‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 102 sur 167 · GASTON · texte numérisé non relu

GASTON

Est-ce au régiment que l'on apprend à arranger les affaires d'honneur?

(i) Catéchisme.

(2) Une ville de garnison, p. 297. Dentu,

LE DUC

Tu l'as dit, c'est au régiment. C'est là qu'on apprend l'emploi du sang (i).

Joseph de Maistre :

Nous déclarons coupables et infâmes deux hommes (jui se battent avec un fer long de trois pouces ; mais si le fer a trois pieds, le combat devient honorable I

Xavier de Maistre :

Saisissez bien, si vous le pouvez, la logique que je vais vous exposer.

Est-il rien de plus naturel et de plus juste que de se couper la gorge avec quelqu'un qui vous marche sur le pied par inadvertance, ou bien qui laisse échapper quelque terme piquant dans un moment de dépit, dont votre imprudence est la cause ! . . .

On va dans un pré, et là, comme Nicole faisait avec le Bourgeois Gentilhomme, on essaie de tirer carte lorsqu'il pare tierce ; et. pour que la vengeance soit sûre et complète, on lui présente sa poitrine découverte, et on court risque de se faire tuer par son ennemi pour se venger de lui (2). — On voit que rien n'est plus conséquent, et toutefois on trouve des gens qui désapprouvent cette louable coutume ! Mais ce qui est aussi conséquent que tout le reste, c'est que ces mêmes personnes qui la désapprouvent et qui veulent qu'on la regarde comme une faute grave, traiteraient encore plus mal celui qui refuserait de la commettre. Plus d'un malheureux, pour se conformer à leur avis, a perdu sa réputation et son emploi ; en sorte que lorsqu'on a le malheur d'avoir ce qu'on appelle une affaire, on ne ferait pas mal de tirer au sort pour savoir si on doit la finir suivant les lois ou suivant l'usage, et comme les lois et l'usage

(i) Le Gendre de M. Poirier, I, 11. C. Lévy.

(2) C'est le raisonneme;it '.'e Molière:

... Mon honneur me dii :ae d'une telle offensa

Il faut absolument que je prenne vengeance :

Ma foi, laissons-îe iire autant qu'il lui plaira.

Au diantre qui pourtant rien du tout en fera 1

Quand j'aurai fait le brave, et qu'un fer, pour ma peine.

M'aura d'un vilain coup transpercé la bedaine.

Que par la ville ira le bruit de mon trépas,

Diles-moi, mon honneur, en serez-vous plus gras?

Sganarelle, se. XVii.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SON PROCHAIN SqS

sont contradictoires, les juges pourraient aussi jouer leur sentence aux dés (i).

Georges Sand :

L'homme qui joue sa vie pour venger une injure, n'a que du courage : pour pardonner, il faut une vertu plus haute, l'abnégation.

Pierre Véron :

On est spadassin. On a appris dans les salles d'armes les ficelles du métier de bretteur, on a toutes les souplesses que donne l'habitude, et toutes les rubriques aussi. On provoque sans raison un honnête homme qui passe, on le tue, et l'on se tourne vers la galerie pour lui demander un petit bravo (2).

Louis Veuillot :

D'un long article étincelant de verve et qui est à lire en entier, nous extrayons quelques passages.

Et d'abord, un de ces duels de journalistes, où l'on cherche à faire plus de bruit que de besogne :

...On met bas les habits jusqu'aux bretelles, on quitte même les bretelles, on prend le fer, le feu jaillit du fer. Une, deux ! Une, deux ! On rompt, on pousse, le rompant pousse, le poussant rompt. Une, deux ! Bottes portées, bottes parées, vli^ vlan! Bottes par-ci, bottes par-là, bottes partout ! Flic, flac ! encore des bottes ! Que de bottes, que de fcu dans le fer, que de fer dans le feu, que de feu au cœur ! La sueur coule, on ne l'essuie pas ! Enfin, l'une de ces cruelles épées touche l'un de ces cruels hommes; le sang va paraître... Arrêtez, imprudents! L'hon neur est satisfait !

Le blessé a perdu quelques poils du sourcil gauche.

Et maintenant, pourquoi l'honneur est-il satisfait ?

Questionnez tant qu'il vous plaira ces raffinés, Scapin et Jean Farine, ils ne sortiront pas de là : L'honneur est satisfait Quelle satisfaction? quel honneur? L'on vous dit que l'honneur est satisfait ! Les témoins le déclarent, le signent, le mettent dans les journaux. Ils sont compétents, sans doute ! „

(i) Voyage autour de ma chambre, III.

(2} Grimaces parisiennes. C. Lévy.

...On porte sur le terrain un honneur à repriser, dit-on ; on se plante à vingt-cinq pas, on s'ajuste bien ou mal. Pau ! on revient sur ses jambes avec un honneur tout neuf...

Il est avec l'honneur des accommodements ! (i)

Nous pourrions multiplier ces citations : cela nous semble désormais inutile, et l'on conviendra que le duel blesse, non seulement la loi de Dieu, mais le bon sens de l'homme. Au fond, ce n'est qu'une tentative d'homicide par orgueil.

II. La mort de l'âme, c'est le péché; tuer une âme, c'es^ donc la porter au mal, par de mauvais conseils ou de mauvais exemples : crime que la religion désigne et flétrit sous le nom de scandale.

Nous avons déjà signalé les funestes effets du mauTais exemple (2).

Il en est du vice comme de la peste. H a ses miasmes qni cor rompent l'air moral : c'est ce que vous appelez le mauvais exemple.

Frédéric Soulié (3).

« Malheur, a dit Jésus, à celui qui scandalise un de ces petits qui croient en moi ! » Un auteur moderne a mis sur les lèvres d'un damné ce terrible commentaire de la parole divine :

Que de jeunes hommes dont je dois me reprocher la perte, et dont j'ai les fautes sur la conscience, parce qu'ils se sont jetés dans le mal pour avoir suivi mes conseils perfides... Ce remords-là est peut-être le plus cruel de tous ceux que j'éprouve. Dans certains cas, le péché est comme le torrent des montagnes, qui renverse ses digues, et qui promène partout la destruction

(i) Les^Odeurs de Paris, II, xL Palmé.

(2) Voir plus haut, p. 076 .

(3) Mémoires du Diable.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SOX PROCHAIN SqS

aveugle. Vous mourez ; mais votre péché est immortel, et il produit parfois après vous une terrible moisson de crimes...

C'est qu'elle est terrible la force de l'exemple, et' terribles aussi sont les responsabilités cpiil entraîne. C'est pourquoi vous les trouverez si nombreux en enfer, ceux cpii ont eu charge d'àmes, et qui ne se sont point acquittés de leur devoir — parents, gardiens, tuteurs, maîtres de toute espèce. — Ils vont tout droit en enfer, les premiers — mais ils sont suivis dans l'horrible royaume par ceux auxquels ils devaient montrer le chemin de la vie... et les enfants de ceux-là les suivent à leur tour, amoncelant ainsi des générations de damnés qui maudiront éternellement l'auteur de leur perte...

EXAULT (l).

De même qu'il y a entre les membres de la société humaine une communion du bien, il y a aussi une sorte de communion du mal, et nous ne pouvons guère nous nuire à nous-mêmes sans nuire en même temps à notre prochain. Veillons donc, et mis en rapport avec l'àme de notre frère, rappelons-nous le divin précepte : Tu ne la tueras point !

ARTICLE III

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