‹ Les apologistes grecs du IIe siècle de notre èreChapitre 126 sur 128 · LES IP0L0GI81 E8 GRE · texte numérisé non relu

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c/ y, ;j. 7.x ?. £v y.)-. /r formes qui sont dans la matière, sinon l'équivalent des Àôyot (7iïep(ittTtxo( du Portique? Après cela, il n'y a pas grand intérêt à se demander si Le nveOfia qu'est Dieu ae r< ste pu i m-ore quelque chose de matériel, au sens où nous entendons le mol matière. Il est assez vraisemblable en effet que Tatien a entend pas le mot itveuua autrement que les stoïciens ue l'entendaient; c'est-à-dire, comme désignant un souffle ou un feu extrêmement ténu (Dieu est qualifié immédiatement après d'invisible et d'impalpable . L'essentiel est que. si Tatien accepte la physique stoïcienne en tant que la matière proprement dite, c'est-à-dire les deux éléments pesants, et tout particulièrement la terre, son! pénétrés par un esprit qui les organise et les forme, il se refuse à identifier ce 7tveû|jux avec Dieu; il en fait un esprit ou un ensemble d'esprits ' créés. Il ae faut pas rendre un culte au monde, au soleil, à la lune, parce qu'ils BOnt créés, et créés à notre usage; il ne faut pas « honorer à l'égal du Dieu parfait V esprit qui pénètre la matière, car il est Inférieur à l'esprit divin », c'est-à-dire : il a été créé lui aussi 2.

Le chapitre vu fait intervenir deux fois le nv&ûjj.x. Il s'agit d'expliquer la création de l'homme : « Le Verbe céleste, esprit né de l'esprit, Verbe issu de la puissance verbale, fit l'homme, image de l'immortalité, à limitation du père qui l'avait engendré. aGn que. comme l'incorruptibilité est auprès de Dieu, de la même façon, l'homme, participant à la destinée de Dieu, possédai aussi l'immortalité ». Le logos, issu de Dieu, est naturellement TCveÛjxx comme l'est Dieu qui l'engendre; et comment peut-il faire l'homme i de l'immortalité, sinon en lui infusant aussi le irveû'u.a? Ce pneûma ne peut, pas du reste, être le pneûma de seconde classe, le pneûma matériel; il ne peut être que le TrvEÛjxo OeidTcpov, l'esprit divin, pour reprendre les termes du chapitre i\ : e1 c'est ce qui est confirmé expressément à la fin du chapitre, quand Tatien raconte la chute de nos premiers parents. « Celui qui avait été fait à l'image de Dieu devint mortel, l'esprit supérieur s'étanl séparé de lui. ■ L'esprit supérieur, îrveûjxa Buvaxcarecov, c'est ici encore, comme l'indique nettement le comparatif, l'esprit de première classe, celui qui a été distingué si nettement, au chapitre iv, de l'esprit matériel; c'est le rcvsûjjLŒ 9etoxepov, l'esprit de Dieu. Adam le possédait d'abord, et l'a perdu par sa faute.

Quand on a bien compris ces indications jetées un peu rapidement dans les chapitres iv et vu, on est bien préparé à entendre les cha-

i. Dans la phrase que j'ai déjà citée du chap. iv, Tatien emploie 7tveu|iaT3 ùltxà au pluriel; un peu plus bas. il emploie le singulier.

2. Le texte de la phrase, on l'a déjà vu, est mal établi pour ce qui suit.

pitres xn et xm, où l'exposition devient plus détaillée et plus régulière.

Tatien, — il faut le remarquer d'abord, — y donne sa doctrine non point comme lui appartenant en propre, mais comme reçue par tous ses coreligionnaires1 ; il ne croit pas la tirer de son propre fonds, ou bien il ne veut pas en avoir l'air; de ces deux hypothèses, je crois d'ailleurs que la première est celle qui est juste, et qu'il n'y a là aucune ruse; la ruse n'est pas la manière naturelle de Tatien. « Nous savons », dit-il, « qu'il y a deux catégories d'esprit (7tveuu<£tojv oûo o-.acpopâi;), dont l'un est appelé l'àme (}u/r) ; l'autre est supérieur à l'âme, est l'image et la ressemblance de Dieu ». C'est exactement la division qui a été instituée plus haut, mais avec une nuance importante, que le chapitre vu impliquait déjà, que je note seulement maintenant, parce qu'au chapitre vu elle était implicite, tandis qu'ici, sans être clairement formulée, elle commence à être exprimée. Au chapitre iv, la distinction entre les deux sortes de pneûma avait été faite pour opposer Dieu au monde, pour définir Dieu par rapport au monde, ici, c'est de l'homme qu'il est question; et Tatien distingue en lui, une fois la chair mise à part, deux autres éléments non charnels; deux sortes de pneûmata dont l'un est supérieur à l'autre. Nous apprenons sûrement que le pneûma inférieur s'appelle proprement âme, ■\'~>/'rr et sans doute la même indication était déjà donnée, — peut-être d'une manière plus précise, — dans un membre de phrase du chapitre iv qui nous est parvenu altéré de telle façon qu'on ne peut en restituer la forme avec certitude, quoiqu'on en devine le sens. L'autre pneûma est donc le pneûma supérieur; mais, qu'on le remarque, ici, comme au chapitre vu, Tatien ne l'appelle plus ôeiÔTepov; au chapitre vu, il l'appelait âuvaTcotsçov. d'un terme qui, nous allons le voir, n'était sans doute pas substitué sans intention au premier. Ici, est précisé le sens du chapitre vu; dans ce chapitre, c'est l'homme, qui était dit être « à l'image de Dieu » ; maintenant, c'est le pneûma (supérieur) qui est lui-même l'image et la ressemblance de Dieu. Evidemment, Tatien est gêné par la crainte de mettre dans l'homme un élément divin qui risquerait d'apparaître, non pas seulement comme dérivé de Dieu, mais comme formé d'une partie de Dieu même, et il sait qu'il retomberait ainsi dans un danger équivalent à celui qu'il a voulu éviter, en rejetant déjà le panthéisme stoïcien. 11 se sert donc, pour définir l'élément pneumatique qui est dans l'homme (dans le fidèle, dans l'homme parfait seulement, bien entendu), de

i. ïaij.îv, nous savons; il ne dit pas d'ailleurs, comme en d'autres endroits : napeiXrJ¥a(i£v ; ce qui impliquerait davantage et supposerait qu'il s'appuie sur l'Ecriture, ou sur une tradition de l'âge apostolique.

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l'expression biblique : Ixoiv /.?.. o|iotu><rtc, image el ressemblai! expression assurémenl commode, mais qu'il ae faut paa presser; car, si on la presse, elle ae donne aucun sens précis. Il en résulte toutefois ceci : Tatien, en toute logique, devrait modifier la classification qu'il ;i d'abord instituée, el qui suffisait à son premier obj< cette division bipartite, il devrail substituer une division tri parti te : pneûma proprement dit, c'est-à-dire Dieu; pneûma image el ree semblance de Dieu, infus dans Adam el Eve, à l'origine1, el perdu par leur faute; ces deux premiers pneumata sonl étroitement apparentés, sans que nous sachions exactement en quoi consiste la relation du second avec le premier, et ils composenl .i eux deux i e que j'ai appelé le pneûma de première classe; ensuite, en troisième lieu, ou en second lieu, si on a |>ris la précaution de- faire dans la première classe elle-même une distinction nécessaire, — -le pneûma infus dans la matière. •l-->/rr âme.

Tatien explique ensuite que le monde est formé de matière, que cette matière a été « projetée », créée par Dieu : «pic les partie- dont il se compose sont inégales en dignité2; et enûn que. par La vol de celui qui l'a organisé, il a reçu le irvÊÙjjux uXtxôv; il ajout' en que les démons ont une constitution matérielle et possèdenl le pneûma dérivé de la matière, donc la dflj/iij, ou âme. De même, c'esl évidemment du pneûma bylique, de la 'Jsurq, qu'il esl question, vers la fin du chapitre, quand, après un développement sur les déi qui a tourné à la digression, l'auteur revient à ce qui est son objet principal, dans les termes suivants : « Il y a donc du pneûma d ailles astres, dans les anges, dans les plantes et dans les eaux, les hommes, dans les animaux : il est un et le même en subsl i tout en admettant des différences spécifiques ». Ce pneûma qui, tout en restant identique à lui-même, quant à la substance, a des qualités différentes chez les différents êtres (d'où il suit «pie le monde, comme il a été dit plus haut, n'a pas la même dignité dans toutes ses parties), c'esl lal.j/7. [ci, par conséquent, Tatien, un< mis à part son pneûma supérieur, accepte tout simplement la doctrine stoïcienne, selon laquelle le wveOfxx est répandu, SiVjxei, dan- tout le cosmos.

Le chapitre \m n'est pas moins important: il non- ramèl l'homme, a sa nature et a sa destinée, l'atien affirme d'abord que l'âme est mortelle, et que de même elle est - ténèb - C'esl pour

i. Chap. Mi. au début : hcorepa ï: itapà :

■1. Comparez des formules stoïciennes comme celle-ci : xai n

SlTJXO'V 81' >,i',: - ,v ô-.a :j; -

t,: •/.:/ opr,v.; rcapaXXiÇsi<; (Placita philosophorum, du Pseudo-Platarq

vu. p. 882 .

lui une occasion de citer, — ou à peu près, — le verset de Jean, I. 5. « Les ténèbres ne se laissent pas pénétrer ' par la lumière. » Le commentaire qui suit est particulièrement intéressant : « L'âme n'a pas elle-même conservé l'esprit, mais elle a été sauvée par lui ». Il faut citer le texte : '-pu/Tj yàp oùx aùr/] tô zvsuaa s<ko<7£v, lacofty] 8s. uTt'aùtou. Tatien joue sur le double sens du mol 5f«>Ça>, qu'on ne peut rendre en français par un même mot dans les deux membres de phrase. L'âme n'a pas conservé le 7rvsujji.<x, puisque la faute d'Adam et Eve le lui a fait perdre ; elle a été sauvée (ou peut être sauvée) de nouveau par lui, depuis la venue du Christ. « Et la lumière a pénétré2 les ténèbres, en tant que la lumière de Dieu est Verbe, et que lame ignorante est ténèbres. » Il est donc clair ici que, pour Tatien, pneuma et logos sont, comme pour Justin, identiques au fond. Seulement Tatien emploie beaucoup plus volontiers le mot pneiima que le mot logos, et j'en ai indiqué la raison. Aussi, cette explication une fois donnée, il reprend le terme pneuma. Je puis me dispenser de commenter en détail ce qui est dit dans la suite sur la manière dont s'opère le salut de l'âme chrétienne 3. Je me borne à le résumer. Nous avions perdu l'esprit, il faut de nouveau accomplir, atteler ensemble laine et le Saint-Esprit; c'est ce que Tatien appelle la syzygie selon Dieu; il faut faire aujourd'hui ce que les prophètes seuls ont su faire avant la venue du Christ1 : ramener à nous le pneuma. Je retiens cependant encore quelques parties du chapitre xv qui intéressent directement la recherche que nous faisons. Après avoir défini la nature de l'âme humaine, Tatien promet d'expliquer aussi ce qu'est l'elxwv xcù ôu.o''w<ji; xarà Geov, l'image et la ressemblance selon Dieu : il nous promet donc de faire ce que précisément nous avion-; regretté de ne pas l'avoir vu faire plus tôt. Malheureusement l'explication n'éclaircit rien : il faut convenir qu'elle était embarrassante. Ce qui ne peut se comparer à rien, dit-il, c'est l'être en soi; en d'autres termes, Dieu, le seul être véritable, n'estl'image de rien d'autre. Ce qui est comparé n'est autre chose que ce qui

i. C'est évidemment ainsi que Tatien comprend xocxéXaêev, comprehendere, recevoir en soi.

•2. lia.-k'/.x.'Zzv est repris ici; de même que pour ircoÇw, on ne peut garder en français tout à fait le même tour (quoiqu'on puisse garder la même expression); il faut une tournure passive d'abord, active ensuite.

:}. 11 me semble, en effet, que je me suis expliqué assez clairement sur * ce point dans mes Recherches; mais peut-être, dans celles-ci, n'ai-je pas analysé assez minutieusement le chap. mi, et le début du chap. xm; il m'a paru bon d'y revenir, et je reviens aussi sur les parties du chap. xv que mon analyse plus complète du chap. \n m'a aidé, je crois, à mieux comprendre.

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