‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 108 sur 167 · CHARRIER · texte numérisé non relu

CHARRIER

Ce n'est pas moi qui vous détournerai de la franchise... Tvlais,

|ue diable ! Il y a des occasions où il faut se borner à être franc

n petto.

Emile Augier (1).

Et puis, il y a les compliments à sous-entendus, les réticences, les niédisances sans en avoir l'air, en un mot, le bon ton répandu sur la vilenie. Lisez plutôt ces fragments de dialogues.

Il s'agit ici d'une infante dont on parle comme de l'épouse possible du roi Louis XV. Aussitôt, son portrait est fait par les personnages de la cour :

LE DUC

... Si l'infante était à Versailles, peut-être que le roi... Je conviens qu'elle est très noire.

MADAME DE PRIE

Une brune piquante.

LE DUC

Sans doute, on peut dire qu'elle est contrefaite.

MADAME DE PRIE

Non, on ne peut pas absolument le dire... C'est une taille..* à elle... Voilà!

LE DUC

Je sais encore qu'elle est louche.

MADAME DE PRIE

Beaucoup moins qu'on ne pense . Certainement , elle a une manière indirecte de regarder, mais...

Léon GozLAN (2).

De certainement en mais, la pauvre femme aura bientôt tous les travers du monde.

Voici maintenant un autre dialogue. Ce sont deux amies qui parlent d'une jeune fille qu'elles viennent de voir, et qui pour le moment est absente.

(1) Les effrontés, 1, xu. C. Lévy.

(2) Le Gâteau des Reines, IV, m. Devresse.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SON PROCHAIN 4^1

HERMINE

• .Elle VOUS a un peu étonnée. . je le comprends... Elle est impossible... Trop exubérante, trop en l'air, trop fille d'artiste!... Et sa mère était si distinguée.... Elle est morte la première, cela se voit... Pauvi'e Pépa!... Oh! je la défends, moi d'abord! Eh bien, oui, mal élevée, inconvenante, vulgaire même, tout ce que vous voudrez, et avec cela coquette, ah!... Mais une excellente personne et très honnête, sans que cela paraisse, il est vrai, mais très honnête!. . Oh! je la défends!

MADAME DE MOISAND

C'est égal, pour une jeune fille du monde.,

HERMINE

Oh! jeune, vingt-six ans!... C'est une circonstance atténuante... vingt-six ans au moins... puisqu'elle les avoue. (Moiii'ement de Madame de Moisand.) Si! si! je la défends! Et quant au monde, ah! elle n'y est pas déplacée, allez ! Mais au contfeire, elle y a un succès énorme, on se la dispute... on la trouve drôle... les hommes surtout... Ils prétendent que c'est une nature... mais ils ne l'épousent pas...

Edouard Pailleron (i).

Quelle conduite devons-nous tenir à l'égard des médisants? Tout d'abord, ne les écoutons pas avec plaisir et ne les encourageons point, par notre attitude bienveillante, par nos sourires, dans leur œuvre mauvaise.

Certaines oreilles sont ouvertes aux médisances, aux calomnies et aux mauvaises nouvelles, comme les égoûts aux ruisseaux.

Valyère (2).

Evitons de nous heurter à ce premier écueil.

Puis, lorsqu'une médisance a frappé nos oreilles, ne nous hâtons pas d'y croire. Savons-nous quelle est l'origine des propos qu'on nous rapporte ?

(i) La Souris, I, i. C. Lévy

(a) Heures grises, p. 94. Ollendorff,

APOLOGISTES LAÏQUES. ftC

« De qui peux-tu bien tenir tes informations charitables? » Elle les tenait de notre vieille cousine, qui les tenait elle-même

d'une commère de ses amies, laquelle les tenait d'une marchande

de légumes renseignée pai* un coquetier.

Victor Gherbuliez (i).

Eiitin, et surtout, ne nous faisons pas les courtiers et les colporteurs de la médisance :

Elle est comme la fausse monnaie ; bien des gens qui ne voudraient pas l'avoir émise la l'ont circuler sans scrupule.

Comtesse Dl^ve (o).

Rappelons-nous que les médisants ne respectent rien (3), que leur langue est toujours prête à mordre (4), que s'ils déchirent les autres devant nous, ils nous déchirent devant les autres : tâchons de réparer, en partie du moins, le mal qu'ils ont pu faire, et imitons l'exemple que nous propose le poète :

Lorsque la diatribe autoiu' d'un nom s'élance,

Vous voyez une femme écouter en silence. Et douter, puis vous dire : — Attendons pour juger, Quel est celui de nous qu'on ne pourrait charger ? On est prompt à ternir les choses les plus belles La louange est sans pieds et le blâme a des ailes

Page 1