‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 91 sur 167 · LA BARONNE · texte numérisé non relu

LA BARONNE

Ah! vous philosophez aussi, vous? Vous tranchez comme cela les questions avec votre grand sabre, — en deux coups: clan! vlan! cl vous croyez qu'on va vous laisser faire? Ditesmoi donc un peu ce que c'est au juste que la dignité de Dieu* Vous l'a-t-il donnée à garder? La dignité de Dieu, mon général, comme sa bonté, est chose très délicate à définir et à limiter. Croyez bien qu'il sait maintenir lune, comme il exerce l'autre, sans notre concours officieux. — Et puis, qu'appelez-vous « nos petites affaires de famille ? » Pensez-vous que Dieu, de sa hauteur, ne voie pas toutes nos affaires humaines sur le même plan, celles que vous jugez grandes et celles que vous appelez petites : le malheur d'un peuple et le chagrin d'une mère ? Je n'ai pas, quant à moi, de lumières suffisantes pour établir ces savantes distinctions entre les prières qui sont dignes de l'attention divine et celles qui en sont indignes : j'aime à me persuader que la prière est bonne toujours et que la plus mesquine offense moins Dieu que vos orgueilleux respects. Voila pour les petites affaires de famille...

Octave Feuillet (i).

Eh réalité, l'abîme qui nous sépare du Créateur estcom- Mé par la charité. C'est la charité qui abaisse Dieu jusqu'à r^mme :

Peux-tu m'entendre sans prodige ?

Ah ! le prodige est ta bonté !

Et c'est la charité qui élève l'homme jusqu'à Dieu :

fc ne suis rien, Seigneur, mais ta soif me dévore ; L'homme est néant, mon Dieu, mais ce néant t'adore, Il s'élève par son amour.

Lamartine (2).

(f) Séries et comédies, 1-firmitage. C. Lévy. V. plus haut,. p. 545. ^) Marmonies poéHqms, I, u. Hachette, Jouvet.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS DIEU 34^

Donc, sous aucun' prétexte, n'empêchez l'homme de prier; ne l'empêchez pas, dès son enfance, de s'habituer à ce qui fait la grandeur de l'homme!

Pour moi, je ne crains pas de le dire, si j'étais absolument

forcé de choisir, pour un enfant, entre savoir prier et savoir

lire, je dirais : qu'il sache prier ! car prier, c'est lire au plus

beau de tous les livres, au front de Celui d'où émane toute

lumière, toute justice et toute bonté.

E. Legouvé.

II. Que la prière soit efficace, il faut n'avoir jamais prié pour en douter. Si petits que nous soyons, n'avons-nous pas autour de nous de plus petits que nous? et lorsqu'ils nous prient, ne nous sentons-nous pas touchés et disposés à les exaucer? Il en est de même de Dieu :

Louez Dieu ! la brebis vient quand l'agneau l'appelle; J'appelais le Seigneur, le Seigneur est venu.

Victor Hugo (i).

Prions : j'ai souvent vu, dans ma rude carrière, Que l'arme la meilleure est encorla prière.

Henri de Bornier (2).

« Quand Achille eut tué Hector et l'eut traîné sept fois autour de la ville assiégée, le soir, au seuil de sa tente, un vieillard désarmé se présenta. C'était Priam. Il venait redemander à l'impitoyable vainqueur le corps mutilé de son fils, et lui ayant baisé la main, il lui dit: « Juge de la grandeur de mon malheur, puisque je baise la main qai a tué mon fils! » Achille pleura, et rendit le corps de son ennemi. Quelle était la puissance qui avait brisé ce cœur farouche? Quel charme avait triomphé de lui? Cette puissance, ce charme, c'était la prière La prière est la reine

du monde... Si un insecte pouvait nous prier, quand nous

(i) Odes,\, XIV. Hetzel. y

(2) La Fille de lioland. Dentu.

allons marcher dessus, sa prière nous toucherait d'une immense compassion (i). »

Nous savons bien qu'on objecte à la prière l'ordre immuable des lois delà nature. « J'observe, dit un incroyant, un ordre si invariable dans les phénomènes physiques, que je ne comprends pas trop comment les prières de ces pauvres petits hommes pourraient avoir quelque influence sur ces phénomènes. . . Lorsqu'un météorologiste s'est assuré, par une suite d'observations exactes, qu'il doit tomber dans un certain pays tant de pouces d'eau par an, il se met à rire en assistant à des prières publiques pour la pluie. »

Joseph de Maistre répond ainsi à cette difficulté, mise par lui sur les lèvres d'un de ses personnages :

Je ne vois point ces règles immuables et cette chaîne inflexible des événements dont on a tant parlé. Je ne vois, au contraire, dans la nature que des ressorts souples, tels qu'ils doivent être pour se prêter autant qu'il est nécessaire à l'action des èires libres, qui se combine fréquemment sur la terre avec les lois matérielles de la nature... Vous nous parlez d'une certaine quantité d'eau due à chaque pays dans le cours d'une année... Je l'admets: ce sera la loi invariable ; mais la distribution de cette eau sera, s'il est permis de s'exprimer ainsi, la partie flexible de la loi. Ainsi vous voyez qu'avec vos lois invariables nous pourrons fort bien encore avoir des inondations et des sécheresses ; des pluies générales pour le monde, et des pluies d'exception pour ceux qui ont su les demander,

Joseph de Maistre (2),

ISIais il n'y a pas que la nature. Dieu aussi est immuable, et voici les philosophes pris d'un nouveau scrupule: la prière va-t-elle agir sur Dieu, le faire changer d'avis et de volonté? que deviendra dès lors son immutabilité? Ecou-

(i) Lacordaire, Conférences de Notre-Dame, i836, lô^conf. Poussielgue. (2) Les Soirées de Saint-Pétersbourg, iv.

DEVOIRS DE l'homme EX VERS DIEU 349

tons à ce sujet le vieux tailleur de pierres dont nous avons déjà plusieurs fois admiré le bon sens.

Moi. — Vous croyez donc que le Seigneur est comme un homme qui ne saurait pas bien ce qu'il veut et qui se laisse fléchir d'un côté ou de l'autre par la prière, par les larmes du dernier qui parle?

Lui. — Oh ! non, monsieur; mais je crois que le bon Dieu, en nous créant pour faire sa volonté, a prévu que nous aurions besoin de ceci, de cela, pendant notre passage sur la terre..., et qu'il a lui-même donné à ses pauvres créatures comme nous l'instinct de lui demander ce que nous désirons, ne fût-ce que pour nous maintenir en adoration, en désir et en reconnaissance, perpétuellement devant lui. Il fait ce qu'il veut ; mais, nous autres, nous faisons ce qu'il nous inspire en le priant. Demander et recevoir, est-ce que ce n'est pas tout l'homme, monsieiu'? Pourquoi donc, nous qui demandons tout à ceux qui ont si peu à donner, ne demanderions-nous pas sans cesse à celui qui a tout? Je sais bien qu'on dit : « Mais toute volonté de Dieu est éternelle et immuable comme lui-même ; donc c'est inutile de chercher à la changer par la prière. » Mais moi, je pense' qu'il a prévu de toute éternité que nous lui demanderions par la prière telle ou telle grâce, et qu'il l'a aussi accordée d'avance de toute éternité à la prière que nous lui ferions, de manière que ce changement soi-disant à sa volonté n'en est au fond que l'accomplissement éternel. Je me dis quelquefois : « Le Seigneur est semblable à l'architecte d'un dôme de fer comme j'en ai vu, qui laisse du jeu entre les matériaux qui forment sa charpente, afin que le fer s'allonge ou se raccourcisse librement, selon les saisons, sans que ça rompe son mécanisme. » Ce jeu de l'architecte de là-haut, monsieur, qui laisse son eflet à sa volonté immuable, en laissant son eflet à l'invocation des hommes, je me figure que c'est la prière

Lamartine [l'^i

Mais la meilleure réponse qu'on puisse faire à ces difficultés, c'est le fait. On niait le mouvement devant un philosophe : il marcha. On nie devant les hommes l'efficacité

(i) Le Tailleur de pkrres de Saint-Point, X, ii. Hachette, Jouret,

35o APOLOGISTES LAÏQLES

de la prière : les hommes contiauent à prier. Et ils témoignent qu'ils ont été exaucés ! Ne leur dites pas :.« Mais c'est impossible! » Ils vous répondront : « La preuve que c'est possible, c'est que cela est. »

Au retour d'un voyage au sanctuaire de Fourvières, un critique écrivait les lignes qu'on va lire :

L'église n"a d'autres ornements que les ex-voto et les témoignages de reconnaissance des fidèles exaucés, mais en revanche c'est par centaines qu'il faut les compter ; les chapelles en sont remplies, les murailles en sont tapissées, les piliers en sont recouverts depuis la base jusqu'au faite. Je vois d'ici nombre d'incrédules sourire; pour moi, je n'en ai ni envie, ni désir, et cela pour beaucoup de raisons dont quelques-unes i*egardent la simple philosophie. Parmi les incrédules qui souillent il y en a sans doute plus d'un qui tient pour article de foi ce trop douteux axiome qui sert de base à la société dont nous faisons la difficile et incertaine expérience : le nombre fait la sagesse. Eh bien!' mais voilà, j'imagine, une sérieuse application de cet axiome. Des milliers et des milliers de personnes viennent m'affirmer' qu'elles ont été exaucées ou guéries après s'être adressées à lai Vierge. S'il n'y en avait que quelques-unes, je pourrais rejeter les témoignages, mais ils sont si nombreux que je suis obligé de les tenir pour vrais, du moment qu'il est entendu que je dois accepter comme expression de la vérité le suffrage du nombre. Au contraire, s'ils ne sont pas vrais, en quoi le nombre m'ofïrira-t-il ailleurs plus de garanties, et que vaut le suffrage des multitudes ?

Emile Montégut (i).

in. Pour que nos prières obtiennent un résultat, il faut qu'elles soient bien faites. Nous devons y apporter le recueillement qu'exigent la présence de Dieu et l'entretien que nous allons avoir avec lui. Lamartine nous cite à ce sujet l'exemple de sa mère :

[y) Impressions de voyage et d'art, Revue des Deu xMondes, i8 aaût-t547-

DEVOIRS DE l'homme ENVERS DIEU 351

Je la voyais pi'eadre sur une tablette, à côté de son lit, un volume Je dévotion qui lui venait de sa mère. Sa physionomie, ordinairement si ouverte et si répandue sur tous ses traits, changeait tout à coup d'expression ; elle se recueillait. -'coinme la lueur d'une lampe quand on la couvre de la main contre le vent, pour l'empêcher de vaciller çà et là et de s'éteindre.

Lamartine (i).

Il faut aussi prier avec humilité, c'est-à-dire avec l'absoiue conviction de notre impuissance personnelle et de notre petitesse auprès de Dieu. Plus nous serons pénétrés de ce sentiment, plus sûrement nous toucherons le cceur de Dieu :

Etre impuissant, c'est une force... C'est dans son impuissance que l'homme a ti'ouvé le point d'appui, la prière.

Victor Hugo (2).

Il faut enfin, et cela est de toute évidence, ne pas demander à Dieu des choses qui nous seraient nuisiMes. Si nous en demandons sans le savoir, ne soyons pas étonnés de n'être point exaucés. « Tues sage, dit Dante à Virgile, et tu m'entends mieux que je ne parle (3). » Dieu est ,sage et nous entend mieux que nous ne parlons; aussi ne peut-il toujours nous exaucer dans le sens où nous le prions : « Nous nous ignorons nous-mêmes, et nous demandons souvent notre ruine. Sa sagesse nous refuse pour notre bien, et nous gagnons à ne pas obtenir l'objet de nos prières (4).»

IV. Que devons-nous demander à Dieu? C'est Jésus- Christ lui-même qui nous l'a enseigné. « Quand vous prierez, disait-il, c'est ainsi que vous prierez. » Et il dictait à SCS disciples l'oraison dominicale, cette prière

(i) Cours familier de lUtérature, I, v.

(2) Les Travailleurs de la mer, III, i, i. Hetzel,

(5) VEnfer, chant ir.

(4) Shakspeare, Antoine et Cléopâtre, II, i.

Où l'on entend gémir la chair avec l'esprit,

Où l'homme ose d'en bas appeler Dieu son père,

Donne à ses ennemis le pardon qu'il espère,

Et dit, en proférant la double vérité,

A Dieu, miséricorde; à l'homme, charité.

Lamartine (i).

Voici, de celte divine oraison, une bonne et belle traduction. C'est un vieillard qui prie :

O Père, disait-il, de toute créature.

Dont le temple est partout où s'étend la nature, Dont la présence creuse et comble l'infini. Que ton nom soit partout dans toute âme bénie! Que ton règne éternel, qui tous les jours se lève, Avec l'œuvre sans fin recommence et s'achève ! Que par l'amour divin, chaîne de ta bonté. Toute volonté veuille avec ta volonté ! Donne à riiomme d'un jour que ton sein fait éclore Ce qu'il lui faut de pain pour vivre son aurore ! Remets-nous le tribut que nous aurons remis Nous-même en pardonnant à tous nos ennemis. De peur que sur l'esprit l'argile ne l'emporte. Ne nous éprouve pas d'une épreuve trop forte ; Mais toi-même, prêtant ta force à nos combats, Fais triompher du mal tes enfants dici-bas.

Lamartine (2).

Il y a là, dit ailleurs le même écriçain, il y a là à peu près tout ce qu'on peut demander. C'est comme un gros sou dans la poche, contre lequel on vous donne partout un morceau de pain.

Lamartine (3).

EnlisantattentivenientrOraisondominicale, nous verrons que nous devons d'abord prier pour la gloire de Dieu, puis pour nous-mêmes et pour notre prochain (4). Ce sont d'abord

(i) La Chute d'un ange, 7* vision. Hachette, Jouvet. {^Ylàid. Hachette, Jouvet.

(3) Le Tdillcur de pierres de Saint Point, X, ir. Hachette, Jouvet. Voir Chateaubriand. Génie du christianisme, IV, i, iii.

(4) Voir Victor Hugo apologiste, p. 1 20-1 28.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS DIEU 353

les choses de l'àme qai doivent nous intéresser et nous solliciter; muis les choses du corps peuvent trouver place dans nos demandes, et le « pain quotidien » est le pain de la bouche aussi bien que le pain de l'esprit. Ne croyons pas que Dieu soit olfensé de voir que nous l'intéressons à nos petites aîlaires : la vie se compose de petites choses; [exclure Dieu de ces petites choses, ce serait l'exclure de notre vie.

Une de mes amies, écrit Eugénie de Guérin, demandait une fois des prières pour son chien malade ; je me moquai d'elle et trouvai sa dévotion mal placée. Aujourd'hui j'en ferais comme elle, je ne trouve pas cette prière si étrange : tant le cœur change l'esprit! Je n'aimais pas Bijou (son chien) alors ; ma conscience ne s'offusque pas d'intéresser le bon Dieu à la conservation d'une bête. Y a-t-il rien d'indigne dans ses créatures, et ne peut-on pas lui demander la vie de celles que nous aimons? Je suis portée à le croire et qu'on peut, excepté le mal, tout demander à Dieu, au bon Dieu. Ce nom familier, ce nom populaire de la Divinité m'inspire toute sorte de confiance.

Eugénie de Guérin (i).

« On peut, excepté le mal, tout demander à Dieu. » Retenons ce mot comme devise, et dans tous nos besoins recourons à la prière,

Car la prière est infinie.

Victor Hugo fa)

V. Quand faut-il prier? « Il faut toujours prier et ne jamais se lasser. » Cette parole du Sauveur nous indique que toutes nos occupations doivent être sanctifiées par la prière, et que par suite il y faut recourir à des intervalles assez rapprochés pour que nos actions soient toujours sous son influence.

(i) Journal, p. 219. Lecoffre. — « Confiance en Dieul Le Père Geoffroy me disait : Si, par hasard, vous aviez besoia d'un petit inorcea» de la lune, il faudrait le lui dem inder : il n'y a pas de raison pour qu'il ne vous l'accorde pas. » L. Veiu'lot, Correspondance^ t. i, p. 38. Palmé.

(2) Les Feuilles d'automne, XXXVII, ni. Hetzel.

APOLOGISTES LAÏQUES iS

Les deux plus importantes prières de la journée sont celles du matin et du soir.

Dès le matin, dès le réveil, il faut prier. Pourquoi en ce moment? plusieurs motifs nous y invitent.

Tout d'abord, c'est l'heure où le recueillement nous est

le plus facile ; le matin,

L'un des plus beaux instants, mon fils, où les humains Puissent à l'Eternel tendre leurs faibles mains; L'àme s'y sent ouverte, et la prière aisée.

Alfred de Musset (i).

Et puis, c'est le moment oii la nature, elle aussi, s'éveille et prie, nous donnant l'exemple et nous pressant de l'imiter :

...L'aurore s'éclairait de plus en plus, et la terre de plus en plus se réjouissait de la voir : tout s'animait, les oiseaux éclatèrent en chansons, et me firent souvenir de faire ma prière, comme ils faisaient la lem\

Louis Yeuillot (2).

Est-ce que chaque lever de l'aurore n'est pas comme une création nouvelle ? Tous les matins Dieu refait la plus belle partie de son œuvre et redit sa plus belle parole : Que la lumière soit !

Staul (3)

Pour l'homme aussi, le réveil est une nouvelle création : c'est un jour de plus qui lui est donné gratuitement, et il doit en remercier Dieu ; c'est un jour de plus dont il faudra rendre compte, et il doit demander au Maître Ja force de rester un serviteur fidèle. Voilà pourquoi, dit le poète,

Mon cœur Murmure en s'éveillant son hymue intérieur ; Demande un jour de paix, de bonheur, dinnocence. Un jorn* qui pèse entier dans la sainte balance,

(r) Mardoche, xxv. Œuvi^es, Charpentier.

(î>) Correspondance, Lettres à sa sœur, juin i858. Palmé.

(5) Bonnes fortunes pai'isiennes, le Réveil sur la Bastei. fîetzel-

DEVOIRS DE l'hOMMEENVERS DIEU 355

Quand la main qui les pèse à ses poids infinis Retranchera du temps ceux qu'il n"a pas bénis !

Lamartine (i).

Eufin, si tous priaient le matin, comme se réaliserait le précepte du divin Maître : « Il faut prier sans cesse ! » Sans cesse, en effet, ils est des points du globe où le matin réunit et où les hommes se réveillent :

Oui, riieui'e où l'on t'adore est ton heure éternelle ; Oui, chaque point des cieux par toi la renouvelle, Et ces astres sans nombre épars au sein des nuits N'ont été par ton souffle animés et conduits Qu'afin d'aller, Seigneur, autour de tes demeures. L'un l'autre se porter la plus belle des heures, Et te faire bénir par laurure des jours. Ici, là-haut, sans cesse, à jamais et toujours!

Lamartine (îî).

Cette dernière raison suffirait à nous recommander aussi hi prière du soir, comme un nouveau moyen d'assurer dans le monde la prière continuelle. jNIais d'autres motifs nous y engagent.

La nuit amène avec elle des pensées tristes : le sommeil de la nature en fait l'image de la mort, et nous-mêmes nous devons nous engloutir dans ce sommeil sans savoir si nous en sortirons demain : ne faut-il pas, en ce moment, se remettre dans les mains de Dieu,

Et chercher, au moment où s'endort la nature, Celui qui veille toujours ?

Lamartine (3).

(i) harmonies poétiques, I, v. Hachette, Jouvet.

{•2, ^Harmonies poétiques, I, m. Hachette, Jouvet. Voir encore, sur la prière du matin : ibid., I, vu; Recueillements 'poétiques, pvé\'nce; \. de Lapi-. de, le Livre d'un père, xl, Lemerre ; J. Autran, la Vie rurale, Prière du m;itin. C. Lévy.

(5, Harmonies poétiques, I, viii. Hachette, Jouvet.

Ne faut-il pas penser aux choses sérieuses, examiner son âme et se puritier par le repentir, au moment même où l'on Trappe "à la porte de l'incertain?

Oh ! que la nuit fait venir des pensées sérieuses ! Je ne crois pas que le méchant, que l'impie, que l'incrédule soient aussi pervers la nuit que le jour. Un monsieur qui doute de beaucoup de choses m'a dit souvent que, dans la nuit, il croyait toujours

à l'enfer.

Eugénie de Guérin (i).

Prions donc avant de nous livrer au repos ; n'attendons pas d'être à moitié endormis « pour balbutier, comme en rêve, les paroles qui retardent péniblement pour nous l'heure du repos (ti); » mais, en pleine possession de nousmêmes, recueillons-nous et prions. Prions pour nous, d' bord, qui devons ce moment au Seigneur :

Les hommes ont le jour, le soir est fait pour Dieu.

Eugène Manuel (3).

Prions pour les affligés et les malades à qui la nuit est si longue !

La nuit est un surcroît à toutes les douleurs... elle met du

noir sur du noir.

Octave Feuillet (4).

Prions pour les pécheurs !...

Quand l'œil voit noir, l'esprit voit trouble...

Victor Hugo (5).

Prions pour tous les malheureux, prions pour tous les morts; en un mot,

(i) Journal, p. ii3. Lecoffre.

(a) Lamartine, Confidences, V, i. ti-achette, JouveU

i(5) Pages intimes, nv. G. Lévy.

(4) La Partie de dames. C. Lévy.

(5) Les Misérables, II, m, v. Hetzel.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS DIEU 357

Endormons-nous dans les prières Comme le jour sendort dans les parfums du soir.

Lamartine (i).

Attendre, pour prier, du matin jusqu'au soir, c'est bien long ! Il y a, dans une journée, tant d'occasions de remercier Dieu, et il se présente, hélas! tant d'occasions de roffenser ! Aussi, un homme véritablement religieux fait monter sa pensée jusqu'à Dieu plus d'une fois dans le courant du jour : le commencement et la lin des repas, des travaux, des récréations même, sont marqués par une élévation de l'àme vers les hauteurs divines, d'où elle redescend plus sereine et plus forte. Alors vraiment l'on prie toujours, et c'est cette prière ininterrompue qui soutient les âmes dévoués à Dieu au milieu des travaux , des fatigues et des responsabilités qui s'accumulent d'heure en heure :

Tous les jours à son réveil, Philomène, faisant le signe de la croix, offrait à Dieu sa première pensée. En s'habillant, elle lui demandait la robe d'innocence qu'elle avait perdue par le péché. Avant son travail, elle mettait ce qu'elle allait faire aux pieds du Seigneur en expiation de ses fautes. Elle n'oubliait point de dire une petite prière, à chaque heure qui sonnait... Avant la récréation, elle demandait à Dieu de mettre une grande circonspection sur ses lèvres... Puis c'étaient encore de petites prières : prières pour se renouveler en la présence de Dieu, prières lorsqu'elle avait commis quelque petit péché... Si elle s'éveillait dans la nuit, elle s'unissait de pensée aux serviteurs et servantes qui louent le nom du Seigneur dans la nuit, aux adorations des esprits bienheureux, aux cantiques des saints dans le paradis...

De Goncourt (2).

(i) Harmonies poétiques, II, vi. Hachette, Jouvet. Voir encore, sur la prière du soir, ibid. I. vin ; Tiecueillemenls poétiques, préface; Méditations poétiques, la Prière ; V. de Laprade, le Livre d'un père, xlii. Lemerre.

(2) Sœur Philomène, u. Charpentier.

b358 APOLOGISTES LAÏQUES

Puissions-nous suIatc, au moins de loin, de tels exemples ! puissions-nous être en droit de dire comme cette jeune fille à qui l'on demandait :

— Vous avez entendu parler de Dieu ?

— Oli ! oui ; mais je crois c£u'il a encore plus entendu parler de moi. Je l'ai tant prié l

Alexandre Dumas fils (i).

ARTICLE TV

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