LIBERATION DU TERRITOIRE
A Monsieur Hoffherr.
émigré d'Alsace
V^i'est fini : le pays a craché sa rançon; L'Allemand quitte Gravelotte, Emportant dans sa botte L'argent de la vendange et For de la moisson.
Le sol est affranchi ! — Mais notre orgueil déplore Les champs où vous êtes tombés Par le sort dérobés, Héroïques soldats du drapeau tricolore.
Libération du Territoire. 115
Rien n'est fait tant qu'un seul de vos tombeaux errants Retiendra vos âmes altières Au fond des cimetières Que ferme à nos regrets le fer des conquérants!
Vous avez succombé sous le devoir tragique ; Nous vous suivrons sur le chemin, Et quelque lendemain Vous ressuscitera de la nuit léthargique :
Où notre deuil finit commence notre espoir : Nous en préparerons l'issue, Et l'insulte reçue Verra votre matin vengé par notre soir
— O vous, mains qui tuez, cœurs vaillants à la peine, Cerveaux gardiens du souvenir, Rapprochez l'avenir, Trempez le glaive, aimez la mort, forgez la haine !
La France est libre, soit; mais elle -pleure encor Metz et Strasbourg, ses deux jumelles Prises à ses mamelles, Mais la Prusse nous doit du san^ contre notre or :
n6 Lhs Apostrophes.
Donc pas de joie autour des urnes funéraires Laissons le soin aux longs hivers D'effacer nos revers :
Les roses des étés consoleront nos frères !
15 septembre 1873.