‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 135 sur 167 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

C'est la porte ouverte dans l'Eglise de la terre, c'est aussi la porte ouverte dans le ciel :

Le Père, entouré d'étoiles, Vers l'enfant, faible et sans voiles, Descend, sur les vents porté ; L'Esprit-Saint de feu l'inonde, Il n'est encor né qu'au monde.

Qu'il naisse à l'éternité !

Victor Hugo (3).

Avec la grâce, le baptême apporte de précieux enseinements :

Il nous rappelle la corruption où nous sommes nés, les en.

(1) Catéchisme.

(2) Odes,l, IX. iv. Hetzel.

(3) Odes, I, IX, iii. Fletzel.

trailles douloureuses qui nous portèrent, les tribulatipns qui nous attendent dans ce monde ; il nous dit que nos fautes rejailliront sur nos fils, que nous comines tous solidaires : terrible enseignement qui suffirait seul, s'il était bien médité, pour faire régner la vertu pai*mi les hommes.

Chateaubriand (i).

N'y a-t-il pas aussi, dans ce sacrement, une première et grande leçon d'égalité? Riches ou pauvres, fils d'empereurs ou de mendiants, tous sont obligés d'y recourir pour dévenir aptes au royaume des deux.

Que l'ep.fant qui vient d'entrer en ce monde soit fils de roi

ou d'empereur, que sa mère Fait enfanté sur un lit de pourpre

et d'or, que ce nouveau-né soit destiné à ceindre un jour la.cou-

ronne, qu'il soit apporté à l'église dans un carrosse d'apparat,

escorté de soldats et de grands dignitaires de la cour de son

père, le nouveau-né et son brillant cortège seront contraints de

s'arrêter à la porte de l'antique et somptueuse cathédrale,

comme l'enfant du pauvre avtisan à celle de l'humble église du,

hameau. Ici commence l'égalité devant Dieu; le fils du monarque,

sous ses langes brodés et enrichis de dentelles, comme le fils

du mendiant ssus ses haillons troués et déguenillés, portent la

même souillure et sont assujettis aux mêmes humiliations, aul

mên>e cérémomal.

Vicomte Walsh (2).

Quand un sacrement renferme des leçons si éloquentes et si utiles, nous nous demandons sous l'influence de quelles pensées secrètes on essaie d'en priver les enfants et on cherche à en éloigner les familles, en jouant devant elles nous ne savons quelles parodies , sous le titre de baptême civil ?

Celte tentative, dont on abeaucoup parlé récemmenl, n'est pas une innovation : il y a un certain nombre d annccs, un

(i) Génie du christianisme, I, i, vi.

(^) Tableau poétique des sacrements, le Baptême. Voir VicW Uwrj apoogitte, p, i58.

LE RAPTÊME 4^3

personnas:? connu remplaça le baptême de son fils par une cérémonie qui inspira à un journaliste les réflexions suivantes :

Je me demande comment ce cerv«au si bien constitué a pu être aiusi mis à l'envers. Cet homme si intelligent vous dit tranquillement des choses dans le goût de celles-ci : « Je n'ai pas présenté mon tils au baptême, mais je suis allé trouver Barbes et je lui ai dit : Barbes, baptise mon fils ! »

Ah! si dans notre parti nous faisions de ces âneries-là, en rirait-il assez !

En un mot, cela veut dire qu'il ne croit pas au baptême, en affirmant qu'il y croit ; il n'accorde pas à la religion qui, prêche le mieux l'humanité le pouvoir d'influencer heureusement la vie de son tils, et il le reconnaît à Barbes !

Quelle charade!

Henri de Villemessant (i).

Vous ne sar<ez pas à quelle œuvre néfaste vous travaillez, démolisseurs stupides, en vous attaquant au baptême, et en coopérant ainsi à l'œuvre du démon, qui a voulu, commo vous, tenir fermée la porte da ciel. Mais les mères ne vous écouteront pas, et elles ne voudront pas se priver de l'allégresse de voir leur nouveau-né porté à l'église, au milieu de la joie de tous, pour y recevoir le sacrement de vie : cette joie,

Dieu nous la devait peut-être ; car, dans la vie, ce ne sera pas toujours pour pleurer de joie que nous nous rendrons à l'église.

Vicomte Walsh (2).

Le baptême nous fait enfants de l'Eglise; cela ne suffit pas, il faut que nous en soyons les soldats. C'est dans le sacrement de CoTiJirination([ue le chrétien trouvera la force et l'intelligence nécessaires pour remplir ce noble et important devoir:

La GonfL;*mation vient soutenir ses pas tremblants comme le

(i) Mémoires d'un Journaliste, t. iv, p. ■2f\y. Dentu. (2j Op. cit.

bàto^ii dans la main du voyageur, ou comme ces sceptres qui passaient de race en race chez les rois antiques, et sur le>?(|uels Evandre et Nestor, pasteurs des hommes, s'appuyaient en jugeant les peuples. Observons que la morale entière de la vie est renfermée dans le sacrement de Confirmation : quiconque a la foi'ce de confesser Dieu pratiquera nécessairement la vertu, puisque commettre le crime, c'est renier le Créateur.

Chateaubriand (i).

(i) Génk du christianisme, I, i, viii.

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