‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 30 sur 167 · V. Hugo (i · texte numérisé non relu

V. Hugo (i

Un autre enfin, Alfred de Musset, a tracé, sans le vouloir (2), la plus belle description de l'ange gardien, dans CH étranger « qui lui ressemblait comme un frère », et qu'il voyait s'asseoir à ses côtés dans toutes les circonstances de sa vie.

Du temps que j'étais écolier, Je restais un soir à veiller Dans notre salle solitaire.

Devant ma table vint s'asseoir Un pauvre enfant vêtu de noir.

Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :

A la lueur de mon flambeau, Dans mon livre ouvert il vint lire.

Il pencha son front sur ma main, • Et resta jusqu'au lendemain.

Pensif avec un doux se. e.

Plus tard, comme il allait avoir quinze ans, il rencontre encore sur son chemin

Un jeune homme vêtu de noir

Qui lui ressemblait comme un frère,

et qui lui montre le vrai chemin de la vie, la colline, le sentier qui monte vers le bien et vers l'honneur,

(i) Les Feuilles d'automne, XXXVII, viii. Voir ces strophes dans Victor Hugo apologiste, p. 35 ; rarement vers plus frais et plus suaves ont coulé de la plume du poète .

(2) Dans l'esprit du poète, le génie dont il va être question n'est pas l'ange gardien, mais la Solitude.

I02 ArOLOGISTES LAÏQUES

A riieure des tentations, il le retrouve encore; et puis^ dit-il,

Un an après, il était nuit,

J'étais à genoux près du lit

Où venait de mourir mon père.

Au chevet du lit vint s'asseoir

Un orphelin vêtu de noir,

Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs , Comme les anges de douleurs, Il était couronné d'épine.

Et ainsi, partout et toujours, il rencontre cet ami, souriant lorsqu'il est heureux, pleurant lorsqu'il est triste, et lui ressemblant toujours comme un frère :

Partout où, sans cesse altéré

De la soif dun monde ignoré,

J'ai suivi l'ombre de mes songes ;

Partout où, sans avoir vécu,

J'ai revu ce que j'avais vu,

La face humaine et ses mensonges ;

Partout où, le long des chemins, J'ai posé mon front dans mes mains, Et sangloté comme une femme :

Partout où jai, comme un mouton, Qui laisse sa laine au buisson, Senti se dénuer mon àme.

Partout où j'ai voiilu dormir, Partout où j'ai voulu mourir, Partout où j'ai touché la terre.

Sur ma route est venu s'asseoir Un malheureux vêtu de noir.

Qui me ressemblait comme uu irère.

Alfred de Musset (i).

(i) La Nuit de décembre . Charpentier.

Nous avons des devoirs à réi?ard de ce frère inyjsiljle : l'invoquer dans les moments ditïiciles, et toujours respecter sa présence.

Oh ! par nos vils plaisirs, nos appétits, nos fanges, Que de fois nous devons vous contrister, archanges ! C'est vraiment une chose amère de songer, Qu'en ce monde, où l'esprit n'est qu'un morne étranger.

Lorsqu'on oublie le devoir pour ne songer qu'à de mauvais plaisirs.

On fait rougir là-haut quelque passant des cieux !

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