DEVOIRS DE L HOMME ENVERS LUI-MÊME
rôles, tous les ont dites dans le cœur ; je n'en trouve pas d'autres dans le mien.
Alfred de Musset (i).
Ailleurs le même poète est plus énergique encore : Si mon cœur, fatigué du rêve qui l'obsède, A la réalité revient pour s'assouvir, Au fond des vains plaisirs que j'appelle à mon aide Je sens un tel dégoût que je me sens mourir.
Alfred de Musset (2).
Ce n'est pas tout. Tandis que le cœur souffre, la volonté s'abaisse et se dégrade, et l'on peut dire à la fois :
Que de courage à bas ! que de bonheur gâté !
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Triste effet de l'impureté :
Elle nous asservit, nous courbe et nous recourbe, A part la conscience, elle prend l'homme entier, Et c'est elle qui fait de l'honneur un métier. Du cœur un histrion et du langage un fourbe.
Maurice Rollinat (3).
Reste l'intelligence : elle aussi est atteinte. Et nous ne voulons pas seulement parler ici des cas de folie, de plus en plus nombreux, qui sont la conséquence de l'inconduite (4). S'il ne tue pas toujours l'intelligence, le vice ne la laisse jamais sans blessure. « Les grandes pensées viennent du cœur ; » en peuvent-elles venir quand le cœur est gâté?
Tu n'as qu'une façon de t'acquitter envers Dieu, dit un maître à son disciple de prédilection : il t'a prêté le génie, — rends-
(i) La Confession d'un enfant du siècle, II, iv. Charpentier.
(2) L'espoir en Dieu. Œuvres, Charpentier.
(3) L'Abîme, la Luxure. Charpentier. — Voir J. Autran, Sonnets capricieux, Dernière largesse. C. Lévy.
(4) M. de Viel-Castel raconte une visite faite par lui à un établissement d'aliénés : «■ Un de ces malheureux, dit-il, tournait sans cesse autour d'un arbre en riant, sans bruit; il a vingt ans à peine et une débauche contractée dès l'enfance l'a amené ù l'idiotisme le plus dégradant. « Mémoires sur le règne de Napoléon lll, t. i, -20 mars i83i. Berne, Haller.
lui la vertu ; — il t'a fait grand, — sois honnête ! — Et si ce n'est pas assez que ta conscience te le commande, j'ajoute que ton avenir et ta i^loire sont à ce prix. Oui, si tu ne veux pas, comme tant d'autres, disparaître de la sphère des arts après une nuit d'éclat, si tu ne veux pas que le souffle te manque au milieu de ta carrière, si tu te soucies de porter jusqu'au sommet ton noble fardeau, — règle ton cœur et ta vie ; ceins tes reins en brave, et préserve avec soin ta virile jeunesse. Un corps énervé ne recèle plus qu'un génie fourbu.
Octave Feuillet (i).
Voici encore un maître et un disciple, un père et un fils. Ce sont les mêmes conseils que nous allons retrouver sur les lèvres du père :
FORESTIER
Mon cher, on ne sert pas deux maîtres à la fois ; A ton âge, sentant qu'il fallait faire un choix. J'avais aux voluptés déclaré le divorce, J'étais chaste, et c'est là le secret de ma force.