‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 5 sur 167 · EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

EXISTENCE DE DIEU

{ I. — Dieu prouvé par le témoignage de la nature.

« S'il faut un ouvrier pour bâtir une maison, à plus forte raison il a fallu un Créateur pour faire de rien le ciel et la terre. » Telle est, résumée par le catéchisme, la première preuve de l'existence de Dieu. Sa simplicité la met à la portée de tous et en fait l'argument le plus populaire, tandis que sa forte logique lui donne un caractère scientifique absolu. Nous allons la voir exposée, d'abord dans la langue familière du peuple, puis avec le langage plus recherché du philosophe, mais au fond toujours identique, toujours paraphrasant l'axiome fondamental : Point d'effet sans cause.

Lamartine a laissé un livre de philosophie populaire où, nous trouvons ce dialogue entre lui et un vieil ouvrier de Saint-Point :

Moi. — Comment savez-voiis qu'il existe... un Dieu? Lui. — Ah! Monsieur... je ne sais pas comment sont faits les autres hommes; mais quant à moi, je ne pouiTais voir, je ne dis

pas une étoile, mais seulement une fourmi, une feuille d'arbre, un grain de sable, sans lui dire : « Qui est-ce qui t'a fait? »

Moi. — Et vous vous répondez : « C'est Dieu. »

Lt'i. "— Bien entendu, Monsieur, ça ne peut pas se faire soimême : car, avant de faire une chose, il faut-être, n'est-ce pas? Et avant dêtre, ça n'était pas ; donc ça ne pouvait pas se faire. Ça nest pas plus fin que ça. Du moins voilà comment je me suis dit la chose ; mais vous devez la savoir de bien d'autres manières plus savantes que celle-là.

Moi. — Non. Toutes les manières aboutissent à la vôtre. On peut les dire en plus de paroles, non en plus de sens. Des effets sans cause ; une chaîne immense qui remonterait et redescendrait jusqu'à l'inlini, des élévations et des profondeurs de l'espace, qui porterait des mondes et des mondes suspendus en tous sens à ses innombrables anneaux, et qui n'aurait point de premier chaînon ! Voilà les mondes sans Dieu, mon pauvre Claude. Une obscurité que vous ne voudriez pas dire tout haut à votre chien, de peur de révolter l'instinct d'une bête, n'est-ce pas?

Lamartine (1).

Voici maintenant un plus pompeux langage. Ce n'est plus un pauvre tailleur de pierres, exprimant ses idées avec la simplicité qu'il met à les concevoir. C'est an académicien, Jules Favre, venant prendre possession du fauteuil de Victor Cousin, et s'adressant à l'élite de la société française. Or voici le discours qu'il lui tient :

Mes sens m'apportent, de l'existence de Dieu, la démonstration éclatante, toujours reproduite, toujours nouvelle, et jamais réiutée. Quoi ! nous sommes à chaque heure les témoins de l'admirable ordonnance de l'univers , la science nous montre des prodiges dans la structure du plus humble vermisseau,

(1) Le Tailleur de pierres de Saint-Point. Hachette, Jouvet. Rapprocher de la dernière pnrase ce mot plaisant de Gh. Narrey : « Un homme qui ne croirait pas en Dieu me ferait l'efiet d'un fiacre qui nieriiit l'existence des chevaux qui le traînent. « V Education d'Acidlle. G. Lévy.

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comme aussi, élevant nos intelligences jusqu'à des régions inconnues avant ses décotivei'tes, elle nons promène dans les champs de l'espace où, gouvernés par des lois régulières, gravitent, en s'attirant et se contenant les uns les autres, des millions de monde étincelants de lumière, et, parce que nous n'en comprenons pas l'essence, nous contesterions l'existence d'une volonté supérieure sans laquelle toutes ces merveilles seraient elles-mêmes incompréhensibles ! Elles existent cependant. Nos sens nous les montrent, notre raison confirme leTir témoignage, et par elles, il faut nous laisser entraîner par la force de l'évidence jusqu'à Dieu qu'elles proclament, ou nier résolument cette évidence, et avec elle notre raison, c'est-à-dire nous dégi^ader de nos propres mains.

Jules Favre (i)

Si l'existence du monde prouve l'existence de Dieu, la vie, l'ordre, la beauté qui régnent dans l'uni vers attestent, avec la puissance, la sagesse infinie du Gréaleur. Ce n'est pas un péle-mèle, un chaos que nous avons souà les yeux: tous les êtres s'enchaînent et chacun fait partie d'Uji plan merveilleusement ordonné :

Les sphères elles-mêmes se meuvent aux mesures d'un rhytme divin, les astres chantent ; et Dieu n'est pas seulement le grand architecte, le grand mathématicien, le grand poète des mondes, il en est aussi le gi'and musicien. La création est un chant dont il a mesuré la cadence et dont il écoute la mélodie.

Lamartine (2).

Ce chant est l'hymne de la création au Créateur :

Tout frissonnant d'amour, d'extases, de splendeurs, L'hymne universel chante au fond des profondeurs

(i) Discours de réception à l'Académie française, aS avril 1868. (2) Cours familier de littérature, XXV, il. VoiraussiJ. deMaistre, Soirées] de Savit-Pétersbourg, 8" entretien.

LE GRÉàTEUR 23

Avec toutes les fleurs et toutes les étoiles ;

Il chante Dieu rêvant sous les flamboyants voiles;

Il chante ; il est superbe, éclatant, triomphant...

Il enivre lazur, il éblouit l'espace ;

11 adore et bénit.

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