‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 17 sur 167 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

Lui demeure toujours,

Et chaque être mortel par le temps emporté, Est un hymne de plus à son éternité.

(1) Dieu, II, V. Hetzel.

(2) Les Chansons des rues et des bois, II, jii, f//. Hetzel.

(3) Cilé par A. Sicard, Manuel déduculion morale et d'instruction civique, p. 32. Leday, H. Oudin.

Pour Dieu, d'ailleurs, il nest ui veille, ni lendemain, mais un simple et éternel aujourd'hui. Lorsqu'on parle de l'Eternel,

Ce qu'on nomme le temps n'est rien qu'une figure; Ce qui n'a point de fin n"a rien qui le mesure. L'être de Jéhovah n'a ni siècles, ni jours, Son jour est éternel et s'appelle Toujours.

Lamartine (i)

Infini dans la durée, Dieu l'est aussi dans l'étendue, si l'on peut employer ce terme en parlant d'un pur esprit; il est partout, « au ciel, sur la terre et en tous lieux (2). »

Des sommets les plus fiers je touche enfin la crôte. Mais plus loin n'est-il pas un horizon plusheau? L'oiseau monte si haut au-dessus de ma tète! Et je voudrais monter bien plus haut que l'oiseau!

Si haut cpie l'oiseau plane en l'azur sa conquête, Il ne pei'd pas des yeux son nid dans ce rameviu; Si bas que Thommc rampe au sillon qui l'arrête, Ses yeux plongent toujours dans un azur nouveau!

Combien de cieux franchir encor, quelle étendue Pour atteindre à l'objet qui tente et fuit ma vue? — Comme l'oiseau, poète, abaisse ton regard !

(1) La chute d'un ange, 8« vision. Hachette, Jouvet.

(2) Catéchisme. Dieu est même aux enfers. Dans Milton, Béelzébuth dit aux démons après la chute : « Quant à Dieu, n'en doutez pas, soit dans les hautes plaines des cieux, soit dans la profondeur des abîmes, il sera partout l'unique souverain, le premier, le dernier; il est... partout ; notre révolte nu l'a privé d'aucune partie de sa domination ; et son empire embrasse les enfers; il nous y gouverne avec un sceptre de fer, comme il gouverne les cieux avec un sceptre d'or. 0 Le Paradis perdu, chant II. 1) Nous citons Milton d'après la traduction Pongerville. Charpentier.

Ce qu'au loin ton vol cherche est dans ce brin de mousse : Dieu, (h)nt le double aimant t'attire et te repousse, S'il n'était que là-haut ne serait nulle part

J. Soulary(i).

Noii-sculement Dieu remplit l'espace, mais il est plus grand que l'espace,

Ces espaces remplis du Dieu qui n'y tient pas (2).

Nul œil de l'infini n'a touché les deux bords. Elargissez les cieux, je suis encor dehors (3)!

Je franchis chaque temps, je dépasse tout lieu. Hommes ! l'infini seul est la forme de Dieu (4).

Lamartinb

Cet Etre présent partout, ce n'est pas un corps, c'est un esprit, une intelligence. De ce rapprochement naît une autre vérité. Dieu sait tout. Dieu voit tout. Rien ne peut échapper à cet œil éternellement ouvert :

Dans une nuit noire, sur un marbre noir, une fourmi noire Dieu la voit et l'entend.

Jules Sandeau (5).

Et de môme que c'est par un acte simple que Dieu est toujours et partout, c'est par un acte aussi simple, aussi

(i) Œuvres, t. i, xlv. Lemerre.

(2) Recueillements }wétiques, xxva. Hachette, Jouvet.

(3) La Chute d'un Ange, 8" vision. Hachette Jouvet.

(4) IfA'l.

(5) Olivier. C. Lévj.

58 A:POLOGISTES LAÏQUES

un, qu'il voit tout ensemble, le passé, le présent, l'avenir et le j>ossible ;

Celui-là voit refTet, — et celui-ci la cause. Sur cette double loi le monde entier rc})ose. Dieu seul (qui se connaît) peut tout voir à la fois.

A. DE Musset (i)

La volonté do Dieu est aussi infinie que son intelligence : il est tout-puissant. Il veut une cliose : elle est faite :

Il a dit an chaos sa parole profonde, Et d'un mot de sa voix laissé tomber le monde. • Son bras jette un rayon au milieu des hivers, Défend la veuve en pleurs du publicain avide. Ou dans un ciel lointain, séjour désert du vide, Grée en passant un univers !

Y. Hugo (::).

L'homme a toujours été jaloux de la puissance de Dieu. Gonflé de savoir, l'homme du xix" siècle se pare de ses découvertes comme d'une création, et, parce qu'il use de la vapeur et de l'électricité, s'imagine les avoir produites. Aussi, fier de son passé, il regarde audacieusement l'avenir; croyant avoir diminué la distance qui le séparait du Créateur, il ne doute pas d'arriver bientôt à sa hauteur. Les frères de Concourt nous rapportent à ce sujet une conversation édifiante, et ils la font suivre de réflexions que nous n'hésitons pas à reproduire malgré leur forme un peu familière.

(i) La Coupe et les /^itc5, Dédicace. Charpentier. (2} Odes, IV, XVIII, Jéhovah. Hetzel.

LE CRÉATEUR 5q

C'était dans un dîner de savants et de lettrés :

On disait qiie Berthelot avait prédit que, dans cent ans de science physique et chimique, l'homme saurait ce que c'est que ratome, et (|u"avec cette science, il pourrait à son gré modérer, éteindre, rallumer le soleil comme une lampe Carccl. Claude Bernard, de son côté, aiu'ait annoncé qu'avec cent ans de science physiologique, on pourrait faire la loi organique, la création liumaine, en concurrence avec le Créateur.

Nous navons fait aucune objection, mais nous croyons bien: qu'à ce moment-là de la science, le vieux bon Dieu à barbe blanche arrivera sur la terre, avec son trousseau de clefs, et dira à l'humanité, ainsi qu'on dit au Salon, à cinq heures : « Messieurs, on ferme! »

De Concourt (i).

C'est la même pensée qn'en termes plus solennels avait exprimée le poète :

Humanités dans tous les espaces semées.

Liguez-vous; dressez-vous, innombrables armées,

Et déclarez la guerre à Dieu!...

Mesurez-vous, vous l'ombre, à lui la plénitude! Vous aurez, ô passants, légions, multitude.

Assiégeants de l'immense tour, Essaim, tourbillonnant autour du grand pilastre, Vivants ! avant qu'il ait usé son premier astre.

Dépensé votre dernier jour!

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