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Tel est le sens de la fin du chap. xm

33a LES APOLOGISTES GRECS

esl a peu près semblable (7rap<Ju.oiov) ; cela ne veut rien dire de plus que ne disent les mots eIx(ov et &;jiouo<jiç. Ce < j u i ^uit est fort embrouillé, ci la suite «les idées y est difficile à saisir, pour qui nVsi pas familier avec la manière de Ta tien. Il commence par opposer Dieu à l'homme, en tant que Dieu n'a pas de chair; j'imagine <|nc cela a seulement pour objet de nous rappeler que I homme n'est jamais, même lorsqu'il a reconquis son état primitif, qu'approximativemenl semblable à Dieu (irap<$u.otov), qu'il en reste toujours distinct par sa chair et par cette ■1-j/-/i qui esl le lien de la chair. Quand donc, continue Taiien. l'homme a purifié son âme et sa chair, « quand ce compost; est comme un temple ... Dieu veul y venir habiter par l'intermédiaire de l'esprit. L'esprit a ici une épith tou itoeffPsyovToç Tiveùftatoç ; on en a discuté le sens. Schwartz [index } p. 95) traduit par Spiritum tutelarem] Tatien n'a employé qu'une seconde fois le mot Troeafieueiv, quand, au chapitre XL, il dit de Moïse qu'il faut croire à ses paroles plutôt qu'à celle des Ci parce cpfil est plus ancien queux : /y\ tw 7cpeo^eûovT( xorrà -r;/ vÀ'./.'av 7»ffTeûeiv; le sens est donc là clairement : celui qui l'emporte par l'âge; mais Ttpecpeuo) a une autre signification, qui convient très bien ici, celle de remplir une ambassade \ on ne peut guère hésiter à croire que l'esprit ne soit ici le légat de Dieu, ce «pii implique qu'il en est en quelque façon distinct, sans nous éclairer beaucoup sur la nature de cette distinction. La conclusion que Tatien n'exprime pas, est manifestement que l'homme est ainsi redevenu Vima§ la ressemblance de Dieu, ce qui concorde parfaitement avec le texte du chapitre xn, où Yesprit supérieur est lui-même cette ii et celte ressemblance. La phrase : ce qui est comparé est ce q à peu près semblable, n'est que l'introduction de tout un développement, qui répond à la question : Qu'est-ce que L'eixcov et L'ôu.oi J'ai dit que la conclusion n'était pas exprimée: il faudrait dire plutôt, — c'est encore une bizarrerie de Tatien. — qu'elle est seulement exprimée négativement : « Quand la demeure ' préparée pour le Saint-Esprit n'est pas pure, et quand elle reste vide, l'homme ne l'emporte sur les animaux que par la voix articulée; pour tout le reste, il est au même régime qu'eux; il n'est pas la ressemblance de

Dieu. »

i. <rxT)vcopaToç ; ce mot a bien, dans le Nouveau Testament, 1 corps [Deuxième Ép. de Pierre. I. i3 . et l'auteur «le la Lettre à D gnète l'a employé à peu près au même Bena VI. 8 : m.ii> ici il \aut mieux conserver la valeur littérale «le L'expression, qui répond i plus haut: la demeure du Saint-Esprit existe toujours en principe; elle peut devenir le vadç; c'est à l'homme de la purifier à cet effet. — Je crois avoir rectifié dans tout ceci la page 6g de mes Recherches, où U note, en particulier, me paraît aujourd'hui inexacte sur quelques points.

Cela dit, Tatien retourne aux dénions, et quelques-unes de ses déclarations nous seront encore utiles. Il avait dit plus haut que les démons sont matériels; il précise ici : cette matière est spirituelle (-vîujjLXTiXYJ), et précisant encore, il ajoute : c'est une sorte de feu ou d'air. C'est la conception stoïcienne du Ttveuua. Ce qu'il ajoute sur l'impossibilité où sont les psychiques de voir les démons, et la nécessité, pour les apercevoir, d'avoir en garnison l'esprit de Dieu, n'est qu'un développement épisodique, et peut paraître embrouiller inutilement les choses. Mais, malgré certaines obscurités réelles, l'usage que Tatien fait de nouveau de la notion de -vsSax n'offre aucune difficulté. Les psychiques, dit-il, ne peuvent voir les corps des démons1; « car l'inférieur n'est pas capable de percevoir le supérieur ». Cela ne peut signifier qu'une chose, c'est que la matière ténue dont sont faits les corps des démons est plus ténue que celle dont notre âme est faite ; il y a des différences qualitatives du -ve^aa ôXtxôv, ainsi que nous l'avons vu; la qualité du pneûma démoniquc est, en soi, d'un degré plus élevé que celle du pneûma psychique (humain). Ce qui est beaucoup plus obscur, mais ne nous intéresse pas ici, c'est ce qui est dit aussitôt après de la méchanceté des démons. Mais le chapitre xvi confirme de nouveau, de manière très précise, l'interprétation que nous venons d'accepter. Il y est dit, — contrairement, au moins en quelque mesure, à une opinion de Justin, — que les démons ne peuvent pas être des âmes humaines, c'est-à-dire les âmes des défunts, ainsi qu il est dit plus explicitement un peu plus loin. Comment, en effet, ces âmes auraient-elles, après la mort de l'homme, une puissance plus grande que de son vivant- ? C'est donc, encore une fois, que le pneûma dont les démons sont formés, — bien que ce soit toujours un 7cveo{*a ôXtxôv, — est de qualité supérieure à la y'j/r, humaine. Ce qui peut créer une confusion, c'est que Tatien, au chapitre xn, a défini le pneûma inférieur en l'appelant lu/vi, parce qu'en cet endroit il parle particulièrement de l'homme, et oppose à la ■loyrl humaine l'esprit supérieur qui vient la compléter et la sauver. En réalité, la terminologie qui rendrait le mieux la pensée de Tatien serait celle qui réserverait au pneûma inférieur, considéré en sa substance, abstraction faite de ses variétés qualitatives, le nom de Trvîùaa ûXixôv, et à la variété de

i. Sauf, est-il dit ensuite, quand les démons veulent eux-mêmes se taire voir.

■i. La phrase qui suit, depuis xai ya/.s-ov ol'îcrôa'., est gravement corrompue, comme le note justement Selnvartz: je regrette d'avoir omis aile noter moi-même dans ma traduction [Recherches, p. 129); Tatien ne peut pas appeler l'âme immortelle, sans plus d'explication, après avoir si hautement proclamé qu'elle ne lest pas. au début du chap. xin.

33 /| I I 8 M'ol.l.i.lM Bfl (.1(1 CS

ce icv eu fia qui constitue l'âme bumaine, celui de !->/■/. Tatien parait employer à peu près indifféremment, an sens général, les deux expressions : nveufia EiXtxôv, ci iLuy^; mais il faut bien entendre alors que la •/■v; humaine esl une variété de lad/u/Vj en général, inféri» à la y'-j/v, des démons.

Tout ressentie! de la théorie de Tatien se trouve maintenant explique ; il n'y a plus qu'à glaner au chapitre \\ deux m en i i<m- <Ju -vEÎiy.y. qui sont tout à lait d'accord avec ce que nous venons de dire. « L'esprit parlait est l'aile de l'âme; celle-ci avait la tomber cette aile, quand elle pécha, et étail restée blottie comme un poussin, ras de terre. » C'est la formule même de la chute, telle que nous l'avons déjà rencontrée, ou du moins analogue ; V esprit par 7rvEÎî|xa to xéXetov, est le Saint-Esprit, l'espril supérieur. !»■ a deux phrases qui terminent le chapitre, la plus longue, la première, est altérée; on peut en conjecturer le sens a laide de la seconde qui esl celle-ci : « II est possible à quiconque y travaille d'acquérir la parure complémentaire •hcixitau.ytyia) et de remonter à -"ri an< ien parentage ». L'i-ixoo-y.-^y.v.. ou parure complémentaire, est l'espril qui vient s'ajoutera laine, et lui donne la sainteté avi c l'incorruptibilité; la même idée était certainement rendue dan- les phi précédentes par les mots : nveufia rô oùpotvtov, btévSufioi -r: btévtyvoç, de quoique façon qu'on doive les construire et les combiner a\ reste de la phrase. L'esprit céleste est comme un mentaire, une tunique de dessus que revêt l'âme ;c'es1 1 immortalité, que revêt la nature mortelle.

La conclusion de cette longue, mais indispensable analyse, esl que Tatien possédait une notion très précise 'In — ■-. ue, et. malgré l'obscurité de l'exposé en certaines parties, -a pensée, partout où il le fait intervenir, est parfaitement cohérente. L'idée du -. •j/'.xov.de ce pneûma inférieur ou matériel, qui esl répandu par toute la matière de l'univers, qui reste toujours identique a lui-même, quant à sa substance, mais apparaît avec des différences qualitatives, selon les diverses catégories d'êtres ou de choses qu'il pénètre, est du pur stoïcisme. Mais la doctrine «le Tatien de celle du Portique, parce qu'il pose, au-dessus 'lu pneûma hvlique, qui est immanent au inonde, un pneùma supérieur, qui comprend d'abord l'essence divine1, ensuite le Saint-Esprit d< de Dieu, qui avait été donné en partage au premier couple et s'est

i. Et, par conséquent, j'ai à peine besoin de 1'- dire : le Paye [La Christologie des Pères apologètes, — Ecole des Hauti Section des Sciences religieuses, rapport de 1906, p. ij croit, an con traire, <|ur c'est le Logos qui est épara dans !'■ mimhm>

retiré de lui après la chute, qui a inspiré les prophètes ', et qui peut, désormais, être reconquis par tous les vrais chrétiens. Ce Saint-Esprit est un principe de sainteté et d'incorruptibilité à la fois. Le système est tout à fait solide, et n'a pas d'équivalent chez Justin. Au contraire, Tatien n'est aucunement en progrès sur Justin, si on lui demande une définition de la troisième personne divine. On ne trouve même pas chez lui les formules trinitaires, échos du Credo, qui garantissent chez Justin que l'existence en est admise en principe. Un texte isolé, mais significatif, du chapitre xnt, nous a montré que. pas plus que Justin, Tatien ne distingue Y Esprit du Verbe, et ce texte, s'il est unique, n'est compensé, d'autre part, par aucun autre. Le seul passage qui doive encore être signalé a été volontairement réservé par moi. dans l'analyse qui précède; le moment est venu de le citer. Dans une phrase assez embrouillée du chapitre xin, où il mêle le présent et le passé 2, Tatien parle de l'inspiration prophétique comme il suit : « L'esprit de Dieu n'est pas chez tous; mais, chez quelques hommes dont la vie était juste, il était descendu, il s'était enlacé à leur âme, et il avait annoncé aux autres âmes, par des prédictions, ce qui est caché; les unes, obéissante la sagesse, attiraient à elles

i. Ceci est clairement indiqué par la phrase finale du chap. xm, et plus obscurément par la phrase altérée du chap. xx. Tatien y insiste beaucoup plus que Justin.

2. Tatien pose d'abord un fait général qui s'applique au présent comme au passé; puis il revient au passé seul, et le membre de phrase relatif aux prophètes se relie directement à la phrase précédente sur l'origine de l'idolâtrie (cf. mes Recherches, p. 60. note). La phrase terminale, avec les verbes à l'imparfait, IçeïXxov, àveçatvovto, semble d'abord ne pouvoir s'appliquer raisonnablement qu'à l'époque des prophètes; mais les mots tov 8icfocovov to-j h£ttov6ôto; bio-Z ne se comprennent que des générations postérieures à la venue du Verbe. On ne peut donc se dérober à la conclusion que le membre de phrase final s'y applique aussi. Peut-être toute cette confusion est-elle un peu moins choquante, si l'on considère le verbe àvTfJYyei).e, comme un aoriste, pris au sens du plus-que-parfait français; on aurait ainsi, avec ïr;:': au présent, un principe, un fait général vrai de l'époque actuelle comme du passé: avec àvr,yy£'.).E, la mention d'un fait historique, rapporté au temps où les prédictions des prophètes ont été prononcées et avec èçetXxov et àvssaivovTO, deux imparfaits de durée, embrassant toute la période qui va de ce moment au temps présent, y compris; pendant toute cette période, il y a eu et il y a des gens qui ont écouté la voix de la sagesse, telle que l'ont fait enteudre les prophètes; il y en a eu et il y en ;' qui lui ont désobéi, chez les Juifs d'abord, chez les chrétiens ensuite; la distinction devrait être exprimée, mais le raccourci audacieux qui la supprime n'est pas inadmissible chez Tatien.

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l'esprit auquel ellea s'étaient ainsi apparentées, tandis que celles qui désobéissaient el repoussaient Le ministre du Dieu qui a souffert

se révélaient ennemies de Dieu, el non adoratrices de Dieu. ministre du Dieu qui a souffert, est Le Saint-Esprit. Maie Le I ne dit pas s'il est une troisième personne indépendante ou non: qu'est-ce en ell'et que Le Dieu qui a souffert ! On Bail combien Tatien,

dans son Discours, s'est abstenu <le toute christologie', autant il a

développé la doctrine du Verbe, autant il a été discrel Bur la vie historique de Jésus. Le nom de Jésus, le tenue de Chris I 06 BOnt même pas prononcés une lois. Quand on aura rapproché Le pas qui nous occupe de celui qui est au chapitre \\i, et où il est dit des chrétiens : nous publions que Dieu est apparu bous I" forme d'un homme, on aura réuni tout ce qu'il a dit sur L'incarnation et la passion. Or dans ce second passage encore, qu'est-ce que Dieu? Ces deux textes, ainsi isolés, pourraient paraître d'un parfait Sabellien. Mais, précisément parce qu'ils sont tout a tait isolés dans le Dis-cours, ci parce que tout le reste de l'œuvre de Tatien a péri, ils demeurent, énigmatiques, et on n'ose guère les intern avec trop d'indiscrétion.

Il est aisé d'être plus bref pour Athénagore ; nous avons vu déjà suffisamment combien sa doctrine sur le Saint-Esprit est plus approfondie que celle de ses prédécesseurs; il nous reste seulement à préciser quelques points.

La première mention qu'Athénagore fait du -veû;;.x est au chapitre v de la Supplique; elle est amenée par une citation d'Euripide, où Vét/ier infini, qui entoure la terre de ses bras fluides, est appelé Zeus et présenté comme le Dieu véritable, de qui relèvent les créatures, et dont l'esprit tient les rênes de la création. On pourrait prétendre que cela est dit surtout du point de vue d'Euripide, mais, dès le chapitre vi, l'auteur emploie, en les prenant à son propre compte, des expressions analogues. Après avoir établi, par une citation du Tintée, que Platon admet un créateur. il continue ainsi : « Nous donc, nous ne sommes pas non plu- <!'•athées, nous qui savons et proclamons que celui-là est Dieu, par le Verbe duquel l'univers a été lait, el par les/, rit duquel L'unité en est maintenue (ffuvéy^Tai) ». Celte conception du -.: conteste, adéquate à la conception stoïcienne, et le terme oruvé/eiv, appliqué à cette fonction de Vesprit, lien du cosmos, es! le terme technique. Athénagore a conscience île la différence qui -< pare cependant les chrétiens (les docteurs du Portique; ceux-ci. dit-il bientôt, « multiplient la divinité quant aux noms qu'ils lui donnent, appellations qui sont en rapport avec le- états différents de la matière, à travers laquelle il- disent (pie le pneùma de Dieu est répandu » : mais cette différence n'est pour lui qu'apparente, et il

émet cette opinion visiblement tendancieuse que « si Dieu est le feu artiste qui procède selon sa voie à la formation du monde, et qui contient tous les Verbes séminaux (Xoyou; TTrsoucrnxoûç) selon lesquels tout se développe conformément à la loi du destin1, si son esprit (Trveuua) pénètre l'univers entier, Dieu est un, selon eux ». Zeus, Héra, etc. ne sont que des noms appropriés aux divers états de la matière où se répand ce pneûma partout identique à lui-même. Cela nous montre seulement le rôle de Dieu dans la création, et Athénagore n'a pas pris ici les précautions auxquelles a recours Tatien, pour mettre une barrière entre le monothéisme chrétien et le panthéisme du Portique. Le chapitre x nous aide à comprendre le sens du mot Trveùaa, quand nous l'envisageons par rapport à l'essence divine : « Le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils par l'unité et la puissance de l'Esprit ». Il est donc clair que la conception reste ici exactement la même ; quoiqu'en parlant de l'essence divine, Athénagore évite d'employer le mot <7uv£-/£tv, les termes dont il se sert sont équivalents, et c'est toujours Yesprit qui maintient l'unité divine, comme il donne de l'unité au monde, malgré les états différents de la matière. Aussitôt après, nous apprenons que cet esprit est bien celui même qui a inspiré les prophètes, et qui, au chapitre vu, avait été nommé Trveuaoc I'vOeov, au chapitre ix, "vsùV/ Qs'.ov. Or, au chapitre ix, il était dit que cet esprit inspire les prophètes, comme le souffle de Taulète agit sur la flûte. 11 est donc difficile de nier qu'il soit conçu à la façon stoïcienne, comme un air extrêmement ténu, et, puisque au chapitre x. cet esprit prophétique est identifié expressément au Saint-Esprit2, puisqu'il est dit ensuite être une dérivation de Dieu (y.Tz6ûzou.v) 3 « qui en provient et y retourne comme le rayon de soleil ». on voit que l'essence divine elle-même est pour Athénagore quelque chose d'assez analogue au pneûma des stoïciens.

La formule du chapitre xn ne nous apprend rien de neuf. Au chapitre xvi, la distinction du monde et de son créateur est proclamée avec insistance. Le monde est la demeure de Dieu; s'il a été fait, « ce n'est pas que Dieu en eût besoin ; Dieu est tout pour lui-même; lumière inaccessible, monde parfait, esprit, puissance, Verbe. Si donc le monde est un instrument mû rythmiquement,

i. L'expression Xoyoi TJtep{j.aTixo! a ici son véritable sens; Athénagore ne t'ait d'ailleurs que transcrire une définition stoïcienne.

2. (( Nous disons que le Saint-Eprit qui a inspiré les prophètes est

une dérivation de Dieu Qui donc douterait, quand nous croyons en

un Dieu Père, un Fils Dieu, et un Saint-Esprit..., etc. ».

3. Le mot àTroppcna lui-même est stoïcien, et sert à expliquer la relation de noire r.ysf/.ovix'Jv avec le /oyo: total; ainsi dans Marc-Aurèle. II. 4 : T'No: xdffjjiou ;j.:oo; il. xaî t:vo: S'.o'.xoOvto; t'ov *ôa".ov àîtoppota j^i'jTr,;

LKS APOLOGISTES GRECS. 22

j'adore celui qui, l'ayant accordé et en tirant des sons, fait entendre reite mélodie harmonieuse ; je n'adore pas l'instrument. » I « î . Athénagore s'est mis en garde, plus prudemmenl qu'au chapitre vi, contre le panthéisme, mais rien de ce qu'il avance n'empêche '1<: croire qu'il conçoive son Dieu créateur el souverain <lu monde comme une essence analogue au -7j-f re^vtxov. Le pneûma, tel qu'il le conçoit, est évidemmeni immatériel; mais le serait-il pour nous? Il est différent du feu tel que nous le voyons et le touchons ', différent même du rayon de soleil, qui n'est invoqué qu'à titre de comparaison; de même enfin au chapitre xxiv, dans la dernière mention que nous ayons à relever, l'esprit esl appel*: « une dérivation (ct7rc5ppoia) du l'ère, comme la lumière l'est du feu. ■

Ainsi donc Justin a professé une soumission parfaite à la formule du Credo, qui comprend trois noms : Père, Fils, Saint-Esprit; mais nous ne l'avons vu faire aucune tentative sérieuse pour en justifier le dernier terme; bien plus, nous l'avons vu confondre manifestement l'Esprit et le Verbe; nous n'avons constaté non plus aucun effort pour définir, d'une manière générale, la notion de rveûfxi. Justin nous avaii semblé, d'ailleurs, dan- l'étude d'ensemble que nous lui avons consacrée, connaître médiocrement le stoïcisme, et ne s'y être intéressé qu'assez tard. Tatien, au contraire, le connaît bien, et en a largement profité ; mais il a pris le plus grand soin d'y superposer la foi, et de maintenir une barrière solide entre le pneûma hylique (âme du monde, âme humaine, etc.), qui est bien le pneûma des Stoïciens, et le pneûma divin, qui est d'ordre supérieur. Athénagore le connaît encore mieux, et c'est sur lui que l'influence stoïcienne paraît le plus sensible.

On peut la constater encore chez Théophile, mais Théophile est -i souvent un prédicateur, plutôt qu'un véritable théologien, et il y a si peu de rigueur dans sa pensée, si peu de précision dans expressions, qu'on se tromperait si on lui demandait ce que nous avons pu demander à Tatien ou à Athénagore : une attitude d'esprit réfléchie et bien déterminée vis-à-vis de la philosophie; une attitude qui lui permette d'utiliser celle-ci à l'occasion, et d'eu rester, en définitive, plus ou moins indépendant. Théophile, on l'a vu, est, en principe, adversaire résolu de toute la science profane; en pratique, il ne peut, naturellement, se soustraire à son influence; il en parle parfois le langage, mais c'est tout*.

i. Le feu artiste des stoïciens est également d'une autre qualité que le feu allumé par nous.

.'. Voici les principaux textes où Théophile laisse voir -.1 conception du TuveûfjLa. Livre I. chap. vi : la comparaison de la grenade sert à expliquer L'unité «lu monde, et cette unité est maintenue par Le pneûma,

Il n'y a rien à prendre d'intéressant, pour notre sujet, dans les petites apologies anonymes que nous avons étudiées en terminant.

L'authenticité des fragments du « Traité de la Résurrection » attribués à Justin.

J'ai donné plus haut certaines raisons, qui me paraissent assez décisives, de se prononcer contre l'authenticité de ces fragments; toutes raisons tirées de certaines oppositions d'idées, ou au moins de nuances assez fortes. Comme la question est néanmoins fort délicate, et comme elle n'est pas sans importance, j'indiquerai ici quelques autres arguments, qu'il eût été trop long de développer, au cours de mon étude générale.

I. Le chapitre v, le plus étendu de ces fragments, contient un exposé des opinions des philosophes sur la physique et la constitution du monde, où l'auteur procède selon une méthode que nous

exactement selon le plus pur stoïcisme; mais ce pneûma est nettement distingué de Dieu : f\ niaa /.tit;; Ttzo'.iyz-y.'. -j-ko toO ■rcvs-jjj.a-o; Bêofl v.x: zb t:vî-jjjix tq TtEpiî-/07 a-jv trj xtictei -lodyt- x>. •liirà /ïspô; 8eoy. — Même remarque au sujet du chap. vu; ce pneûma agit sur la matière, tout à fait à la manière de celui des stoïciens, il nourrit les eaux, il vivifie l'univers (cf. pour ces eaux vivifiées par l'esprit ce que dit Diogène Laerce. VII. i36, du AÔyo; ffTrïpaaTiy.ôc) ; si Dieu le retenait en lui, le monde périrait. Le caractère secondaire du pneûma est moins nettement marqué que dans le texte précédent, mais la pensée reste la même: l'autorité du Psaume XXXII, verset 6, est invoquée pour la justifier. — Chap. xn. à propos du nom des chrétiens qui signifie oint, Théophile s'écrie : « mais l'air, mais tout ce qui est sous la voûte du ciel, est comme baigné et oint de lumière et de pneûma ». Le pneûma n'est ici qu'un élément analogue à la lumière. — Livre II. chap. iv, parmi toutes les autres doctrines philosophiques, l'auteur rejette expressément le panthéisme stoïcien: ôtXXoi o'aO ro Si' oXou 7.iyioprlv.h^ r.vECaa 9eôv SoY(xaTcÇov(7i. — Chap. xiii, c'est le texte où, opposant la création selon la Bible à ce que dit Hésiode sur l'origine des choses, Théophile taxe le poète grec de frivolité pour avoir cru que l'architecte divin a besoin, comme un homme, de commencer son œuvre par le fondement. Théophile y marque la place respective des étages qui constituent l'ensemble du monde; le pneûma qui est entre le ciel et les eaux, et qui, dit-il, « est cet esprit de Dieu qui était porté au-dessus des eaux », n'est donc autre chose que l'atmosphère.

34û L'ES APOLOGIfi i I - GR] - B

avons fréquemment rencontrée chez les autres Apologistes, maie qui, précisément, ne se rencontre pas chez Justin. Il faii œuvre de doxographe, èl c'est lui- même qui nous invite à le qualifier ainsi, en

nous disant: « il suffira de mentionner les opinion v.;.:i Les plus importantes. » Il donne ainsi un résumé assez exact, el très concis, de la cosmologie de Platon (d'après le Timée), de la physique d'Epicure, de la physique stoïcienne, afin de démontrer qu'au* un de ces systèmes u'empêche de comprendre la résurrection. Aussi bien que la discussion suivante, cel exposé suocincl esl assez remarquable par sa clarté et sa précision; c'esl bien la manière du pseudo-Plutarque, utilise notamment par la Cohortatio; mais n'avons vu nulle part Justin se servir aussi manifestement de manuels; on a plutôt, avec lui, l'impression d'un autodidaote, qui ne possède pas une science solide, tanl s'en faut, mais qui l'a acquise directement, en recourant tant bien que mal aux textes ou en suivant les leçons de maîtres sans doute médiocres.

II. Les expressions abondent, dans l'ensemble des fragments, qui ne se retrouvent pas dans les écrits authentiques de Justin; el écrits sont cependant fort étendus, notamment le Dialogue; ils nous présentent sans doute à peu près au complet son vocabulaire; tout au moins quand il ne s'agit pas de questions qui n'y soienl qu'effleurées, et qu'il pouvait avoir réservées, par exemple, pour son traité contre les hérésies. J'ajoute que plusieurs, parmi les expressions que je vais relever, sont visiblement nés famili à notre auteur; il les fait revenir fréquemment, et il serait étrange, si nous devions reconnaître en lui Justin, qu'elles ne lussent jamais venues sous sa plume, quand il écrivail les Apol ou le Dialogue. Je ne les ai pas classées; ji les note, en suivant l'ordre des chapitres1, sans prétendre les recueillir toutes. Je marque d'une croix celles qui me paraissent significatives : je n'attache pas grande importance aux autres.

•j- Gh. i. — ol xoffjxtxol Xôyoc, les discours ou les raisonnements profanes, ceux des philosophes; c'esl une des locutions préférées de l'auteur (cf. ch. \ . et deux exemples au ch. x .

y 5 ivTiKei[A£voç, l'adversaire, le diable : Justin n'emploie pas l'expression autrement que comme un qualificatii ajouté à -> iêoXoç (cf. Dialogue, cxvi, 1 et 3).

<j.iQooo;\ je ne connais pas d'exemple chez Justin. Ch. n. — rt kitayyiXia, la promesse, la parole divine: Justin n'a employé, que je sache, que le verbe de même origine. Ta à'-o;3t, les objections, les difficultés.

i. Le manque d'un mdei complet du vocabulaire de Justin Bera mon excuse, si j'ai commis quelques erreurs.

•f Ch. m. — o"/£c6at, au sens figuré.

■f ty)v ao/r,v au sens de : omnino.

-j- ô àp/wv (et, ch. x, ô tyjç ■rcovïjpia; apywv), le diable; Justin n offre pas d'équivalent véritable; car le texte Dialogue (xxiv est une citation du Psaume lxxxi et le mot y est au pluriel (w; etç tôv àpyôvTwv tc^'utete) ; ailleurs [Première Apologie xu, 7), àp/cov est, au contraire, un qualificatif du Aôyoç, et on comprendrait que Justin eût hésité à remployer pour le démon.

•j* TroXireyecrÔa'. TroXiTEiav ; Justin emploie séparément le substantif et le verbe ; mais non la construction du verbe avec l'accusatif intérieur.

OÎ TYJÇ TIlffTeWÇ ÈXTOÇ.

Ch. v. — 8ie£eX8sîv.

(jLeyaXeioTTiç; Justin n'emploie que Fadjectif [xeyaXeîoç.

Ô TTptOTOTlXa'jTOÇ.

■j- xà ttjç 'ExxX?]<7taç téxvcc; on n'est pas surpris que l'expression ne soit pas dans Y Apologie , mais on l'est davantage qu'elle ne soit pas dans le Dialogue.

Gh. vi. — en tou x6<7;jLou tpûsixert ïoï-oi XeyôjJievoi.

■J- 7uaXi"fYeveffia ttjç ffapxdç. Quoiqu'en ait dit Zahn, l'expression q TuàÀtv ysvscitç (Dial. lxxxv, 7) ne paraît pas en être l'équivalent. Gh. vu. — ■/] 7rpy.Y|xaT£''a toïï 6eoù.

•j" xo(j[ji.o7iû'.''a.

-j- Gh. vin. — ô tcov ô'Xcov voïïç = Dieu.

■J- La formule xaOaTiEp SéBeixTai; Justin se sert, on le sait, coutumièrement, de toç ■Kpoicpry, toç 7rpoé(f r(fiev . ÔTtëponroÔavetv.

Ch. IX. ItlŒTOTCOlTJCiai.

Gh. x. — iX-KiBy. etXtxpivTj, tzîgtiv àotâxpiTov. à-tTTOJV xai TxavSocXojv Xoytov.

III. Certaines finesses de syntaxe ou de style, qui semblent étrangères à un écrivain sans art comme Justin, sont senties par l'auteur des fragments; par exemple, l'emploi au neutre de l'adjectif au lieu du substantif abstrait : zo eùysvèç xa\ tt£t:o,.6ôç, ch. i ; — le génitif partitif : crocpifffJLOCTwv TOiauTct; ch. n ; — l'emploi des aoristes exuys, iç/âvT,, au lieu du présent Tuy^àvei, meuve-rat, où se révèle un sentiment assez délicat de l'usage platonicien; — la construction, au chapitre vin, d'un premier sujet collectif, qui est ensuite précisé, détaillé par un second sujet : ôairep yàp Çsûyo; poSJv, àuQévtcov àic'âXXii]Xta)V, oùoétecoç auTwv xorr'tôtàv àpouv ouvccrai ; — à la fin du même chapitre, un emploi encore assez délicat de l'imparfait : xûto yàp i\ eauxoïï tl/t r/)v a<«m}ptav.

IV. Ce qui caractérise peut-être le plus nettement un écrivain grec, ce qui révèle son degré de culture et son habileté plus ou

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moins grande dans le maniemenl de La langue, c'eel le jeu plu moins varié, plus ou moins Bouple de ces particules, souvent intraduisibles, qui notent si exactement et si légèrement les moindres nuances, les moindres changements d'allure de la pensée, el grâce auxquelles l'écrivain, qui n'a plus rien à envier à l'orateur, nous fait en quelque sorte entendre ses intonations, voir son geste. On peut dire que le Justin des Apologies el du Dialogue n'en possède que La pratique la plus banale. Je ne voudrais nullement surfaire Le talenl de notre anonyme, mais on sent cependanl «liez lui une tout autre expérience de ces subtils moyens d'expression. Qu'on observe par exemple l'usage qu'il fait de àXXâ associé à une autre particule; aXXA [xév, ch. m; àÀÀà y«p, ch. vu: â/> à [jujv, cb. vu; àXX'oùSé; celui d<la liaison xat lï. ch. ni et ch. iv; l'emploi de SvprouOev, ch. i\. qui est un atticisme facile; celui de v.-y. signifiant : alors ceci posé, qui est très fréquent; celui de o3v combiné avec diverses conjonctions ou particules interrogatives ; relui de vûv oé, très classique, après une phrase à l'irréel. Tout le chapitre vin, qui est un excellent exemple de discussion animée, serrée, est très significatif à cet égard : il n'y a pas une page qui en approche dans V Apologie; il n'y en a pas une qui le vaille dans le Dialogue, où la forme est un progrès sensible sur celle de Y Apologie '.

V. Ceci m'amène à indiquer une différence d'une nature plus profonde, et dont la constatation a, je «rois, son intérêt. I. de Justin. — quelques efforts qu'on ait fait pour lui attribuer une certaine valeur littéraire, — n'est vraiment qu'une composition informe; le Dialogue témoigne assurément d'un mérite un peu supérieur; mais quel est alors le modèle choisi par Justin? C'est du dialogue platonicien qu'il s'inspire, assez gauchement encore. Notre auteur suit une tradition différente. Le genre auquel font penser tout de suite les parties les plus caratéristiques de nos fragments, — comme le chapitre vin, — c'est celui de la oiciTpiê^ BtOÏco-cyni On peut dire, — en comparant la manière, sans 9onger a établir aucune égalité. — qu'on se rappelle, en les lisant, la dialectique pressante d'Epictète. Il y a là une certaine vigueur nerveuse, et une certaine chaleur contenue. Qui songerait à se servir de ces ex. sions pour apprécier une page quelconque de J ustin, où l'abond lâche et la lenteur désordonnée sont ce qui frappe tout d'abord?

i. J'apprends à la dernière heure la publication d'un index œuvres de Justin. (E. ./. Goodspeed '. Index apologeticus Juslini marlyris operum aliorumque apologetarum pristinorvm. Leipzig, Hinrichs, 191 » .

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