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VI. — Les quatre prévôts, dont les deux plus anciens en exercice présideront alternativement aux assemblées, seront chargés de la recette et dépense des deniers du collège, et ils en demeureront solidairement garans et responsables ; ils seront tenus d’en rendre compte chaque année, et il ne leur sera passé aucune dépense extraordinaire qu’elle n’ait été ordonnée par une délibération autorisée par le lieutenant-général de police.
VII. — Les prévôts et les députés s’assembleront au moins deux fois par mois, à jour fixe, pour délibérer sur les affaires courantes; lesdits prévôts convoqueront chaque année deux assemblées générales, dans lesquelles ils donneront connaissance à tous les membres des délibérations qui auront été prises dans les assemblées particulières, et proposeront ce qui leur paraîtra convenable au maintien de la discipline et à honneur de la profession.
VIII. — Le Collège de pharmacie ouvrira tous les ans, pour l'instruction des élèves, des cours publics et gratuits de chimie, pharmacie, botanique et histoire naturelle; à l'effet de quoi il sera nommé, dans l'assemblée générale, trois démonstrateuts, et trois adjoints pour les remplacer en cas de décès, de maladie ou autre empêchement légitime. Lesdits cours se feront à jour et heure fixes; les démonstrateurs seront nommés au moins pour six années et pourront être continues; les adjoints se conformeront aux principes du démonstrateur qu’ils suppléeront.
IX. — Les aspirans qui auront atteint l’âge de vingtcinq ans seront admis à subir l'examen ci-après en remettant préalablement aux prévôts du collège leur extrait baptistaire, un certificat de bonne vie et mœurs signé de deux notables bourgeois et de deux maîtres dudit collège. Ils
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justifieront aussi préalablement de leur connaissance sufñsante en langue latine, et de leurs études pendant huit années chez des maîtres en pharmacie, dont quatre au moins dans la ville de Paris (1).
X. — Huitaine après la remise desdites pièces, si les prévôts les jugent suffisantes, ils enverront le nom de laspirant chez tous les maîtres : ne pourront cependant délivrer l’immatricule qu'après la huitaine expirée sans opposition, dont si aucune survenoit, il en seroit référé au sieur lieutenant-general de police pour être par lui ordonné ce qu'il appartiendroit.
XI. — Lorsque lPimmatricule aura été délivrée à l’aspirant, et avant que de subir les examens, il sera tenu de déposer dans la caisse du collège, sçavoir : l’aspirant à la maîtrise en pharmacie de Paris, la somme de 3,400 liv.; l’aspirant titulaire de charge, la somme de 1,200 liv., et l’aspirant à la maîtrise de province, la somme de 800 liv., pour être lesdites sommes distribuées ainsi qu’il sera ordonné, se réservant, Sa Majesté, d’expliquer incessamment ses intentions, tant sur l'emploi et distribution desdites sommes, que par rapport aux gagnans maîtrise dans les hôpitaux.
XII. — Les examens se suivront au plus tard de mois en mois, le premier, sur les principes de l’art pharmaceutique et sur l’application de ces principes aux opérations ; le second sur les plantes et les drogues simples tirées des trois règnes, sur la nomenclature, l’histoire, le choix, la préparation, la conservation et le débit médicinal des dites
(1) Les articles 1x, x, x1, x1r, xiir et xiv sont les mêmes que les articles 1, 11, 111, 1V, vet vi du règlement provisoire donné, en 1778, par arrêt du conseil d'état.
substances qui lui seront présentées ; le troisième sera de pratique et durera trois jours pendant lesquels l’aspirant exécutera seul et publiquement neuf opérations au moins, suivant le codex, desquelles il exposera la dispensation et fera la démonstration.
XIII. — Dans lesdits examens, l’aspirant sera interrogé par le doyen et deux docteurs de la Faculté de médecine, par les quatre prévôts en exercice, et par onze maîtres tirés au sort, au moment de l’examen, dans l’une des trois colonnes qui formeront le tableau général du collège, dans chacune desquelles seront toujours compris les six démonstrateurs, de façon que tous les membres étant divisés par tiers, seront mandés chacun à leur tour avec les six démonstrateurs ; pourront néanmoins tous les maîtres assister à chaque examen, et à cet effet ils seront avertis du jour et de lheure.
XIV. — L’aspirant ne pourra être reçu maître que lorsqu’il aura réuni à chaque examen Îles deux tiers des voix des examinateurs, qui seront données par voie de scrutin, etil ne pourra faire acte de maître qu’après avoir prêté serment devant le sieur lieutenant-général de police en la manière accoutumée.
XV. — N'entendons rien innover en ce qui concerne le privilège de l'Hôtel -Dieu et l'Hôpital des Incurables, dont les élèves continueront à être admis à gagner leurs maîtrises après avoir subi les examens prescrits devant les médecins ordinaires, les expectans et Pinspecteur de Papothicairerie dudit Hôtel-Dieu ou hôpital et devant deux des prévôts ou adjoints du Collège de Pharmacie, qui seront invités d’assister auxdits examens, et en présence des administrateurs desdits hôpitaux. |
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Et après que lesdits gagnans maîtrise auront servi pendant dix années dans l’un desdits hôpitaux, ils seront reçus maîtres dans ledit collège, sans autre examen, sur le certificat dudit service qui leur sera délivré par les administrateurs dudit hôpital.
XVI. — Outre la visite annuelle de la Faculté de médecine, accompagnée des quatre prévôts, chez tous les maîtres en pharmacie, lesdits quatre prévôts en feront deux autres, chaque année, dans les laboratoires desdits maîtres et des veuves ; ils dresseront procès-verbal de ces visites pour être pourvu aux contraventions, si aucune y a,suivantl’exigence des cas ; chaque maître ou veuvesera tenu de payer 6 livres par chacune desdites deux visites, dont les prévôts compteront; pourront au surplus faire autant de visites qu'ils jugeront nécessaires, sans frais.
XVII. — Les veuves des maîtres en pharmacie jouiront du droit de tenir officine, pendant leur viduité seulement, à la charge que chacune desdites officines sera sous la direction d’un maître, au choix de la veuve, et queledit maître remettra aux prévôts en exercice sa soumission de fournir l’officine de proviseurs qui aient vingt-cinq ans accompliset cinq années de travail chez un des maîtres du collège.
XVIII. — Les élèves qui sont actuellement chez les maîtres, et ceux qui s’y présenteront par la suite, seront tenus de se faire inscrire, dans le mois, sur le registre du collège, ce qu'ils réitèreront chaque fois qu’ils changeront d’officine, le tout sans frais, seront aussi tenus les maîtres d’avertir les prévôts de lasortie de leursélèves et de fournir les noms de ceux qu’ils prendront pour les remplacer.
XIX. — Aucun des maîtres composant le collège de pharmacie ne pourra, sous quelque prétexte que ce soit,
avoir de societé ouverte qu'avec les maîtres de ladite profession.
Tel fut ce règlement tant désiré, mais le besoin de changement se faisait si puissamment sentit qu’on n’en avait pas attendu la publication pour commencer lenouvel ordre de choses.
L’inauguration du collège de pharmacie eut lieu le 30 juin 1777, à quatre heures, sous la présidence de M. Lenoir, conseiller d'Etat, lieutenant général de police. Le procès-verbal de lacérémonie existe aux archives de l’école de pharmacie (1) ; il porte la signature de M.Lenoir et contient de curieux détails. Nous l’analyserons rapidement.
« Tous les maitres en pharmacie, tant ceux de l’ancien régime » que les titulaires des charges de la cour avaient été convoqués « par billets imprimés »... MM. les apothicaires du corps du roi, « invités par une lettre particulière », s’y rendirent au nombre de trois, savoir : MM. Habert, Jourard et Forgeot. « M. Martin, l’un des quatre, n'ayant pu s’y rendre », s'était excusé, alléguant « la nécessité de sa présence auprès de la reine qui avoit pris médecine ce même jour ». M. Guindre, « apothicaire du corps de Madame », était également présent.
À son entrée dans la maison de la rue de l’Arbalète, le lieutenant de police fut « accueilli par les applaudissements universels de toute l’assemblée, témoignages de la satisfaction qu’inspirait le nouvel établissement qui alloit
{1) Archives de l'Ecole de pharmacie. Procès-verbal d’inauguration du collège de pharmacie.
s’opérer ». Ce magistrat prononça alors « un discours flatteur et obligeant pour la compagnie », puis son secrétaire, M. Collot, ayant donné « lecture de l'arrêt du conseil, en parchemin, portant création du Collège », on procéda aux élections présentes.
En voici la liste:
Prévôts et adjoints: MM. Trévez, Brun, Simonnet, Becquerel.
Députés : MM. Gillet, Richard; Vassou, Demoret, Pia, Bataille, Laboire, Tassart, Rouelle, Delacour, Charlard, Bayen. é
Prévôts honoraires perpétuels, par acclamation : MM. les quatre apothicaires du corps du Roy.
Démonstrateurs pour le cours de chimie: MM. Mitouard, Brongniart, Deyeux, Sage.
Démonstrateurs pour la botanique et l’histoire naturelle des médicaments : MM. Demachy, Valmont de Bromare, Buisson, Parmentier.
Nouveau discours du président et la séance se termine par une réplique du premier prévôt, M. Trévez.
Ajoutons que le collège de pharmacie fut autorisé à « faire porter à son suisse la grande livrée du roy, et à ses concierges, jardiniers et domestiques, la petite livrée de Sa Majesté, consistante en habit, veste et culotte bleus, doublés d’aumale écarlate, les boutons argentés et la veste galonnée d’un galon de quatorze lignes (x) ».
(:) Archives de l’école de pharmacie. Cette autorisation est ainsi signée : « Charles-Eugène de Lorraine, prince de Lambesc. Par son altesse Muller. »
Enfin je rappellerai pour mémoire, qu'entre le collège de pharmacie et l’organisation actuelle réglémentée par la loi du 2r germinal an X (11 avril 1803), exista la société libre de pharmacie de Paris, dont l’acte constitutif porte la date du 30 ventôse an IV.
Nous venons d’assister aux luttes continuelles d’une des plus puissantes corporations de Paris, la corporation des apothicaires; luttes intestines avec les épiciers, leurs rivaux, auxquels une législation surannée les laissa trop longtemps accolés, avec leurs collègues de la cour dont ils jalousaient la situation exceptionnelle ; luttes extérieures aussi avec les pâtissiers, les merciers et les barbiers-chirurgiens. Au milieu de cruelles alternatives, les faits nous les ont montrés souvent favorisés, et c'était justice, eu égard au dur apprentissage, aux connaissances scientifiques, aux difficiles examens que l’on exigeait d'eux. Puis nous les avons vu triompher grâce à l’édit de 1777.
Parmi tant d’adversaires plus ou moins redoutables, un seul, la Faculté de médecine, remporta de constants succès. Cependant, en dépit de sa vigueur à défendre sa suzeraineté, à poursuivre ceux qu’elle ne considérait que comme de désobéissants serviteurs, malgré la fidélité du Parlement à la soutenir dans ses droits, malgré de sévères répressions qui amenèrent les vaincus à implorer une paix qui n’était pas sincère, elle ne put empêcher de trop fréquentes récidives .de rébellion. L'historique de la fondation de Nicolas Houël nous a même rendus témoins d’un échec essuye par
la fière Faculté et de son impuissance à imposer les prétentions qu’elle avait affichées sur la maison de charité chretienne.
Cette maison a grandi sous nos yeux, après bien des travers, véritable berceau du Collège de pharmacie que l’on créa bientôt.
Dès lors, les docteurs régents, outre le contrôle d’une visite annuelle dans les officines, n’eurent plus d’autres prérogatives que d’être représentés dans les jurys d'examens par le doyen et deux des leurs. Plus d’immixtion dans les leçons professées, rue de l’Arbalète, non pas à quelques orphelins, mais à une foule nombreuse. Le soin d’instruire les futurs maîtres n’incombait plus à la Faculté. L’autonomie était conquise et le premier prévôt du nouveau collège pouvait s’écrier dans la séance d’inauguration : « Ils sont arrivés pour la pharmacie de cette capitale les temps de justice et d'illustration (1)! »
Nous -nous arrèêterons ici: la guerre est terminée, et c'est à peine si les apothicaires existent encore de nom, s’effaçant de plus en plus devant les pharmaciens. D’autres diront ce que devinrent les fils ; heureux, pour notre part, si nous avons su réussir à donner une bien faible idée de ce qu’étaient les pères.
(1) Archives de l’école de pharmacie. Procès-verbal d’inauguration du collège de pharmacie.
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M ENENANE