‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 74 sur 167 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

C'est l'idée qu'a cherché à rendre Maurice Rollinat dans une pièce qu'il a intitulée V Impuissance de Dieu, et oii le fond de la pensée reste vrai, sans que tous les détails soient d'une rigoureuse exactitude théologique.

Dieu voudrait sauver Lucifer Qui brûle, depuis tant d'années, Au milieu des flanimes damnées De son épouvantable Enfer.

Mais l'Archange hautain et fier Ne tend pas ses mains calcinées :

Dieu voudrait sauver Lucifer Qui brûle depuis tant d'années.

En vain sur son trône de fer, Satan garde encore, obstinées, Ses révoltes impardonnées Et triomphe d'avoir souffert.

Dieu voudrait sauver Lucifer !

Maïu-ice Rollinat (3),

(i) Une Larme du diable, ix. Librairie nouvelle.

(2) Torquemad'i, Prologue, se. vi. Iletzcl.

^3) Les Névroses, rimpuii-siince de Dieu. C . rpentier.

On dit quelquefois : « Mais pourquoi Dieu, au lieu de laisser aller les coupables en enfer^ ne les condamne-t-il pas à l'anéantissement ? Ils seraient ainsi privés du ciel sans être soumis aux supplices de la damnation éternelle. »

Ce n'est pas à nous de juger la justice de Dieu. Toutefois, l'on peut dire que l'anéantissement des âmes pécheresses serait contraire à la sagesse divine. Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ? pour le ciel. Eh bien, sans l'enfer, le ciel serait vide. Si la crainte d'un châtiment éternel ne suffit pas à retenir tant d'âmes loin du péché, que serait-ce si cette crainte n'existait pas ? Les hommes sont ainsi faibles et lâches, qu'ils préféreraient les jouissances trompeuses et passagères d'ici-bas à la félicité céleste, et qu'ils se résigneraient facilement au néant après une vie passée sur terre le plus commodément possible.

Et de fait, que disent les pécheurs pour se rassurer et s'endormir ? Précisément qu'il n'y a point d'enfer et qu'après leur mort le pire qui puisse leur arriver sera d'être anéantis.

Si donc il y a des justes sur la terre, si aux dernières heures de la vie il y a des retours à Dieu, le dogme de l'enfer y contribue largement :

Au dernier moment, leafer se révèle à l'âme perverse qui a rêvé le néant. Elle frappe avec inquiétude sur la sombre porte de la mort, et ce n'est pas le vide qui lui répond.

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