I.\ C.HKATIOX ET LA CnÉATURE qS
elo tous les essaLs et tle toutes les constatations, c'est l'impuissanee de la sélection pei'/cciionnée k obtenir ce résultat, que l'on attribue si facilement à la sélection abandonnée à elle-même.
Nous avons eu beau pétrir et transformer les organismes, nous n'avons jamais eu que des races, jamais une espèce nouvelle... Par conséquent, à rester sur le terrain des faits, âne juger que par ce qui nous est connu, on peut dire que la morphologie elle-même autorise à penser que jamais une espèce n'en a enfanté une autre par voie de dérivation. Admettre le contraire, c'est en appeler à ïinconnu et substituer une possibilité aux résultats de Texpérienee.
A. DE QUATREFAGES (l).
Essayez donc, disait Vitet, de faire un homme ! C'est une affaire -de temps, dites-vous; soit : commencez toujours; qu'on vous voie à l'œuvre, et mettez-y le temps; mettez-y des milliards de siècles; jamais du plus intelligent des singes vous ne ferez un homme, même le plus borné.
YlTEX (u)
Somme toute, le darwinisme n'est pas une science, c'est une h^^othèse : tous ses arguments « ne consistent qu'en aifirmations plus ou moins spécieuses, dont aucune ne laisse entrevoir la possibilité d'une transformation d'ordre spécifique. » C'est un athée qui tient ce langage et il ajoute :
Quelques disciples enthousiastes n'en ont pas moins proclamé l'avènement de la zoologie de l'avenir. Mais la science actuelle
(i) L'Espèce humaine, p. 71. Alcan.
(2) Delà Science et de la foi. Chapelliez.
ne saurait, se contenter d'arguments de cette valeur, et la moindre preuve directe ferait bien mieux son aftaire.
CONTEJEAN (i).
Laissons agir le temps : il jettera bas sans doute, après tant d'autres théories, la théorie darwinienne.
Quand bien môme il la confirmerait, nous l'avons vu, il ne s'en suivrait rien contre la Genèse. Laissons donc la science faire son œuvre : le darwinisme n'a, sans doute, rien à y gagner, et sûrement la foi n'a rien à y perdre.
§ III . — Le pourquoi de la création.
Une dernière question se pose : pourquoi Dieu a-t-il créé le monde, puisqu'il se suffisait de toute éternité ?
Dieu, en créant, ne pouvait avoir d'autre fin que luimême, puisqu'il est la fin suprême de tout. C'est donc pour sa gloire que Dieu a travaillé, et c'est elle, en effet, que chante l'univers : « Glorifier Dieu, dit un poème indien, fut le désir de naître pour le premier germe de la création (12) ». Ecoutez ce que le poète dit au jour :
Tu nés qaim pas du temps, mais ton Dieu te mesure ; Tu dois de son auteur rapprocher la nature ; Il ne ta point créé comme un vain ornement, Pour semer de tes feux la nuit du firmament, Mais pour lui rapporter, aux célestes demeures, La gloire et la vertu sur les ailes des heures, Et la louange à tout moment !
Lamartine (3).
(1) Revue scientifique, 5o avril '881.
(2) Cité par Lamartine, Cours" t'amilier de littérature, III, xxil. (5) Harmonies poétiques, I, iv . Hacheite Jouvet.
Trouvez Dieu ! s'écrie ailleurs le même poète,
L'œuvre de l'univers n'est que de le connaître... De la mer qui mugit aux sources du vallon, Tout exhale un soupir, tout balbutie un nom : Ce mot, qui dans le ciel d'astre en astre circule, Tout l'épelle ici-bas, lliomme seul l'articule. L'Océan a sa masse et l'astre sa splendeur ; L'homme est l'être qui prie, et c'est là sa grandeur (1) !
Dans ces derniers vers, le devoir de louer Dieu, que la nature remplit sans le connciître, est spécialement imposé à l'homme. Lui seul, en effet, sur la terre, est intelligent et libre; par là-même,
L'homme est le prêtre de la création. C'est là son caractère distinctif. Il cherche Dieu dans la nature comme le grand et éternel secret des mondes : il croit, il adore, il prie. Voilà les trois fonctions principales : ... toutes les autres fonctions sont secondaires.
Si Dieu, dans son extase éternelle, a vu sa gloire qui demandait à être connue, il a vu aussi sa bonté qui demandait à se répandre, il a vu les pauvres êtres qui seraient si heureux de le posséder, et il les a créés. Si le premier motif de la création demandait nos louanges, celui-ci réclame plus encore, il exige notre amour.
— Et pourquoi aimez-vous Dieu ?
— Parce qu'il m'a créé.
— Mais cela ne lui a rien coûté.
— Cela lui a coûté une pensée, une pensée du bon Dieu! Y avons-nous assez réfléchi? Quant à moi, j'y réfléchis souvent, et je deviens fier comme un Dieu dans mon humilité, grand
(1) La Chute d'un ange, 8« vision. Hachette, Jouvet.
(2) Cours familier de littérature, III, ii.
98 Al'OLOGISTES LAÏQUES
comme le monde dans ma petitesse. Une pensée du bon Dieu î mais cela vaut autant que s'il mavait donné tout l'univers. Car enfin, Monsieur, bien que je sois peu de chose, il a foUu, dubord, pour me créer, qu'il pensât à moi qui n existais pas encore, qu'il m'enfantât d'avance, cpi'il me réservât mon petit espace, mon petit moment, mon petit poids, ma naissance, ma vie, ma mort, et, je le sens, mon iumiortalité. Quoi ! n'est-ce donc lùen que cela, Monsieur, avoir occupé la pensée de Dieu et l'ayoir occupée assez pour qu'il daignât me créer ! Ah ! je vous re répète, rien que ça, Monsieur, rien que ça, quand j'y pense, cela me fond d'amour pour le bon Dieu !
La^jlvrïixe (i).
Telles, sont les deux causes de la création : Dieu nous a faits pour lui, Dieu nous a faits pour nous. « Ces deux motifs se sont fondus en un, pour le déterminer. Et quand il serait vrai que le premier motif l'aurait emporté, comme ces êtres futurs ne pouvaient, après tout, accroître ni sa gloire ni sa félicité, Tamour créateur n'en garderait pas moins sa suprême beauté, qui est le desintéressement ; car que peut-il y avoir de plus beau, que de mettre sa gloire à rendre heureux ceux qui ne peuvent rien pour nous ? (2) »
ARTICLE II
l'akge.
L'existence des anges est enseignée par la foi, mais la simple raison ne suâSrait-elle pas à nous en persuader? Sur la terre, du plus petit grain de sable à l'homme, tout
(1) Le Tailleur de pierres de Saint-Point, iv. Hachette, Jouvet.
(2) Mgr'Bougaud, le Christianisme et les temps présents, t. m, II, ii. Poussielgue.
se suit, tout se superpose avec une admirable gradation. Mais l'homme est-il le plus haut degré possible de la création ? Ne peut-on imaginer au-dessus de lui des intelligences libres de tout lien matériel , continuant la gradation et se rapprochant de plus en plus de Dieu, s'il n'était infini ? Et puisque nous pouvons le concevoir, pourquoi Dieu ne l'aurait-il pas fait? Il a donc créé les esprits célestes, et dès lors,
Entre rhorame et Jéliovah lui-mOme, Entre le pur néant et la grandeur suprême, D'êtres inaperçus une cliaine sans lîn Réunit l'homme à l'ange et l'ange au séraphin.
Lamartine (i).
Avec l'ange , il n'y a pins d'hiatus dans la création, et pas un seul anneau ne manque à la longue chaîne des êtres. Voyez l'homme :
Il n'est cpi'une ombre d'ange, et l'ange n'est lui-même Qu'un des derniers reflets tombés du front suprême ; Et voilà comment l'homme est l'image de Dieu. Et loin de nous peut-être, en quelque étrange lieu, Plus proche du néant par des chutes sans nombre, L'ombre de l'ombre humaine existe, et fait de l'ombre.
Sully-Prudhomme (2).
« Les fonctions des anges, dit le Catéchisme, sont de louer Dieu et d'exécuter ses ordres. » Ce sont les ministres de Dieu dans le gouvernement de l'univers. L'Eglise, nous allons le voir, nous en montre un attaché à la garde de chaque homme ; bien plus, rien ne nous empêche de
(i) Nouvelles médùaitions^ poétiques : l'Ange. Hackette, Jouvet, (2) Stances et 'poèmes. Lemerre.
croire que Dieu en a commis un à la protection de chaque cité, de chaque peuple, de chr;que monde.
En vain les télescopes fouillent tous les coins du ciel, en vain ils poursuivent la comète au-delà de notre système, la comète enfin leur échappe ; mais elle n'échappe par à l'archange qui la roule à son pôle inconnu, et qui, au siècle marqué, la ramènera par des voies mystérieuses jusque dans le foyer de notre soleil.
Chateaubriand (1).
Mais l'œuvre de prédilection des anges, c'est la garde des hommes : ne sont-ils pas a enfants du même père ! (2) »'
Tout mortel a le sien : cet ange protecteur, Cet invisihle ami veille au fond de son cœur. L'inspire, le conduit, le relève s'il tombe. Le reçoit au berceau, l'accompagne à la tombe, Et, portant dans les cieux son âme entre ses mains, La présente en tremblant au Juge des humains.
Cette belle idée de l'homme accompagné pas à pas par un représentant de Dieu, a bien souvent séduit les poètee. L'un dit à son petit-âls encore tout jeune :
Que de chers regards tendrement te suivent ! Que d'anges gardiens autour de tes pas ! Sans compter celui que l'on ne voit pas. Et qui veille plus que tous ceux qui vivent !
E. Legouvé (4).
L'autre voit le messager divin penché sur le berceau de sa fille, écoutant le gazouillement de sa prière et le recueil-
(1) Génie du christianisme, II, m, v.
(2) Lamartine, la Chute d'un ange, i* vision. Hachette, Jouvet.
(3) Nouvelles méditations poétiques : l'Ange. Hachette, Jouvet,
(4) Le Pamphlet : préface. G. Lévy.
LA CRÉATION ET LA CRÉATURE lOl
lant comme un précieux parfum qu'il portera jusqu'au trône du Sciy:neur,
Pour étancher le soir, comme une coupe pleine, Ce grand besoin d'amour, la seule soif de Dieu.