INDISSOLUBILITÉ DU MARIAGE
« Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni, » a dit le divin Législateur. Le catéchisme ne fait qu'appliquer cette parole du Maître lorsqu'il dit : « Le mariage est indissoluble, il ne peut être rompu que par la mort. »
Ces deux citations mettent hors de conteste le droit divin et le droit ecclésiastique. Pour répondre aux difficultés soulevées par les incrédules, nous examinerons ici la question du divorce au seul point de vue du droit naturel. Nous dirons d'abord pourquoi le mariage doit être indissoluble ; puis nous aborderons, pour les réfuter, les objections soulevées contre l'indissolubilité par les partisans du divorce.
§ I. — Raisons de Pindissolubilité.
1° Quand on aime véritablement, ce n'est pas pour un temps, et quiconque dit qu'il aime promet, par cela seul, d'aimer toujours. Lorsqu'un homme et une femme s'unissen* par le lien du mariage, la promesse d'affection qu'ils se font exclut essentiellement toute limite et les engage jusqu'au tombeau. Telle est la première raison qui milite pour l'indis solubilité du mariage.
... 11 est avéré que lorsqu'on dit qu'on aime, On dit en même temps qu'on aimera toujours, — Et qu'on a jamais vu ni rois ni troubadours Jurer à leur beautés de les aimer huit jours.
Alfred de Musset (1).
(1) Namouna, I, xxxiv. Charpentier.
Il y a une chose, disait M. Jules Simo7i au Sénat, da)is la discussion SU7' la loi du divorce, il y a une chose que les amants répètent sans cesse, — ils n'ont pas tort, elle est vraie, elle est sainte : — c'est l'idée de l'éternité des sentiments qui les unit. Quand l'amour existe entre deux êtres humains, ce n'est pas pour une heure, ce n'est pas pour un jour ; au moment où on le ressent, on se dit des deux côtés ; c'est pour toujours, c'est à jamais! Quel est celui de vous qui ne l'a p^s dit, et quel est celui de vous qui, l'ayant dit et l'ayant un jour oubKé, n'a pas senti qu'il y avait une diminution de lui-même et presque une dégradation ! {Vive approbation à droite).
... Le grand caractère de l'humanité, c'est l'amour, c'est la tendresse infinie et durable de l'homme pour la femme, c'est la consécration de ce qui n'est qu'un appétit physique par le sentiment le plus élevé, le plus noble que les hommes aient jamais pu comprendre et éprouver. Voilà la vérité ! Ajoutez si vous voulez que c'est de la poésie ou de la métaphysique, je dis que c'est la grandeur de l'humanité, que c'est sa gloire, qu'on ne doit pas toucher à ce sentiment là, qu'il faut se rappeler que le mariage n'est que la consécration de l'amour, et que l'amour n'est grand que parce qu'il a le sentiment de sa durée et de son éternité.
Jules Simon (1).
a** Cette idée d'éternité est si bien liée dans la conscience publique à celle de mariage, que ,quoi que fassent les lois, les mœurs protesteront toujours contre le divorcé : le monde verra toujours avec défiance un homme et surtout une femme divorcée, et, même s'il ne se rend pas un compte exact du sentiment qui l'inspire, il considérera toujours les divorcés comme ayant manqué à quelque règle de l'honneur ; aussi, les recevra-t-ii aussi peu et aussi mal que possible.
(i) Discours au Sénat, 27 mai i884«
^Vos législateurs auront beau faire, dit Alphonse Daudet, le
divoii^e n'est pas une loi, c'est une tare (i).
Et cette tare, le monde la fait expier durement aux femmes divorcées et surtout remariées. Un écrivain contemporain répond ainsi à la question d'une divorcée : « Que dira le monde si je me remarie ? »
Ce que diva le monde, madame, prenez-y garde. Il n'aura pas d'indulgence chrétienne pour qui aura bravé la loi du Christ. Le soir du'' jour où vous aurez comparu au bras du second époux dans une salle de mairie devant un citoyen coupé en* deux par une écharpe, il aura un bon moment de gaîté folâtre, le monde, votre monde !...
Risquez doue après cela vos visites de secondes noces. Faites le compte des « ?dadame vient de sortir » et des « Madame n'est pas encore rentrée » que vous rapportera votre valet de pied envoyé en avant-coureur. Payez d'audace à la faveur d'une consigne insuffisamment donnée, pénétrez dans un salon jadis ami, quelles tortures vous attendent ! D'où tirerez-vous le sourire('de commande qui vous permettra de faire face aux agressions des demi-sourires ? Comment supporterez-vous qu'au départ on ne vous demande ni votre jour ni votre heure, ni quoi que ce soit qui vous fasse espérer, même dans un mois, même dans six, l'aumône d'une carte cornée ?
Et alors que vous restera- t-il à faire? Vous imposer à une société qui, — tranchons le mot, — vous coupe? Quelle misère! Vite une malle, dix malles, et en route pour l'isolement à deux I En route pour les coins perdus, pour les villas au bord du lac de Gôme où l'on voit passer les petits bateaux qui vont sur l'eau. Heureuse si, dans la cruelle monotonie des amours désabusées, il ne s'échange pas entre votre second époux et vous le dialogue connu :
— Dieu! que je regrette mon premier mari .'
— Pas tant que moi !
Gaston Jollivet (2).
Ce refiis du monde d'accepter les divorcés était un des
(1> L'- Lutte pour la vie, II, xii, C. Lévy.
''"' '^ divorce et le monde, Figaro, 19 mm-- 1885,
LE MARIAOE 539
arguments dont se servirent les adversaires de la loi du divorce au sein du Parlement.
Ahl disait M. Allou !je réponds bien que, dans notre société française, délicate, impressionnable, il n'y a place que porœles railleries, il n'y a place que pour le dédain en présence d'une situation pareille.
Vous ne ferez jamais accepter, dans notre société qui ne l'acceptait pas dans le passé — si vous interrogez les souvenirs de nos grand'mères, — comme une situation régulière, la situation d'un mari et d'une femme ayant abandonné le foyer domestique et cherchant à s'en constituer un second.
Allou (i).
M. Chesnelong tenait un langage plus énergique encore :
Quoi ! vous croyez vraiment que, parce que la loi s'en mêle, ces mariaçes de divorcés deviendront des mariasres légitimes devant la morale et respectables devant l'opinion? Non, mille fois non !
Quand la loi régularise le désordre, elle s'en rend complice, elle ne le réhabilite pas. Les mariî^ges dont vous parlez seront des adultères légaux, mais ils resteront des adultères. La morale n'y gagnera rien.
Quant à la considération publique, quel est celui de vous qui voudrait que sa femme devînt l'amie d'une divorcée qui se serait remariée ?.1t Quel est celui de vous qui consentirait à rechercher pour son fils la main d'une divorcée? Quel est surtout celui de vous qui consentirai l à donner sa fille à un divorcé?
Donc, des unions adultères, réprouvées par la morale, condamnées par le sentiment public, voilà tout ce que votre loi du divorce peut produire, en y ajoutant un scandale légal. Elle est incapable de px^oduire, autre chose.
Chesnelong (a).
Et pourquoi cette réprobation du monde à l'égard des divorcés? Parce que le monde, lorsqu'il se trouve en présence de deux personnes remariées après divorce, sent très bien
(iLSénat, 28 mai 188A.
(2) Sénat, 19 juin 1884.
540 APOLOGISTIiS LAÏQUES
qu'il n'a pas devant lui un époux et une épouse, et que le véritable mariage est ailleurs. Dans une pièce jouée il y a quelques années (i), une femme divorcée et remariée voit tout à coup son premier mari entrer chez elle. Surprise, bouleversée, elle s'écrie :
— Mon mari !
Et celui-ci de répondre :
— Tu vois bien que tu es ma femme I
3° L'indissolubilité est une école de vertus. Avec elle, en effet, on aura plus de prudence dans le choix de celui qui devra être le compagnon de la vie entière : « on ne s'engago pas pour toujours sans peser les chaînes que l'on veut porter (2). » — Avec elle, \a justice est plus sauvegardée qu'avec le divorce ; car si le lien était rompu, l'homme pourrait quitter la communauté en emportant tout ce qu'il a apporté : la femme, non. « Il garderait, lui, tous ses avanlp^es, et elle perdrait ses meilleurs biens (3). »
Enfin, avec l'indissolubilité, on cultivera la vertu de force : on f3 dira que puisqu'il faut vivre ensemble, il faut se rendre rieilleur, pour devenir plus supportable, et plus patient, pour mieux supporter les défauts de son compagnon de route. On cherchera, par le travail et l'épargne, à conserver et à augmenter le patrimoine, car on sera certain de pouvoir le transmettre à ses enfants. C'est une observation qui a rarement été faite, et qu'un sénateur a mise en lumière pendant la discussion de la loi du divorce.
M. Emile Lenoel. Cela a l'air d'envisager un côté matériel ; pour moi, cependant, c'est un grand côté moral. 11 est un point
(1) Un Divorce, comédie de MM. Moreau et Georges André.
(2) P. Mohsabré, Conférences de Notre-Dame, 18S7, II, u.
(3) P. Monsabré, iùid.
LE MARIAGE 54l
sur lequel tout le monde, tous les économistes sont d'accord, c'est que la France est, de tous les pays da monde, celui où l'épargne se reconstitue le plus facilement et le plus rapidement. (Mouvement à gauche.)
Ah ! je sais bien que cela a l'air misérable, mais cela pour moi est énorme. Et savez-vous pourquoi, à mes yeux, du moins, ce résultat se produit? C'est parce que, chez nous, la femme sait que son mariage est indissoluble. (Sourires à gauche.)
Oui! cela vous paraît bien mesquin, n'est-ce pas?..,
Voi.\: nombreuses. Mais non! parlez! parlez!,.
M. Emile Lexoël, se tournant vers la gauche. Pardon! je vois que je fais rire... (Non! non! parlez! parlez! très bien! très bien!)
Mais je sais, quant à moi, qui suis issu d une famille de paysans, que lorsque j'entre dans la maison des paysans, mes pa. rents, ou des marins de nos côtes, et que nous causons de ces choses, de la question du divorce, ils n'y comprennent rien. Je sais bien aussi que lorsque la fille de ces paysans ou de ces marins entre dans la maison de son mari qui, grâce à Dieu, dans les campagnes, si misérable qu'elle soit, appartient en général à celui qui l'habite, je sais bien que cette jeune fille se dit : Voilà la maison où j'entre pour y passer ma vie; je n'en sortirai que le jour où l'on me conduira à ma dernière demeure. (Trèi bien! très bien! à droite et au centre.)
Et, le lendemain du jour de son mariage, elle épargne et devient la prévoyance vivante de la maison (Très bien ! très bien! à droite et au centre) ; car, dans les jours heureux, elle pense aux jours mauvais qui pourront venir, et elle amasse pour la famille, pour les enfants, la laine dont elle les vêtira si l'hiver est rude, les provisions et quelques écus pour les soigner s'ils sont malades ; et si le malheur qu'elle a prévu et que prévoit toujours la pauvre femme qui mérite si bien le nom de « ménagère »... ne se réalise pas, si l'adversité contre laquelle elle a voulu prémunir la famille ne l'atLeint pas, elle donne à son mari, pour acheter un pré, une vigne, un champ, ou pour réparer sa maison, ou pour radouber s i barque si cest la femme d'un pêcheur, l'épargne qu'elle a faite...
Faites que cette femme n'ait plus la même sécurité, la même quiétude, qu'un jour elle puisse disparaître de cette maison;
54a APOLOGISTES LAÏQUES
avec cette inquiétude disparaîtront ces sentiments de prévoyance et d'épargne qui font des mères françaises les premières
entre toutes.
Emile LEXOiix. (i).
4° Il est un autre argument en faveur de l'indissolubilité : c'est le souci des enfants :
Les enfants ! C'est à eux surtout qu'il faut songer ; c'est snr eux surtont qu'il faut veiller. Dans toute séparatjlon, il y a souvent deux coupables ; il / a au moins un coupable et une victime. La victime elle-même n'est pas toujours absolument exempte de torts. Plaignons-les néanmoins, parce qu'ils sont malheureux. Mais les enfants sont innocents. Au foyer déchiré, ils n'avaient apporté que leurs sourires et leurs grâces; nous ne devons pas sacrifier les enfants I
Chesnelong (2).
Or le divorce les sacrifie entièrement. Quelle est la place qui leur est faite ?
Gomment, voilà des enfants qui représentent la première union, l'union brisée, les voilà, à la suite du divorce qui a rompu le lien qui unissait leur père et leur mère, les voilà ballottés, eux, les enfants de cet homme et de cette femme, eatre le nouveau mariage de la femme et le nouveau mariage du mari, entre le mariage de leur père et le mariage de leur mère, chacun de leur côté !... Je vous demande où il y a place pour eux ?...
Axlou (3).
En effet, ou les enfants auront suivi leur père,' ou ce sera leur mère qui en restera la gardienne. Envisageons chacune de ces deux hypothèses.
Si c'est le père qui se remarie et qui les garde, il les prend dans son nouveau foyer. Pauvres enfants !
Ils auront là, chaque jour, sous leurs yeux, le témoignage vi^ vaut du malheur de leur mère et de sa répudiation. Ils ne seront pas seulement privés de caresses maternelles ; ils veixont une
(1) Sénat, 19 juin 1884.
(2) Sénat, 19 juin 1884,
(3) Sénat, 28 mai 1884.
auti'e femme qui n'est pas leur mère, mais qal "est la seconde épouse de lem' mère, qui en a le titre de par la loi, qui joudra en avoir .l'autorité, leur imposer une direction dont ils se défient et prétendre à des l'esgects. qu'ils n'ont pas dans leiu's cœurs. . ^ ' i- ' \i
' '^ ■' GUESNELONG (l).
Et le père lui-môme,
Pourra-t-il i prouver une affection bien vive pour le fils de celle qu'il a haï • jusqu'au point de la chasser du domicile conjugal, pour lui donner xuie remplaça ^te ?
De LORGERIL (2).
Et maintenant.
Si c'est la mère qui se remarie et cjui installe les enfants dans ion nouveau ménage, la soufirance sera différente, mais ce sera toujours la douleur et l'humiliation dans le élaissement. Voir leur mère ne plus porter un nom qui est le leur et se parer d'u.i nom où ils sentiront un outrage ; voir chaque jour, à la table de la famille, la place du père occupée par l'étranger, ne plus pouvoir respecter leur mère et continuer à l'aimer, être traités par le second époux de leur mère avec indifférence...
Ghesneloxg (3).
C'est tout ce qu'ils peuvent attendre du second époux de leur mère, tandis que celle-ci ne po :rra môme pas « prodiguer ses caresses, en face du second mari, au fils de celui qui l'a humiliée et irritée (4). » Bien plus :
Lorsqu'une femme est entrée dans une nouvelle famille, il lui faut, de toute nécessité, faire oublier à son nouveau mari jusqu'à la pensée même de l'autre mariage ; et, si elle parle de son premier époux, il faut que ce soit, sous peine d'exciter la jalousie et de blesser les sentiments les plus délicats — je le reconnais, — il faut cpi'elle ne parle de son premier mari qu'avec haine et mépris, il faut qu'elle déverse sur lui l'outrage ; et, si elle a eu des enfants avec ce premier mai*i, ils n entendront prononcer
(i) Sénat, 19 juin i884«
(2) Sénat, 3o mai 1884.
(5j Sénat, 19 juin 1884.
(4) De Lorgeril, Sénat, 3o mai i83i|.
le nom de leur père que pour y voir accoler les épithètes les plus
flétrissantes.
Emile Lenoel (1).
Telle sera la situation des enfants. Et encore, jusqu'ici, n'avons-nous pas envisagé un cas qui se présentera le plus souvent, celui où d'autres enfants seront le fruit de l'union nouvelle :
Des nouveaux mariages naîtront de nouveaux enfants, et alors il arrivera avec une aggravation excessive ce qui arrive dans presque tous les seconds mariages, où les enfants du premier lit voient leurs intérêts et leur éducation négligés pour ceux des enfants du second lit ; et cependant leur père a pu aimer tendrement sa première femme et être entièrement dévoué à ses enfants, avant qu'un nouvel hymen et de nouveaux devoirs se lussent superposés à son premier hymen et à ses premiers devoirs. Je puis en dire autant de la mère. Et si cependant, dans ce cas, les désordres que je signale ont lieu sans cesse, que ne sera-ce pas lorsque la haine et non la mort aura brisé des liens jusqu'alors indissolubles ?
De Lorgeril (2).
Ne vous y trompez donc pas, l'époux de la divorcée, non seulement n'aimera pas les enfants de la première union, mais il les haïra et il les persécutera. Et ceux-ci lui rendront haine pour haine ; ils subiront le joug en frémissant ; ils aspireront à l'émancipation et à la vengeance ! Quelle situation ! Et après ces enfances, quelle eera la vie ?
Chesnelong (3).
Après de tels arguments, le même orateur n'avait-il pas le droit de dire :
Ne réduisez pas ces pauvres enfants à une situation où ils perdraient tout : le respect qui les garde et le dernier amour qui les protège ; ne les condamnez pas à une sorte d'exil moral dans des foyers où ils seraient humiliés et où ils ne pourraient pas être aimés, où leurs coeurs s'ouvriraient à la défiance et à la haine et ne s'ouvriraient plus aux généreuses tendresses !..,
(1) Sénat, 19 juin 1884.
(2) Sénat, 30 mai 1884.
(3) Sénat, 19 juin 1884.
LE >IVni.VGB 5^5
.Messieurs, je vous eu eoujurc !... je vous dis du foud du cœm* : grùce pour les eut'uuls 1
.: ClIESNELONG (l).
5- L'indissolubilité n'est pas moins nécessaire à la i-ociété qu'à la laniillc. Avec le divorce, en ciret, le principe d'autorité s'alFaiblit, car les parents sont lUtalenienl livrés au jugement des enfants. — Avec le divorce, le niveau de la marale publique va s'abaissant, car il constitue une sorte de prime olFerte au désordre. — Avec le divorce, le nombre des onfants décroît latalement (nous reviendrons plus loin sur ce fait) et les forces de la patrie sont d'autant diminuées. — Avecle divorce, enfin, la. paix est altérée, car il amène la désunion entre des familles tout entières. Lorsque un mariage a lieu, ce ne sont pas seulement deux individus qui s'unissent, ce sont deux familles :
.(De là ces locutions usitées tous les jours : « cette jeune fille, ce jeune homme, entrent dans une famille honorable. » Et lorsque ces deux familles, consultées l'une et l'autre, se sont ainsi unies dans la personne de leurs enfants, qu'en résultet-il entre elles ? Une solidarité réelle, une solidarité immense, parce que l'intérêt des deux époux et liatérêt des enfants qui naîtront d'eux commande que les deux familles se groupent et s'unissent pour éviter le malheur et surtout la honte à ce jeune ménage qui leur appai-tient à toutes deux... S'il éclate un sinistre financier, atteignant l'une ou l'autre famille, ou s'il se produit un de ces actes entachait l'honneur, un abus de confiance, un abus de dépôt commis par un comptable ou par un caissier, cette union des familles n'est pas un vain mot i Est-ce que nous ne voyons pas les deux familles se grouper et
s'unir pour tâcher, au prix des plus gi'ands sacrifices, de répa.
rer la faute ou le crime, et surtout pour empêcher qu ils soient
révélés ?
Messieurs, ne voyez-vous pas que si vous établissez dans le
(i) Ibid.
APOLOGISTES LAÏQUES Zi
mariage la possibilité d'une rupture complète, vous portez atteinte à cette solidarité des familles ?... Ne voyez-vous pas ce qui arrivera avec le divorce ? C'est que la femme ou l'homme divorcé iront porter dans une autre famille les secrets de la famille qu'ils quittent.
La famille dans laquelle ils entreront deviendra, par la force des choses, l'ennemie de la famille quittée, et une ennemie d'autant plus dangereuse que tous les secrets que l'époux aura puisés dans sa première famille , il les apportera dans la seconde !
Emile Lenobl (1).
Tels sont les principaux arguments qui, sans parler aes lois divine et ecclésiastique, militent pour l'indissolubilité du lien matrimonial. Pour leur donner une force encore plus grande, il nous reste à examiner les arguments iri\^qués par les partisans du divorce, et à en montrer l'inanité.