PASSÉS ENTRE APOTHICAIRES ET ÉTUDIANTS OU AUTRES
Les contrats de mise en apprentissage chez des apothicaires pour une durée variant de deux à quatre années, dont je donne ici un court résumé, sont au nombre de sept.
Ce sont, présentés ici chronologiquement, c’est-à-dire par l’ordre de date de chacun desdits contrats :
1538. — Mise en apprentissage, pour quatre ans, par Jean Cauchie, maître ès arts, régent au Collège de Calvi, de son frère, Nicaise Cauchie, âgé de dixsept ans, chez Pierre Le Moine, apothicaire-épicier, bourgeois de Paris, demeurant place Maubert ( 3 ), qui lui fournira le gîte et le couvert et recevra vingt écus d’or soleil. —22 mai i54o (fol. LU).
(') l- e P°rt de la Tournelle existe encore actuellement, ainsi dénommé, et sert toujours à la batellerie. Il est un des ports du petit bras de la Seine, situé dans le quatrième arrondissement de Paris, entre le pont du même nom et le pont de l’Archevêché,
( = ) La porte Bordelles, démolie en i683, était une des portes d’entrée du vieux Paris, à laquelle aboutissait la rue du même nom, la rue Bordelles, dite encore rue de la Bordelle et rue de Bordelle (sans s). Cette voie, de même que la susdite porte, s’appela, dès le milieu du treizième siècle, Bordet et BordeiUes, du nom du propriétaire d’une maison sise dans la dite voie. Deux collèges y furent fondés en i.lôô : a. le colleige de Becoud dit. par altération du nom, colleige de BeaucOurl, puis colleige de Boncourt. créé par Pierre Becoud, seigneur de FléClvinel. pour l’entretien et l’enseignement de huit écoliers du diocèse de Thèrouànne ( Pasde-Calais); b. le colleige de Tournay , fondé par un évêque de celle ville; il fut réuni plus tard au colleige de Navarre. Aujourd’hui les bâtiments de ces collèges « dépendent de l’École Polytechnique. » La rue Bordelles a, par décret impérial du 7 février 1809, pris le nom de rue Descartes. Elle va de la rue de la Montagne- Sainte-Geneviève à la rue Thouin et fait partie actuellement du cinquième arrondissement.
( 3 ) La place Maulbert ou Maubert sans l, comprise entre la rue des Grands- Degrés et le boulevard Saint-Germain, fait partie du cinquième arrondissement de Paris.' Ses premières maisons furent construites en. 1210. Elle s’appelait alors place Aubert, du nom du deuxième abbé.de Sainte-Geneviève, qui, au douzième siècle, permit d’y installer des étaux de boucherie, cette placé étant située dans |a censive c(e la susdite abbaye.
'Le Collège de Calvi ou Calvy, dit le Petit-Sorbonne, appartenait au Collège de Sorbonne proprement dit, qui le louait à bail pour une période plus ou moins.longue, même parfois de neuf années, à certains maîtres ès arts, pour
« faire faire exercice d’ars et grammaire., en la maniéré de faire des aultres
colleiges de Paris; et aussy de envoier les escholliers dudict colleige de Calvy en la chappelle dudict colleige de Sorbonne és festessollempnelles, en la maniéré
accoustumée;. » (’). Il fut achevé en 1271. Sa principale entrée était
rue des Poirées ( 2 ) ; il avait également une issue « rue ou cloître Sorbonne » ( 3 ). C’est sur son emplacement que « l’église Sorbonne», jadis simple chapelle, a été construite.
1617.—Mise en apprentissage, pour deux ans, par Jean Fouquereau, drapier drapant, à Chausson, paroisse de Lyurnes ( ?), de son pupille, Simon Fouquereau, âgé de dix-sept ans, fils de Nicolas Fouquereau, laboureur à Chausson (?), chez Robert Ferrant, apothicaire et épicier, grand’rue Moufïetard ( 4 ), qui lui four-
( [ ) Ernest Coyecque. — Loc. cit., pages i3g-i4o, numéro 667.
( 2 ) La rue des Poirées n’existe plus; son sol fait partie des terrains sur lesquels la nouvelle Sorbonne a été construite et correspond à la galerie de la Faculté des' Sciences, (E. Coyecque. — Loc.- cit.). Elle commençait autrefois à la rue Saint- Jacques et finissait, par un retour d’équerre, à la ruë des Cordiers, laquelle a disparu également, non loin de l’Hôtel de Cluny, dans le cinquième arrondissement actuel de Paris. En 1236, on la nommait ruë Thomas d’Argenteuil; en 1254, ruë Guillaume d’Argenteuil; en 1264, ruë aux Poirées ;e nfin, en dernier lieu, ruë des Poirées. F. et L. Lazare nous apprennent, d’autre part, que de 1264 à 1271, on la trouve désignée ainsi : Vicus ad Poretas et Vicus Poretarum. J’ajoute que la partie de la rue, qui débouchait dans la rue des Cordiers, prit, à un moment donné, le nom de ruë Neufve des Poirées, nom qu’elle a conservé jusque dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, époque de sa disparition.
( 3 ) On disait alors ruë ou cloistre Sorbonne, place Sorbonne; on dit aujourd’hui rue de la Sorbonne, place de la Sorbonne, du nom du fondateur du colleige ainsi dénommé, Robert -d-it de Sorbon (village près de Rethel, dans les Ardennes, où il est né). Le colleige de Sorbon fut fondé, comme on lé sait, au mois de février Ï25o, dans les Conditions suivantes rapportées dans la vie de Louis IX : « Le Benoist roy fist acheter mesons qui sont en deulx rués assises à Paris devant le palés des Thermes, esquelles il fist faire mèsons bonnes et grant, pour ce que escholliers, estudians à Paris demourassent là à toujours. » La ruë Sorbonne s’appelait, avant cette fondation, ruë des Portés, puis ruë des Deux Portes; elle était alors déjà presque entièrement bâtie, Un peu plus tard, c’est-à-dire en i3oo, Guillot la nomme ruë aux Hoirs de Sabonnes. En 1792, le Conseil générai, dans la séance du jeudi soir 18 octobre, lui donna le nom de rue de Catinat, sur la demande du procureur delà Commune de Paris; mais en 1802 elle reprit son ancien nom de rue Sorbonne. La rue actuelle de la Sorbonne (V" arrondissement) commence à la rue du Sommerard et finit à la place de la: Sorbonne.
‘ («) La « Grant ruë Mouffetard », aujourd’hui simplement rue Mouffetard, dans le cinquième arrondissement de Paris, se trouvait autrefois dans le bourg ou mieux « le faulx bourg » Saint-Marcel, c’est-à-dire hors Paris. Elle n’était, au treizième siècle, qu’un chemin traversant des terrains désignés, à l’époque, sous, les noms de Mons Cetarius et de Mons C'etardus ou Mont Cetard, d’où, par altération, ceux de Mont Fêtard, puis Moufetard, par un seul /, et Mouffetard , par deux/, comme elle est actuellement' dénommée et orthographiée. Au dix-septième siècle, elle s’est appelée aussi, pendant quelque temps, rue Saint-Marcel, rue Saint-Marceau, Grand’rue Saint-Marcel et Vieille-rue-Saint-Marcel. Enfin, au dix-huitième'siècle, la partie
nira le gîte et le couvert et recevra seize, livres tournois. — 14 octobre i54o (fol. VIF* * IX vQ).
Ces deux contrats sont extraits du Registre de Catherin Fardeau, dont « touttes les minuttes y contenues ont esté faictes et dressées par m e François de la Sarrie, clerc dudict defïunct Fardeau » pendant la période comprise entre le 3o mars i54o et le 27 septembre 1542.
1779. — Mise en apprentissage, pour quatre ans, par Étienne Santeny, procureur et praticien, à Châtres-sous-Montlhéry (’), de son fils, Guillaume Santeny, chez Nicolas Palori ( 2 ), apothicaire et épicier, bourgeois de Paris, qui lui fournira le gîte et le couvert et recevra douze écus d’or soleil. — 17 août i54i (fol. m vo).
La pièce figure sur le «.Registre des çontraictz receuz, par feu m e Yves Bourgeoys, luy vivant notaire ou Chastellet de Paris, és années mil cinq cens quarente ung et quarante deux ».
2813. — Mise en apprentissage, pour quatre ans, par Étienne Lanusse,
procureur en Parlement, de son neveu, Jean du Fer, âgé de.( 3 ), chez
Etienne Lévêque ( 4 ), apothicaire, épicier et bourgeois de Paris, place Maubert, qui lui fournira le gîte et le couvert et recevra vingt écus d’or soleil. — 4 décembre i543 (fol. IIP LXXV v°).
Cet Étienne Lanusse serait-il parent du Jean Lanusse, d’abord cbmpagnonbarbier, puis barbier-chirurgien parisien, qui demeurait le 14 avril 1545 rue des Carmes ( 5 ) et un mois plus tard, c’est-à-dire le 20 mai de la même année i545,
comprise entre la rue Croulebarbe et la barrière prit le nom de rué Gautier Renaud , du nom d’un propriétaire qui y demeurait. La rue Mouffetard actuelle s’étend de la rue Thouin à la rue Censier.
(') Chdtres-sous-Montlhéry, aujourd’hui Arpajou, chef-lieu de canton de l'arronrondissement de Corbeil (Seine-et-Oise).
(-) Nicolas Palori, Palory, Pallory ou Paloris, marié à Madeleine de Curly ou de Quéurly, sœur de Pierre de Queurly, marchand, hôtelier, bourgeois de Paris, archer de la Ville, était, lui-même aussi, archer de la Yüle et demeurait, comme Pierre de Queurly, grand’rue Saint Jacques, maison du Heaume.
( 3 ) Le nombre des années de Jean du Fer, resté en blanc sur la pièce originale, est représenté par plusieurs points.
(') Lévêque ou Lévesque (avec un s), comme il est écrit plus loin dans les deux contrats.portant les numéros 3238 et 3239.
(*) f ‘ a rue d es Carmes existe encore actuellement et fait partie du cinquième arrondissement de Paris. Elle commence au boulevard Saint-Germain et finit à la rue de l’École Polytechnique. Ouverte sur le clos Bruneau au milieu du treizième siècle, elle en prit tout d’abord le nom et s’appela rué du Cloz Bruneau. Soixante-dix ans plus tard on la trouve dénommée, dans des Lettres patentes de' Philippe V dit le Long, puis, ultérieurement, dans le Censier de l’Archevêché de Paris, rue saincl Hilaire, parce que, dit J. De La Tynna, ( loc. cit.), elle conduisait à l’église de ce nom. Enfin, elle s’appela rué des Carmes à la sui.le de I établissement, dans cette voie, au quatorzième siècle, de la demeure de ces religieux. C’est dans la rue des Carmes que se trouvaient le colleige de Prestes ou de Soissons, fondé en 1314 par Raoul de Presles, secrétaire du roi Philippe IV dit le Bel, ainsi que le colleige des Lombards, fondé en 1334 par le cardinal André Chiot, florentin. La rue du Regard, située dans le sixième arrondissement de Paris, entre
au Mont-Saint-Hilaire ('), lorsqu’il fut admis à exercer « le mestier de barbier et cirurgien » ( 2 ), en vertu d’une convention qu’il me paraît intéressant de reproduire ici. Je ne peux que poser la question, les documents nécessaires pour la résoudre me faisant défaut.
Voici le texte de ladite convention passée devant m e Catherin Fardeau « notaire ou Chastellet de Paris » le 9.0 mai 1545, telle qu’elle est publiée par M. E. Coyecque [loc cit., page 636) :
3488. — Convention entre Régnault du Chcmyn, barbier-chirurgien, demeurant au petit collège Saint-Michel, devant les Cholets ( s ), et Jean Lanusse,
compagnon-barbier, demeurant au mont Saint-Hilaire : «.ledict Lanusse
.promect demener, faire et exercer soubz le nom dudict du Ghemyn et
non d’aultre, le faict et estât dudict mestier de barbier et cirurgien, du jour sainct Jehan Baptiste prochainement venant jusques à sept ans et tenir bouticle ou lieu auquel ledict Lanusse sera résidant, et en prandra (sic) ledict
Lanusse tous et chascuns les fruictz., aussy il sera tenu de payer et
fournir à touttes choses qu’il conviendra., à la charge que ledict Lanusse
a promis audict du Chemyn de le loger en une chambre honneste, comme à son estât aparlient, de dans la meson où ledict Lanusse est et sera demourant,
ladicte chambre non guernye, et encores., payer àudict du Chemyn,
par chascune sepmaine, au jour de dimenche, douze sols tournois, à commanc'er le premier payement le 'premier dimenche que ledict Lanusse
comman'cera à joyr de ladicte bouticle., et où ledict Lanusse seroit
aucunement empesché en ladicte joyssance,-ledict du Chemyn en sera tenu prandre la garantie pour luy et de ce en acquicter lédict Lahusse envers et contre tous; aussy où ledict du Chemyn seroit tenu d’aulcuns emprunctz * (*)
la rue du Cherche-Midi et la rue de Rennes, a porté aussi, pendant quelque temps, le nom de rue des Carmes , en raison de son voisinage avec le couvent des Carmes-DéchausSés, couvent dans l’enclos duquel elle fut percée en 1680.
(>) Le Mont-Saint-Hilaire, région du cinquième arrondissement de Paris, qui comprend notamment les rues de Lanneau, Chartière, Fromentel., etc., fait partie de ce qu’on appelle la Montagne-Sainte-Geneviève avec laquelle certains auteurs là . confondent parfois, prenant la partie pour le tout. (Émile Rivière. — Un nouveau menhir parisien. Paris, igi3.)
( 2 ) Émile Rivière. — Curiosités sur l’Histoire de la Médecine; Médecins et Barbiers-chirurgiens, page 6. Paris, 1906 ( Association française pour l’Avancement des Sciences, Congrès de Lyon).
(*) Les Cholets c’est-à-dire le colleige des Cholets. Ce collège était silué à l’entrée de la rué des Cholets, laquelle commençait à la rue de Reims et finissait à la rue sainct Estienne des Grés, dans le quartier Saint-Jacques, soit dans le cinquième arrondissement du Paris actuel. Toutes ces rues ont aujourd’hui disparu. La fondation du colleige des Cholets, créé en faveur des étudiants des diocèses de Beauvais et d’Amiens, est due à Jean Cholet, cardinal et légat du pape en France, mort en 12.91. Il fut réuni à l’Université, en exécution de.lettres patentes du 'f'ù'o^ vembre 1763, et ses bâtiments devinrent propriété nationale en 1792. Enfin, par décret de Louis XVIII, daté du 26 juin 1821, les susdits bâtiments furent « concédés gratuitement â la Ville de Paris, à la charge par celle-ci d’en effectuer la démolition et d’en réunir le terrain au collège royal de Louis'-le-Grand, sauf le retranchement nécessaire pour l’élargissement des rues des Cholets et Saint-Étienne-des-Grés ». Cette dernière commençait à la place du Panthéon et finissait à la rue SainL-Jacques,
ou guect, au moyen de la dicte bouticle, en ce cas ledict Lanusse en sera tenu de l’en acquiçter et garantir et sans ce que ledict du Chemyn y puisse prétendre aulcun âultre proufïit, ne pareillement que ledict Lanusse luy peult demander aulcun loyer de ladicte chambre.— 20 mai i545 (fol. XXX).
2870. — Mise en apprentissage, pour trois ans, par Jean Le Sourd ( 1 ), hôtelier,
Fig. 4- — L’examen des urines. (Gravure du xvi" siècle, Collection Georges Hartmann.)
bourgeois de Paris, place Maubert, et Pierre Simon, étudiant en la Faculté de Médecine, en l’Université de Paris, de Claude Simon, âgé de seize'ans, frère dudit
( l ) Nous retrouvons un Jean Le Sourd, en i545, comme un des trois commissaires «ordonnez par justice» pour le nettoiement du quarlier de la place Maubert, depuis la porte Bordelle jusqu’au carrefour Saint-Séverin (Ernest Coyeoque. — Loc. cit., page 6n, n° 3342), c’est-à-dire jusqu’à la place formée à la jonction des rues Saint-Séverin, Saint-Jacques, du Petit-Pont et Galande.
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Pierre Simon, chez Pierre Cuth ('), épicier et apothicaire, bourgeois de Paris, qui lui fournira le gîte et le couvert et recevra douze écus d’or soleil. — 5 février :544 (fol. IIIF LXXV v°).
Ce Pierre Simon, étudiant en médecine, ne saurait être confondu avec son homonyme de nom et de prénom, établi neuf ans plus tard (en 1553 ) apothicaire et épicier parisien par son père Laurent Simon, marchand apothicaire également, bourgeois de Paris, demeurant au Marché Palu, en la Cité, dont j’ai donné, au commencement de cette Notice, l’inventaire de sa <« bouticque ».
Les deux contrats ci-dessus, 2813 et 2870, figurent sur le « Registre de Catherin Fardeau » pour l’année allant du 27 mars i543 au 9 avril 1544-;
3024. — Mise en apprentissage, pour quatre ans, par Thomas de la Porte ( 2 ), compagnon-apothicaire et épicier, grand’rue Saint-Denis ( 3 ), en la maison de Guillaume Robineau, de Simon Le Vasseur, écolier en l’Université de Paris, âgé de dix-sept ans, chez Gilles Rousselet, apothicaire et épicier, bourgeois de Paris, devant l’Hôtel-Dieu, qui lui fournira le gîte et le Couvert et recevra vingt-deux écus d’or soleil. Marcial Gérard dit aussi, dans une procuration portant le numéro 3018 dans le Recueil de M. Ernest Goyecque, Martial Girard, maître
(') Pierre Cuth ou Iiuthe, né en i5ig, mort en i588, est l’apothicaire dont le remarquable portraiL, peint, en i562, par François Clouet, a été donné, en 1908, au Musée du Louvre par la Société des Amis du Louvre. M. le D' Dorveaux, bibliothécaire en chef de l’École supérieure de Pharmacie de Paris, a publié une étude remarquable sur Pierre Cuth.
(») Thomas de la Porte, dans un autre contrat de mise en apprentissage, contrat antérieur de seize mois à celui-ci, — il est daté du 27 novembre 154a et concerne un de ses neveux, Vincent Wateile — est porté comme habitant grand’rue Saint-Denis, dans la maison ayant pour enseigne à la Croix Blanche. (Ernest Covecque. — Loc. cit., page 366, numéro 1922).
( 3 ) La Grant rue sainct Denys, aujourd’hui rue Saint-Denis, fut jadis un simple chemin conduisant au village de Saint-Denis, village appelé antérieurement Catalocum et devenu la ville" sous-préfecture du département de la Seine. A l’époque qui nous occupe, c’est-à-dire au seizième siècle, la rue Saint-Denis était presque entièrement bordée de maisons sur la moitié de sa longueur actuelle, laquelle s’étend maintenant du Pont-au-Change ou mieux dé la place du Châtelet au boulevard Saint-Denis à droiLe, au boulevard Bonne-Nouvelle à gauche. La première partie de la rue, soit celle qui s’étendait de la Seine à la rue de la Ferronnerie, se nommait, en 1284, la Sellerie de Paris et, en 1298, la Sellerie de la Grant Rue, puis la Grant rue des sainets Innocens. Au quatorzième siècle, c’était, dans toute son étendue, la Grant Chaussée de Monsieur sainct Denys, puis la Grant rué sainct Denys, enfin, en dernier lieu, simplement la rue Saint-Denis. J’ajoute que, « à l’angle méridional formé par la rue Saint-Denis et la rue des Lombards, se trouvait non pas l’entrée principale, laquelle était rue Saint-Denis même, mais l’entrée des provisions de Vospital saincte Catherine, établissement dont on ignore l’époque exacte de la fondation, mais dont il est fait mention, pour la première fois, en 1188, dans une lettre de Maurice de Sully, évêque de Paris, et qui fut supprimé au commencement de la Révolution. » (Voir L. Brièlf.. - L’hôpital de Sainte- Catherine en la rue Saint-Denis. Paris, 1890.) Hospital saincte Catherine s’appelait primitivement Vospital des paouvres de saincte Opportune. Cette première partie de la rue Saint-Denis ainsi que la rue des Lombards ont"été, pendant longtemps et jusqu’à il y a une soixantaine d’années, occupée par nombre d’apothicaires et surtout par des herboristes. Elle appartient aujourd’hui au premier arrondissement de Paris.
pâtissier et oublier (*), bourgeois de Paris, grand’rue Saint-Jacques, maison à Renseigne de Vestoile, se porte caution pour Thomas de la Porte. — 12 mars 1544 (fol. 439 v°).
Par un deuxième acte en date du même jour et portant, sur le même Registre d’Yves Bourgeoys, le numéro 3028, Crépin Le Vasseur, maître ès arts, demeurant au collège de Dormans dit de Beauvais ( 2 ), et cousin de Simon Le Vasseur, l'apprenti susdit, déclarait que le compagnon apothicaire, Thomas de la Porte, n’avait pris les engagements stipulés au contrat précédent, pour l’apprentissage de Simon Le Vasseur que pour être agréable à son cousin Crépin Le Vasseur et que, en conséquence, ce dernier s’engageait à remplir lui-même les obligations dudit contrat. •— 12 mars i544 (fol. 44o).
Les deux pièces 3024 et 3028 proviennent du « Registre des contraictz receuz par feu m e Yves Bourgeoys, luy vivant, notaire ou Chastellet de Paris, és années mil cinq cens quarente troys et quarante quatre », ou mieux du 28 mars i543 au 2 avril i545 ( 3 ).
Dans les deux documents qui suivent; lesquels sont extraits aussi du Recueil d'actes notariés de M. Ernest Coyecque, page 5g3, il s’agit d’un étranger, d’un Écossais, placé par un de ses parents, professeur au collège de Calvi, chez un apothicaire parisien pour y apprendre « Vappothicàirerie » ou pharmacie.
3238. — Mise en apprentissage, pour quatre ans, par Guillaume Bog, maître ès arts, régent au collège de Calvi, et Jean Marc, grand bedeau de la nation d’Allemagne (*) en l’Université de Paris, de Jean Bog, originaire de Lisle Boug ( 5 ), pays d’Écosse, diocèse de Saint-Àndrews, âgé de dix-huit ans, chez Étienne Lévesque ( 6 ), apothicaire et épicier, bourgeois de Paris, place Maubert, qui lui fournira le gîte et le couvert et recevra vingt-cinq écus d’or soleil. — 23 juillet i544 (fol. IIII” XVI).
. 3239. — Guillaume Bog dégage Jean Marc de toute obligation à l’occasion du contrat précédent. De son côté, Étienne Lévesque fait remise à l’apprenti Jean Bog du dernier semestre de son apprentissage. — 23 juillet i544 (fol. IUP» XVI v°).
(>) Oublier , fabricant d’une pâtisserie roulée en forme de cornet dite oublie ou plaisir.
( ! ) Le colleige de Dormans ou des Dormans , dit aussi « colleige de Beauvoys », était situé rue sainct Jehan de Beauvoys, laquelle n’était autre que la rue du Cloud ou du Cloz Brunei (Clos Bruneau), aujourd’hui la rue Jean-de-Beauvais qui va du boulevard Saint-Germain à la rue Lanneau (cinquième arrondissement du Paris actuel). « Le collège de Dormans-Beauvais fut fondé en 1370 par Jean de Dormans, évêque de Beauvais et chancelier, pour douze boursiers nés dans la paroisse de Dormans ou Dourmans en Champagne ou, à leur défaut, dans le diocèse
de Soissons. Il fut entièrement reconstruit sous le règne de François I" et
réuni, en iâgç, au collège de Presles {voir plus haut, p. 2g). Mais cent ans plus tard, en 1679, il en fut séparé et prit le nom de colleige de Dormans-Beauvoys. Il a été réuni ultérieurement au collège Louis-le-Grand ».
( 3 ) Ernest Coyecque. — Loc. cit., page 555,
( 4 ) La nation d'Allemagne ou d’Almaigne se trouvait proche du Clos Bruneau, dans le cinquième arrondissement de Paris.
( 5 ) Lisle Boug ou Édimbourg, capitale de l’Écosse.
( 6 ) Étienne Lévesque n’est autre que Étienne Lévêque dont nous avons déjà parlé plus haut dans un précédent contrat de mise en apprentissage.
Ces deux derniers documents sont extraits du « Registre de Katherin deau pour l’année mil cinq cens quarente quatre; et est assavoir que oudict registre y a plusieurs contractz qui ne sont en ordre selon leurs dactes, néantmoins sont les dictes dactes d’iceulx bonnes et véritables ».
. • Nous avons retrouvé, dans l’ Inventaire des Registres des Insinuations du Châtelet de Paris de MM. Émile Campardon et Alexandre Tuetey, ce nom d ’ Étienne Lévesque, cité quatorze ans plus tard, c’est-à-dire en i55g, comme exerçant toujours l’estât d’apothicaire, dans sa même demeure de la place Maubert avec, en plus, l’enseigne des Deux Anges qui « souloyt y pendre ».
Il s’agit des deux actes de donation ci-dessous (5187 et 5302), qui nous font connaître, en outre, le nom d’un médecin de l’Orléanais, François Cocheu (de Briare), dont la sœur, Catherine Cocheu, avait épousé le susdit Etienne Lévesque. Or, ce Cocheu appelé aussi Cochu, devait être certainement parent de son homonyme des deux noms, apothicaire et épicier, bourgeois de Paris, mort en i5a8, dont nous avons reproduit, au début de cette Notice, l’inventaire, apres décès, des drogues de son officine, d’après le Recueil d’actes notariés relatifs à l Histoire de Paris et de ses environs au XVI e siècle de M. Ernest Coyecque.
5187. — Étienne Lévesque, marchand apothicaire, épicier, bourgeois de Paris, demeurant place Maubert, en la maison des Deux-Anges, et Catherine Cochu f 1 ), sa femme : donation mutuelle, (fol. 123).
La pièce est datée du 22 mars i55g.
5302.__ François Cocheu, médecin, demeurant à Briare) 2 ) : donation à
Étienne Lévesque, marchand apothicaire, bourgeois de Paris, son beau-frère, de ses droits sur la succession de Catherine Cocheu, sa sœur, femme dudit Étienne Lévesque (fol. 242).
Cet acte porte la date du 28 juillet i55g.
Nous ne terminerons pas ici le chapitre des mises en apprentissage sans reproduire, en raison de sa bizarrerie, la clause suivante d’un de ces contrats passés à Paris en i54o, lequel porte le numéro 1602.
1602 — Mise en apprentissage, pour deux ans, par Pierre Piquelin, praticien en cour laye, rue des Jardins ( 3 ), de son beau-fils, Pierre Lamoureux, fils de feu Guillaume Lamoureux et' de Catherine Bouchet, sa femme, âgé de quatorze ans, chez Pierre Thérouanne ou de Thérouanne, demeurant rue de Copeaux, hors la porte Saint-Victor, à Saint-Marcel, qui lui fournira le gîte et le couvert,
(M Catherine Cochu, François Cocheu et Geoffroy Cocheu sont, dans les mêmes Registres, Minutiers ou Insinuations, appelés indifféremment Cocheu et Cochu, tous trois étant membres de la même famille.
r-) Briare, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gien (Loiret).
(M Bue des Jardins ou rue des Jardins sainct Paul, comme elle fut appelée aussi à une certaine époque, en raison du voisinage de l’Hôte] et de l'Eglise Saint- Paul. Actuellement, la rue des Jardins, sise dans le quatrième arrondissement de Paris, commence au quai des Célestins et finit à la rue Charlemagne. Elle doit son nom à des jardins qui aboutissaient au mur d’enceinte de Philippe-Auguste, jardins à travers lesquels elle fut ouverte. On la trouve mentionnée, sous ce nom, dans des contrats de vente de -.277 et de 1298. Rabelais, après y avoir demeure quelque temps, y mourut le 9 avril i553;.
recevra deux écus'd’or soleil, remboursables en cas de prédécès de Pierre Thérouanne, et autorisera l’apprenti à « povoir aller aux jours de festes ou dimenches, en ung moys, une heure seullemant en Vostel dudict Piquelin, pour prandre linge blanc et soy nectoyer... »
Le contrat porte la date du n septembre 1.540 et est extrait du « Registre de Catherin Fardeau », s’étendant du 3o mars i54o au 27 septembre i54a, dont « touttes les minuttes ont esté faictes et dressées par m e François de la Sarrie, clerc dudict defïunct Fardeau », (fol. VII” v° (M-