IV. — La démonologie d' Athénagore
A ce dogme d'une divinité triple et une, correspond, chez Athénagore comme chez tous les Apologistes, une démonologie qui est le second élément essentiel de sa doctrine. Elle est exposée en grand détail au chapitre \w: et, quoiqu'elle soit, elle aussi, le plus souvent en accord avec celle de Justin et de Tatien. elle a certains traits particuliers. Elle est très décidément opposée à tout dualisme, et, sur certains points au moins, distinguée aussi, très nettement, des théories qui avaient cours parmi les platoniciens ou les stoïciens; par son caractère général, elle ne diffère pas essentiellement de ces théories1. « 11 y a d'autres puissances, qui sont autour de la matière ou mêlées à elle2, l'une d'abord, celle qui lutte contre Dieu.
i. Cf. l'index de Schwartz, principalement aux mois •'// r et irpdvota; cf. Geffcken, p. 2i5-i6. Athénagore ne fait d'ailleurs lui-même aucune allusion directe à ces théories: au chap. xxin. il suit quelque doxographe dont il reproduit le paragraphe relatif aux démons : commi Le pseudo-Plutarque des Placita, il commence par mentionner Thaïes : il développe ensuite surtout la doctrine de Platon: j'ai déjà analysi développement. — L'importance de cette partie de la Suppliqut soulignée par l'usage qu'en a fait Méthode.
2. Ilîp't a-JTr.v iyoi'j-x: jeaî o;' a-j??,:. Quel est exactement h- sens? On a proposé des corrections qui ne nie paraissent pas acceptables voir la note de Maran). La phrase commence par une formule trinitaire. que j'ai citée déjà, et à laquelle s'oppose la mention des démons: l'idée est évidemment que la matière est leur domaine; mais nepî et Biri ont-ils un sens local ou causal? Le sens local paraît dominer, à juger par le chap. xxv où revient une phrase analogue : outoi roivuv o\ s-;-; eXoi o\ £/.7îîc7ovt£; tûv o-jpavwv TTcpi rbv xisa ï/ovtï; y. a s xrft yïjv. Selon qu'ils résident
ATHEÎS AGORE I Q I
non pas que Dieu ait son contraire comme la haine s'oppose à l'amour dans le système d'Empédocle, ou bien, si l'on prend un exemple dans la nature même, comme la nuit s'oppose au jour; — en effet, si Dieu avait un adversaire, cet adversaire aurait été anéanti; sa substance aurait été dissoute par la puissance et la force de Dieu. Mais, à la bonté de Dieu, — qui est son attribut1 et existe en lui comme la couleur est inséparable du corps, sans laquelle il ne peut être, non qu'elle soit une partie de lui-même, mais parce qu'elle en est un accompagnement nécessaire, qu'elle lui est unie et incorporée comme le rouge l'est au feu et le bleu à l'air, — s'oppose l'esprit de la matière, créé par Dieu, comme ont été créés tous les autres anges, et à qui il avait confié l'administration de la matière et des formes de la matière. Car Dieu avait fait ces anges pour être les agents de sa providence, préposés à la création, de sorte que lui-même se réservât la providence d'ensemble, qui s'exerce sur l'univers par des lois générales, tandis que les anges auraient charge des cas particuliers. » Athénagore définit ensuite, à la manière de Justin, le libre arbitre des anges, semblable de tout point à celui de l'homme, et raconte la défection de quelques-uns d'entre eux. « Tandis que les autres restèrent fidèles aux fonctions pour lesquelles Dieu les avait créés et auxquelles il les avait préposés, ceux-ci, dans leur orgueil, abusèrent de l'être et du pouvoir qu'ils avaient reçus2, je veux dire ce prince de la matière et des
dans l'air ou sur la terre, ces déruons sont Ksp\ v).r,v ou Z:y ûXr.ç,, I'ûXtj étant spécialement constituée par les éléments lourds (liquides ou solides), dont l'air, matière ténue, est distingué, quoique, en un autre sens, il en fasse partie.
i. ï\jfj.êe6ï;-xo'; désigne ici une qualité essentielle, mais est distingué de l'essence elle-même; Dieu seul possède l'être véritable, esl sans principe: le diable n'est qu'une créature: sa malice s'oppose à la bonté de Dieu : mais il n'est pas lui-même un second principe, le contraire de Dieu. On sait que le dualisme est exposé très formellement, au n° siècle, dans le traité de Plutarque sur Isis et Osiris. Alhénagore connaît une théorie analogue, et la rejette expressément.
i. àvjêp;Ï£;v désigne leur défection, et le mobile de cette défection