‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 151 sur 167 · V. de Laprade · texte numérisé non relu

V. de Laprade

(i) Génie du christianisme, I, i, x.

{•2) Ceinture dorée, II, in. C. Lévy.

(3) Une Femme du monde, xxvii. Dentu. Comparez Louis Veuillot : « Le Sacrement de mariage est un désiafectaut. » Les Libres-penseurs, III, i Palmé.

(4) Pernette, i. Lemerre,

Le lien du mariage étant une chose sainte, on ne comprend pas là prétention émise par le pouvoir civil de créer lui-môme ci^ lien entre les époux, lorsque ces époux sont chrétiens. J.'sus-Christ a exigé, pour le mariage chrétien, l'intervention et l'assistance de son Eglise. Aussi, quand on entre dans une mairie, pour assister à ce qu'on nomme un mariage civil, et qu'on voit deux chrétiens comparaître devant un officier de l'Etat qui les déclare mariés, on ne peut s'empêcher de sourire et le proverbe latin monte aux lèvres: Ne siitor ultra crepidam.

Aussi, ces cérémonies civiles ont-elles excité la verve de plus d'un écrivain :

La proclaïualion de l'union de l'homme et de la femme, dans ces endroits civils, ressemble vraiment trop à la condamnation prononcée par un président de cour d'assises.

De GoNCouRT (i).

Une dame raconte son mariage à la mairie : La salle dans laquelle on nous fit entrer avait un aspect lugubre. Des banquettes de velours vert en remplissaient les deux tiers. Sur une estrade, de l'autre côté d'une barrière massive, se prélassaient le bureau de M. le maire, des fauteuils pour les futurs et les grands parents, des chaises pour les témoins. Sur la tenture verte, parsemée d'N et d'abeilles impériales, se détachait un buste de S. M. la République, troisième du nom, impuissante à égayer le sanctuaire. Nous attendîmes trois heures qu'un garçon de bureau, perdu dans de hautes bottes à léouyère, sur les talons duquel un sabre de cavalerie sonnait le tocsin, entrât et annonçât M. le maire ! « Découvrezvous ! » ajouta-t-il, bien que tout le mond fut tête nue.

...Les choses se passèrent de la façon la plus banale. M. le maire ne nous laissa pas le temps de respirer. J'eus grand' peine à me convaincre que j'étais plus mariée après qu'avant cette incroyable cérémonie. La seule préoccupation était évidemment de se débarrasser de nous. Une écliarpe tricolore, un buste de la République, sept paraphes et quelques pourboires

(i) Journal, 27 juillet 1877. Charpentier.

iS^ APOLOGISTES LAÏQTTK3

'snfïi ent à transformer ma vie, à me créer des devoirs si sérieux que la mort seule pouvait m' eu dégager... Je me sentis troublée, presque humiliée du peu que je pesais dans la balancé municipale. Si l'Eglise ne m'avait pas réhabilitée, je ne me serais jamais crue mariée.

M. le maire reprit son chapeau, nous salua et sortit pour vaquer à de plus sérieuses affaires.

« Allons-nous-en, gens de la noce ! ajouta le garçon de bureau en nous poussant du côté de la porte, il est plus que temps de fermer la boutique. »

QUATRELLES (l).

Après les impressions d'une épouse, voici celles d'un époux. Il n'a pas la foi, il nous le dit lui-même, mais il n'en est pas moins dur pour le mariage laïque ;

Aujourd'hui, à deux heures, dans une grande salle munie de banquettes rouges, ornée du buste en plâtre de la République et sentant le tabac, un négociant en cuirs, maire de notre arrondissement, est apparu ceint d'une écharpe tricolore, et, de par la vertu qui réside en cette écharpe, ce monsieur, au lieu de faire des souliers comme d'habitude, à pareille heure, a fait de Mlle Glaire Lecouturier et de M. Raymond Blachère une paire d'époux. La loi, dont la représentation même devrait toujours être auguste, — s'est incarnée en ce petit homme sautillant et guilleret... Je ne suis pas un bien grand ci'oyant, et ce qui reste en mv.i de la foi de mes premières années n'est guère, au fond» que le regret de l'avoir perdue.... Je serai plus touché, pour" tant, il me semble, du mystère qui s'accomplira demain sur l'autel, que je ne l'ai été de la transsubstantiation de ce marchand de chaussures. Il a expédié, avec la hâte qu'on met à se débar. rasser d'une corvée, les paroles qui lient à jamais deux créatures humaines; il n'a pas même pu garder jusqu'au bout l'air de gravité convenue qui fait, comme l'écharpe, partie de sa tenue les jours où il officie ! Ensuite, ce personnage dépourvu de prestige a bredouillé je ne sais quoi : j'ai cru comprendre qu'il qua liûait nos témoins de « faisceau de notabilités. » On nous a fait

(i) Les Mille et une 7iuits, v. Hetzel.

mettre notre signature sur un registre. Tout est en règle... Nou» sommes mariés...

Georges Duruy (1).

Pour sauvegarder la sainteté du mariage, Dieu l'a entouré de lois destinées à le n aintenir dans sa dignité. C'est ainsi qu'il a défendu la polygamie simultanée :

... Vous n'aurez de fils que d'une seule femme, Et vous n'aurez à deux qu'une couche et qu'une âme ; Car Dieu vous a créé par couple un sort commun : Homme, femme, à ses yeux, ne sont pas deux, mais un.

Lamartine (2).

C'est ainsi encore que furent prohibés les mariages entre parents : « La prévoyante sagesse de l'Eglise, selon la belle pensée de saint Thomas, veut que le mariage, poursuivant ses fins à l'extrême, puisse atteindre ces deux grands biens sociaux : la confédération des hommes et la multiplication des amitiés (3) ; »

Et, pour que la famille au loin s'élargissant Propage parmi tous les tendresses du sang. Vous ne ferez jamais refluer vers sa source Ce sang qui, dans vos cœurs, vient de la même source.

Lamartine (4).

Il est une loi enfin que son importance et les attaques dont elle a été l'objet nous obligent à justifier plus amplement : c'est l'indissolubilité du lien matrimonial.

(1) V Unisson, p. 181. Hachette.

(2) La C/u4te.d'un Ange, 8« vision. Hachette, Jouvet.

(3) P. Monsabré, Conférences de Notre-Dame, 1887, IV, li.

(4) La Chute d'un ange, 8« vision. Hachette, jouvet.

ARTICLE II

Page 1