LA BARONNE
Vous ne connaissez rien, général : dès que l'on croit à une autre vie, rien nest plus raisonnable ni plus doux que de croire à la puissance intermédiaire et au bienveillant patronage des âmes justes et heureuses; c'est leur récompense et leur magistrature là-haut.
Octave Feuillet (i).
Et puis, comme il est beau, ce culte des saints ! Comme elle est magnifique, cette cohorte d'élus que leur pureté, leur courage, leur innocence ont rendus dignes de suivre Dieu pas à pas! Comme elle est ravissante, l'histoire du passage des saints sur la terre !
Ils nais"feent prédestinés, des voix les annoncent, leurs mères ont des songes éclatants. Tous sont beaux, forts, victorieux. De grandes lueurs les environnent, leur visage resplendit. Dominique a une étoile au front. Ils lisent dans l'intelligence des hommes, répètent à voix haute ce qu'on pense.flls ont le don de prophétie, et leurs prédictions toujours se réalisent. Leur nombre est infini, il y a des évêques et des moines.., des mendiants et des seigneurs de race royale, des ermites nus mangeant des racines, des ermites... dans des cavernes. Leur histoire à tous est la même... Des mortifications, des jeûnes les purifient. Ni froment, ni huile. Germain répand de la cendre sur ses aliments. Bernard ne distingue plus les mets, ne reconnaît que le
(i) Scènes et comédies, VEvm'itàge. C. Lévy.
goût de l'eau pure. Agatlion garde trois ans une pierre dans sa bouche. Augustin se désespère d'avoir péché en prenant de la distraction à regarder un chien courir. La prospérité, la santé sont en mépris, la joie commence aux privations qui tuent le corps. Et c'est ainsi que, triomphants, ils vivent dans des jardins où les fleurs sont des astres, où les feuilles des arbres chantent. Ils exterminent des dragons, ils soulèvent des tempêtes et les apaisent, ils sont ravis en extase à deux coudées du sol...
Et après des centaines d'années, lorsqu'on ouvre leurs tombeaux, il s'en échappe des odeurs suaves.
Emile Zola (i).
Tels sont les saints, à la fois « saints et grands,
it le ciel et
Victor Hugo (2).
Les deux plus augustes épithètes dont le ciel et la terre puissent couronner une tête humaine. »
ARTICLE m
la PRIERE
L'acte -du culte par excellence, c'est la prière. Devonsnous prier? nos prières sont-elles toujours exaucées? que devons-nous demander à Dieu? quand et comment faut-il prier? Autant de questions auxquelles il nous faut répondre.
I. Nous devons prier, parce que Dieu le veut; aimant l'homme, il cherche toutes les occasions de le voir se rapprocher de lui, et la prière n'est autre chose que l'élévation de l'homme jusqu'à Dieu. Voyez-le dans le ciel ;
(i) Le Rêve, u. Charpentier.
(2) Le Rhin, ix. Hetzel.
DEVOIRS DE l'homme ENVERS DIEU 345
Les vierges, à ses pieds, dans de purs encensoirs,
Font brûler un parfum composé des prières
De tous ceux que le monde appelle ses lumières,
De tous les saints qui sont sur terre et dans le ciel;
Cette blanche fumée enveloppe l'autel,
Et rincréé, caché sous des voiles de flammes,
Se penche, respirant la douce odeur des âmes.
Victor Hugo (i).
Nous devons encore prier, parce que c'est dans cet acte que nous trouvons notre véritable grandeur. O prière,
Sans toi, que serait cette fange?
Un monceau d'un impur limon,
Où l'homme après la brute mange
Les herbes qu'il tond du sillon.
Mais par toi son aile cassée
Soulève encore sa pensée
Pour respirer au vrai séjour,
La désaltérer dans sa course,
Et lui faire boire à la source
L'eau de la vie et de l'amour ! (2).
L'Océan a sa masse et l'astre sa splendeur. L'homme est l'être qui prie, et c'est là sa grandeur
Lamartine (3).
Qu'on ne dise donc pas : « Eh! qu'importe à Dieu notre prière? Il est si grand et nous sommes si petits! Pour lui, s'abaisser jusqu'à nous serait déchoir. »
Belles phrases, dit Joseph de Maistre, qui ne tendent point à exalter Dieu, mais à dégrader l'homme (4).
Il nous sied bien, vraiment, lorsque Dieu nous oblige à le prier, de le rappeler aux convenances et de l'inviter à ne pas s'occuper de notre néant! Nous citions, tout à l'heure,
(/) Dieu, II, VI. Hetzel.
(2) Lamartine, Jocelyn, iXs époque, les Laboureurs, Hachette, Jouvet,
(3) La Chute d'un Ange. 8" vision. Hachette, Jouvet.
(4) Soirées de Saint-Pétersbourg , iv.
en parlant dès saints, un intéressant dialogue; en voici un autre fragment :