PREFACE
tours profane fi jm^qnc dans le livre inspiré, quel était l& but de saint Paul? Il voulait se rendre plus favorables se3i lecteurs ou ses auditeurs, païens encore ou nouvellement convertis, en leur montrant que lui aussi il connaissait seâ auteurs, et que, forcé de combattre les faussetés de leur.^ enseignements, il savait démêler et reconnaître ce qu'iH contenaient de vrai et d'utile. En agissant ainsi, il réali-» sait une fois de plus sa devise : Omnibus omnia factus sum (/), se faire tout à tous : c'est-à-dire, tenir compte des besoins, des conditions, des préjugés même de ses auditeurs, et leur donner, comme on le fait Dour la nourriture corporelle, l'aliment spirituel adapté à l'état d'esprit de chacun : et tout cela, en vue d'arriver à ce but unique, les gagner tous à Jésus-Christ.
C'est sous le patronage de cet exemple que nous plaçons le livide que nous offrons au public. La société contemporaine se compose d'une minorité de chrétiens pratiquants, et d'une majorité indifférente. — Lorsque les premiers se groupent autour de la chaire pour entendre la parole de Dieu, c'est la parole de Dieu qu'il Jaut leur donner, eé le prédicateur n'a qu'an livre à consulter : l'Evangile. — Quant aux indifférents, les uns le sont devenus pour avoir prêté à la voLx des passions une oreille trop complaisante, et à ceux-là encore il faut J aire entendre l'Evangile, avec ses promesses et ses menaces, et parler le langage de la foi à ceu.x qui ont encore la foi au fond du cœur.
Mais il est des indifférents chez qui la Joi n'est pas seulement endormie, elle est morte : tel un arbuste brûlé par le souffle desséchant du désert. A ceux-là, quel lan* gage peut-on tenir ? Sans doute, niême à eux, il fauf faire entendre iUvangile et la voix de l'Eglise. Mais cela suffît-
(i) i""» iipttre aux Corinthiens, ix, 0.2.
PREFACE y
il? L'Evangile, ils n'y croient pliis; l'Eglise, ih n'admettent plus sa juridiction. La seule autorité qu'ils reconnaissent, c'est la raison. Eh bien, c'est au nom de la jYiison qu'il faut leur parler : il faut leur montrer que la raison même a besoin de la foi, qu'elle peut et doit marcher d'accord avec elle, et que, bien loin d'étouffer l'intelligence, la foi en réclame l'exercice le plus sublime.
Cette forme d'apologie n'est pas nouvelle, et Eusèbe l'avait baptisée d'un nom qui lui est resté : la préparation évangélique. De nos jours, le prédicateur dans ses conférences, l'aumônier de lycée dans ses instructions aux jeunes gens, tout prêtre dans ses entretiens de chaque jour, sont souvent obligés de faire la « préparation évangélique ».
Le présent ouvrage a pour but de leur fournir quelques armes. Prendre un à un les dogmes du christianisme, les préceptes de sa morale^ les rites de son culte ; — montrer qu'il n'en est pas un qui n'ait été compris, accepté, admiré par les esprits élevés et les gj^andes intelligences de notre siècle ; — rechercher, pour les citer en témoignage, non pas ceu.x que leur sacerdoce i^end d'avance suspects à ceux qu'il faut convertir, mais les laïques, laïques croyants, laïques indifférents, laïques impies même ; — montrer que les uns ont cru, et que les autres ont admiré, dans la religion, la beauté, cette splendeur du vrai; — conclure en disant aux incrédules : <( Vous n'avez pas le droit de rejeter, au nom de la raison, une religion devant laquelle se sont inclinées les plus hautes intelligences, » — tel est le but de ce livre.
n est un point sur lequel nous tenons à insister^'-bien que ce soit peut-être inutile après ce que nous avons déjà dit. C'est de la. religion chrétienne, et non des auteiirs du siècle', que nous avons entendu faille l'apologie. Les écri/pains que nous avons cités sont de toute sorte : ils restent
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ce qu'ils ('(aient, après comme avant l'usage que nous en avons fait : bons s'ils étaient bons, douteux s'ils étaient douteux, mauvais s'ils étaient mauvais. Leur lecture reste donc soumise aux règles que tout chrétien a le devoir d'observer. Il en est dont les œuvres ne nous ont donné d'autre embarras que celui du choix; il en est qui n'ont d'acceptable que la page, la ligne peut-être que nous en avons extraite. Nous sommes convaincu qu'on ne s'y trompera pas, et qu'au point de vue chrétien on ne mettra jamais sur la me me ligne Victor de Laprade et Alfred de Musset, Louis Veuillot et Jean Richepin.
Nous ne saurions terminer sans adresser V expression de [ notre vive reconnaissance, d'abord aux membres de /'Eglise enseignante dont nous avons tenu à prendre les avis, et en particulier au Prélat, cher et vénéré, qui voulait bien nous encourager en ces termes :
(( Je loue sans réserve votre dessein. S'occuper d'apologie a été dans tous les temps, mais dans le nôtre spécialement, une œuvre d'intelligence et de zèle, ou si vous le voulez, de zèle intelligent. Faire parler en faveur de la religion véritable ceux qui l'attaquent habituellement, c'est une tactique excellente et renouvelée des premiers siècles du christianisme. Je vous encourage donc dans cette voie. »
Merci encore aux confrères dévoués qui nous ont conseillé dans nos j'ccherches, soutenu de leurs encouragements dans notre labeur.
Merci enfin, — c'est un devoir de Justice que nous remplissons ici, — aux éditeurs qui nous ont permis de puiser à pleines mains dans leurs bibliothèques, avec une bienveillance unanime que nous ne saurions oublier.