‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 36 sur 167 · L HOMME · texte numérisé non relu

L HOMME

Après Fange, l'homme est la plus noble créature de Dieu, et il nlen est pas de plus belle parmi le monde visible. C'est par lui que nous terminerons cette étude sur la création, en nous arrêtant à ces trois sujets importants : la nature de l'homme, son origine et sa fin.

§ I. — Nature de l'homme

« L'homme, dit le catéchisme, est une créature raisonnable, composée d'une àme et d'un corps. » Cet- enseignement de la foi a toujours été celui de l'évidence et du bon sens:

L'homme est à la fois, pendant la durée de sa forme humaine, e ;prit et matière, composé momentané, mystérieux et douloureux de deux natures ; ces deux natures se répugnent, se tiraillent et s'efforcent sans cesse de rompre violemment le lien forcé qui les unit, parce que l'une, la matière, tend sans cesse à la dissolution et à la mort, l'autre, la pensée, tend sans cesse à

l'alfranchissement-et à la vie.

De tout temps, mais surtout de nos jours, des hommes se sont rencontrés pour nier l'existence ou la spiritualité (Jel'àme : ils ont employé toutes les ressources de leur esprit

(i) Cours familier de littérature, XU. xv.

à démontrer qu'ils n'en avaient point. GEivre néfaste contre laquelle s'indignait le poète, lorsqu'il disait aux matérialistes :

Ah ! vous avez voulu faire les Prométhées ;

Et vous êtes venus, les mains ensanglantées,

Refondre et repétrir l'œuvre du Créateur !

Il valait mieux que vous, ce hardi tentateur,

Lorsqu'ayant fait son homme, et le voyant sans âme.

Il releva la tète et demanda le feu.

Vous, votre homme était fait ! vous, vous aviez la flamme.

Et vous avez soufflé sur le souffle de Dieu !

Alfred de Musset (i).

Et c'est, paraît-il, un progrès qne cette découverte! ce serait l'ennoblissement de l'homme ! nous aurions lieu d'en être fiers ! Vraiment nous ne le croyons point.

Lorsqu'à cette heure un allemand proclame Zéro pour but final et me dit : — O néant, Salut ! — j'en fais ici l'aveu, je suis béant; Et quand un grave anglais, correct, bien mis, beau linge. Me dit : — Dieu t'a fait homme et moi je te fais singe ; Rends-toi digne à présent d'une telle faveur ! — * Cette promotion me laisse un peu rêveur.

Victor Hugo (2).

Fort heureusement les hommes de bon sens ont trouvé le moyen d'échapper à cette promotion; ils ont démontré, et nous allons parcourir leurs arguments, qu'il y a dans l'homme un principe bien distinct de la matière, une force toute spirituelle, — en un mot, qu'il y a en nous un corps et une âme.

Et tout d'abord il existe en nous un principe invisible, men

(i) La Coupe et les lèvres, iv. Œuvres, Charpentier. (2) La Légende des siècles, t. iv : France etàme. Hetzel.

distinct de la matière qui compose notre corps. En voici une preuve évident*^. Le corps humain est un composé de matière qui se renouvelle incessamment. Chaque jour, nous perdons certains éléments de notre être physique, et, grâce à l'alimentation, nous les remplaçons par des éléments pris du dehors et que nous nous assimilons. Or, au milieu de ces transformations l'homme conserve son moi : je suis le même qu'il y a plusieurs années, je me souviens de ce que je faisais il y a huit ans, et cependant je n'ai plus un seul des éléments de mon corps d'il y a huit ans. Gomment ai-je pu rester le même, comment ai-je pu garder la mémoire des faits de cette époque, sinon grâce à un principe invisible, immatériel, qui réside en moi et qui, lui, ne change pas?

Tel est l'argument. Il est invincible, si le changement du corps est réel. Or les savants l'affirment tous, vérifiant le '['dre du pcète :

La vie est un progrès en croissance divine. Notre corps d'aujourd'hui n'est plus celui d'hier; Comme un pourpoint qui s'use au toucher, notre chair Se refait d'emprunts dus à toute chair voisine.

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