fruste et froide avec Voltaire et les encyclopédistes ; il ne dépassa pas Chateaubriant. Il sut éviter les néologismes et les clichés en circulation dans le journalisme, tant recherchés de nos petits maîtres. Son discours était solennel, à périodes arrondies, large, harmonieux, ce que les anciens appelaient le «nombre ». Chez lui, le style était peut-être trop soutenu, un peu uniforme, sans traits saillants qui se détachent du fond; les ombres manquaient à ses toiles. Il n'avait pas d'esprit, c'est-à-dire ce pétillement de l'intelligence d’où s'échappent des mots heu-

reux, des tournures ingénieuses et piquantes, qui réveillent

l'attention, et décident souvent de la victoire dans la lutte des idées, surtout chez nous. Il avait signalé dans l’apologétique des Pères l’arme de l'ironie, qui dans les mains de Tertullien

était redoutable : : il l'employait rarement pour sa part, et avec

un médiocre succès. [Il n'avait ni l'humour anglais, ni le sel gaulois; sa conversation était une série de propositions bien alignées: la table elle-même ne dégageait pas chez lui ces boutades, qui ne supposent pas toujours un talent supérieur : son cerveau était allemand comme son estomac.

Selon l'expression de Jules Simon, qui l'entendit à ses débuts à la tribune, il n’était pas précisément un orateur dans le sens propre du mot. Car on n’est pas orateur parce qu’on sait parler, exposer, démontrer, déduire, réfuter : avec

ces qualités, que notre apologiste possédait à un très haut

degré, si on n'est pas toujours un charmeur, on est toujours un rude démonstrateur; lui en était un. Mais c’est la passion

qui fait l’orateur ; «l’éloquence, à écrit Lacordaire, qui s’y en-.

tendaiït, est le son que rend une âme passionnée ». Le premier élément de la passion oratoire, c'est la conviction; chez lui

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