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amènera d’ailleurs à parler du collège de pharmacie, dont elle fut en quelque sorte le berceau, et à laquelle nous
arrêterons ce travail.
Vers le milieu du xvi° siècle, vivait à Paris un homme dont la réputation de science n’était pas contestable. Il appartenait à la corporation des apothicaires, et, parvenu à la maîtriseen 1548, avait exercé presque aussitôt la charge de garde-juré. Il avait enrichi son art de publications savantes, un traité de la thériaque et du mithridate en 1573, un traité de la peste et surtout deux livres sur la pharmacie parus en 1671, Pharmaceutices libri duo. Il avait abordé l’histoire en donnant celle des Français, et efleuré la littérature dans la rayne Artémise, manuscrit destiné à Catherine de Médicis et qui existe encore à la Bibliothèque nationale.
Devenu vieux, sans enfants, sans parents qui eussent besoin de sa fortune, il conçut le projet d’attacher son nom à une œuvre pieuse. Il s’adressa donc à Henri II. Son but était de créer une maison dont l’objet principal serait de nourrir et instituer enfants orphelins 4 la piété, aux bonnes lettres et en l’art d’apothicairerie, et où on distribuerait gratis des remèdes aux malheureux. La requête, présentée au roi en 1576, lui demandaiten outre de céder à cet effet 4 Dieu et aux pauvres ce qui restait du palais des Tournelles abandonné depuis la mort de Henri II (x).
Cette supplique ne fut pas prise en considération.
Mais le Parlement fut d'avis que, pour inciter par un prompt
(1) Félibien, Histoire de Paris, t. IL, p. 721.
Mio établissement les personnes charitables à y aumôner ou élargir de leurs biens, comme aussi pour sauver une grande partie de la dépense on devait donner à Nicolas Houël la maison des Enfants-Rouges dont il pourraits’accommoder. Henri III ratifia cette décision, autorisa la fondation, lui attribua tout l'argent à provenir de la recherche des comptes des hôtelsdieu, maladreries, léproseries du royaume par malversation de leurs directeurs, et ordonna que /adite maison de charité seroit fondée et instituée en la maison des Enfanis-Rouges (x).
Les administrateurs de cet hôpital, mécontents de se voir dépossédes, suscitèrent des difficultés. Houël, fort de son droit, en appela au Parlement qui, en dépit de l’arrêt précédent, conclut à son renvoi. « Comme il étoit nécessaire d’avoir un autre endroitide la ville et faubourg »... ajoutaitil cependant, il abandonnaït au généreux apothicaire « l’h6pital de POurcine (2), au faubourg Saint-Marcel, désert et abandonné par mauvaise conduite, fout ruiné, les pauvres non logés, le service divin non dit ni célébré.
Malgré l’opposition de l’évêque de Paris et d’un certain
© (1) Ordonnance de Henri III, octobre, 1556. Enregistrée au parlement le 18 décembre 1576.
L’hôpital des Enfans-Rouges était situé rue Porte-Foin, près du Temple. Il avait été fondé en 1536. On y recevait les orphelins de père et mére, nés hors Paris et trouvés à l’'Hôtel-Dieu. L'établissement s'appelait Enfans-Dieu ; mais comme les petits hospitalisés étaient vêtus de rouge, le peuple, ne s'attachant qu’à cette couleur, se servit de la désignation d’Enfans-Rouges (Dulaure, Histoire de Paris, t. IV, p. 156). à
(2) Fondé au xrnue siècle. En 155, on y recueillait les indigents atteints de maladies vénériennes. Les administrateurs avaient fini par s'approprier le droit des pauvres et l’hôpital avait été abandonné. Il était situé rue de l'Ourcine, presque à l’entrée à gauche, en sortant de la rue Mouffetard. Son enclos s’étendait jusqu’à la Bièvre (Dulaure, Histoire de Paris, t. ÎV, p. 182).
RP te Marie Roussel, s’en prétendant titulaires, Nicolas Houël qui, dès l’année précédente, avait été nommé « à la surintendance de ladite maison, chapelle, apothicairerie, jardin des simples », et à l’instruction des enfants (1), y fut installé par des commissaires du parlement, le 21 avril 1578, en vertu d’un arrêt du 2 janvier (2).
L'établissement porta le nom d’Æôpital de la charité chretienne. On venait d’y commencer d'importants travaux, lorsqu’une inondation vint tout détruire. « La rivière fut à la hauteur de quatorze à quinze pieds, abattit plusieurs murailles, moulins et maisons, noya plusieurs personnes surprises en leur lit et fit un mal infini. L’eau fut si haute qu’elle se répandit dans l’église et jusqu’au grand autel des Cordeliers de Saint-Marceau, ce qui dura trente heures(3). »
Houël réédifia les bâtiments dans le lieu le plus élevé de son terrain et y dépensa de ses propres deniers plus de deux mille écus. Il fit de nouvelles acquisitions, étendit l’enclos et y établit, à l’instar du jardin de Padoue,un jardin botanique, le premier qui ait existé en France.
La fortune du philanthrope devenait insufhisante quand, pour comble de disgrâce, Henri IT révoqua l’autorisation de rechercher les reliquats de compte des hôtels-dieu. Il est vrai que jamais ces recherches n’avaient donné de résultat. Nicolas Houël ne put supporter ces nouvelles entraves ; il mourut découragé en 1587.
Sa veuve, Catherine Vallée, épousa en secondes noces l’apothicaire Charles Audens et, de concert avec son nou-
(t) Lettres patentes, données à Blois, le 20 janvier 1577. (2) Dulaure, Histoire de Paris, t. IV, p. 182. (3) Mémoires de l’Estoile, t. 1, p. 106.
vel époux, prit à cœur l’œuvre qu’avait entreprise son premier mari. |
Malheureusement, Henri IV transforma l'hôpital de charité chrétienne en asile pour les soldats âgés ou infirmes. S'il installa ainsi les plus anciens Invalides de notre pays (x), l'administration de Ch. Audens n’en fut pas moins réduite à la fonction d’apothicaire de cette maison « pour y servir et avoir aux dépens d’icelle une apothicairerie pour le secours desdits soldats » (2).
Louis XIIT, à son tour, intervint et transporta à Bicêtre l’hospice destiné aux militaires. L'installation de Nïicolas Houël appartint alors successivement à l’ordre de Saint-Lazare, à l’évêque de Paris, à l’'hôtel-Dieu (3). Chacun s'en disputait la propriété. Les maîtres des petites écoles du faubourg Saint-Marcel prétendaient eux-mêmes se charger d’y donner l’instruction prescrite par le fondateur.
Mais les concurrents les plus redoutables furent les docteurs-régents et leurs doyens.
La Faculté désirait en effet se faire adjuger la maison de charité chrétienne ; il lui semblait qu’à elle seule revenait le droit d’y diriger les études ; elle voulait énstruire les pauvres enfans en l’art d'apothicairerie audit hôpital ; y faire la composition des remèdes et médicaments des malades ; elle souhaitait surtout posséder le jardin pour le semer et planter de toutes sortes de simples et d'herbes nécessaires, tant pour l'instruction desdits enfans que composition desdits remèdes.
(1) Félibien, Histoire de Paris, Pièces justificatives, t. Ill, p. 738 et suiv.
(2) Arrêt du 6 mai 1507. Lettres patentes de Henri IV.
(3) Dulaure, Histoire de Paris, t. IV, p. 182.
La requête fut présentée au parlement :
La Faculté de médecine avait-elle oublié la teneur exacte de l’édit approbatif de 1576 ? Espéra-t-elle que la cour passerait outre ? Cet édit n’en contenait pas moins, comme clause positive, que ce serait un maître apothicaire de Paris, résidant dans la maison même, qui y ferait l'instruction des jeunes gens en apothicairerie, distribuerait les remèdes aux indigents et cultiverait le jardin. Aussi, malgré leur sympathie habituelle pour les docteurs-régents, les juges rendirent-ils en 1624, au sujet de ces diverses contestations, un arrêt (1) décidant que « la fondation de 1576 seroit entretenue », et qu’à cet effet le revenu de l’hôpital serait mis en bail judiciaire. Ordre était donné qu’à « cette fin les maîtres et gardes de la communauté des apothicaires présenteroient, de deux en trois ans, trois maîtres d’entre eux, dont l’un seroit pourvu et établi dans Phôpital, pour y résider, exercer sa commission » trois années durant. À ce titre il distribuerait gratuitement des drogues aux nécessiteux et recevrait les deniers du bail judiciaire pour acheter celles-ci, à charge, pour lui, d’en tenir compte. Les gardes jurés avaient de plus obligation de faire planter « le grand clos et le jardin », d'entretenir « la maison en bon état » et d'y installer une boutique pour y délivrer les médicaments. Enfin, discutant la requête de la Faculté, l’arrêt la rejetait et mettait la demanderesse « hors de cours et de procès ».
Jacques Grégoire, maître apothicaire, fut le premier gouverneur désigné, nomination bien inutile puisqu'on ne passa jamais le bail dont on devait tirer les fonds nécessaires.
(1) Arrêt du Parlement de Paris, 10 septembre 1024.
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Une nouvelle difficulté ne tarda pas à naître.Les chapelains, qui retenaient les titres de l’hôpital de POurcine et qui devaient tout d’abord prélever cent vingt livres, tourmentèrent tellement les apothicaires, qu'ils finirent par s'emparer du tout comme bien de leur bénéfice. Ceux-ci refusèrent la misérable masure en ruines qu’on consensait à leur laisser ; mais comme on ne pouvait leur contester la possession du grand enclos acheté par Houël, ils ne gardèrent que ce seul terrain, anciennement appelé Vieux Fossés, situé de l’autre côté de la rue.
La place manquait pour un jardin botanique ; il fallait en outre un bâtiment convenable. Les apothicaires, prenant à cœur d'entretenir et d'agrandir l’œuvre du fondateur, achetèrent plusieurs maisons voisines aux sieurs Jacques Petit - Deslandes et Gabriel Hinselin. Le marché fut définitivement conclu le 11 février 1627 ; la corporation fit aussitôt semer et planter et, après avoir installé un jardinier concierge, elle s'occupa de construire un grand pavillon avec entrée par la rue de l’Arbalète (x).
Les dépenses furent couvertes à l’aide d'emprunts, dont une partie n’était pas encore payée en 1640; lereste l'avait été à l’aide de souscriptions volontaires.
Ce fut la source d’autres ennuis. Les épiciers, ne voulant pas contribuer à ces charges, accusèrent leur rivaux de s'être emparés du bier des pauvres, en dépit de leurs droits à la possession légitime de propriétés acquises de leurs deniers. Des contestations innombrables s’élevèrent, dans lesquelles nous voyons l'avocat Lesueur de Petiville plai-
(1) Pandectes pharmaceutiques, p. 706.
der pour les épiciers et son collègue Babille défendre la cause des apothicaires. Le débat se termina par la transaction de 1640 dont les principaux articles furent les suivants (1) : Frais communs prélevés sur l’argent provenant « tant des compositions qui se font avec les aspirans aux dites maîtrises de la marchandise d’épicerie-apothicairerie et épicerie, qu’autrement ». Défense aux épiciers de « prétendre aucun droit en ladite maïson et jardin qui sera et demeurera à l’avenir, comme par le passé, propre auxdits apothicaires. Remise à chacun des gardes épiciers en exercice et des anciens titulaires d’ « une clef de ladite maison et jardin », qui leur sera « donnée par honneur ».
Le traité fut exécuté jusqu’en 1768, époque où les épiciers en refusèrent l’observation. De nouveaux débats commencèrent, auxquels l’édit du 10 avril 1777 mit heureusement fin, en détruisant l’union forcée des deux professions. :
Dès lors la maison de la rue de l’Arbalète fut, avec ses dépendances, le seul et unique siège de l’enseignement de la pharmacie ; et ce fut, du jour où le corps tout entier des apothicaires accepta la fondation particulière de Nicolas Houël, que ceux-ci commencèrent à conquérir l’indépendance que leur assura définitivement la création de leur
collège.
Nous avons vu, dans les précédents chapitres, la déclaration de 1777 terminer brusquement les difficultés qui en-
(1) Homologation du Parlement, en date du 29 mars 1640.
or serraient la corporation, réunir en une même société les apothicaires de la cour et ceux de la ville, consommer la rupture avec les épiciers, et apaiser la lutte avec les docteurs régents.
Malgré tout le collège de pharmacie n'existait que de nom. Des statuts avaient été promis mais non rédigés. Dans la pratique on se heurtait à de fréquents embarras qu’on ne savait comment résoudre, lorsque par exemple des candidats demancèrent à être reçus apothicaires, cas pour lequel on n'avait pas de règlement. On en référa donc au conseil d'Etat qui, paf un arrêt du 11 septembre 1778, fixa une organisation provisoire (1), que l'ordonnance définitive confirma presque entièrement.
Enfin, deux ans après, le 10 février 1780, furent accordés les statuts si impatiemment attendus. ;
Ils se composent de dix-neuf articles que je crois devoir reproduire et qui, bien qu'un peu arides, vaudront mieux que tout commentaire.
ART. I’. — Le collège de pharmacie, que nous avons établi par notre déclaration du 25 avril 1777, ne sera composé que des maîtres en pharmacie et des privilégiés titulaires de charges que nous leur avons réunis; il en sera formé un tableau dans lequel ils seront inscrits par ordre d'ancienneté de réception, sans distinction d’anciens maitres et de privilégiés titulaires.
IT. — Les quatre apothicaires de notre corps auront droit d’assister à toutes les assemblées du collège, et d’y occuper les premières places en qualité de prévôts hono-
(1) Pandectes pharmaceutiques, p. 110.