‹ Les apotres: Essai d'histoire religieuse d'après la méthode des sciencesChapitre 105 sur 113 · Concile de Braguë en 575. — Canon 5°. Quan · texte numérisé non relu

Concile de Braguë en 575. — Canon 5°. Quan

quam antiqua canonum institutio de hujusmodi

praesumptione absolutas et multipliées disciplinas

atque institutiones ediderit, nos tamen, bievitatis

causa, omnem fornicandi occasionem cupientes

auferre, id omnimoda sancimus auctoritate tenen-

dum, ut nuUus sacerdotum, sive quisquis, ille de

clero, absque honesto et competenti testimonio,

excepta sola matre, cum quibuslibet feminis secrète

se prsesumat adjungere; non solum cum extraneis

mulieribus, sed nec cum ipsis etiam sororibus, vel

propinquis ; ne licentia sororum vel propinquarum

mulierum, quisquis ille solutus {ou solus) familiarioi^

habeatur ad perpetrandum scelus. Hujus ergo prae-

ceptionis transgressor sex mensibus se noverit pœ-

nitentise legibus subjacere.

10. Concile de Rome en 826. — Canon 7®. NuUi liceat uno tempore duas habere uxores, uxoremve et concubinam, quia eu in domui non sit lucrum, animœ sit detrimentum. Nam sicut Christus castam observât ecclesiam, ita vir castum débet custodire conjugium.

il. Concile de Mayence en 847. — Canon 47®. Monemus regiam pietatem de oppressione pauperum liberorum, ut non a potentioribus per aliquod malum* ingenium contra justitiam opprimantur, vel cogantur ut res suas vendant, sive tradant, ne forte parentes eorum contra justitiam fiant exhaeredati, et regale obsequium minuatur, et ipsi propter indigentiam mendici vel latrones seu malefactores efficiantur, et ut saepius non fiant manniti (id est, viri-

lim vocati) ad placita, nisi sicut in dominico capitulari olim facto prœcipitur.

Canon 18*. Propter provisiones pauperum, quorum curam habere debemus, placuit nobis, ut nec episcopi nec abbates, nec comités, nec vicarii, nec judices, nuUusque omnino sub mala occasions vel malo ingenio, res pauperum vel minus potentium emere aut toUere audeat : sed quisquis ex eis aliquid comparare voluerit, in publico placito coram idoneis testibus, et cum ratione hoc faciat : ubicumque autem aliter inventum fuerit factum, hoc omnino emendari per regiam convenit jussionem.

12. Concile de Maybnce en 888. — Camm 10*. Ut clericis interdicatur mulieres in domo sua habere omnimodis decemimus. Quamvis enim sacri canones quasdam personas feminarum simul cum clericis in una domo habitare permittant : tamen, quod multum dolendum est, ssepe audivimus per illam concessionem plurima scelera esse commissa, ita ut quidam sacerdotum cum propriis sororibus concumbentes, fîlios ex eis générassent. Et idcirco constituât haec sancta synodus, ut nuUus presbyter uUam feminam secum in domo propria permittat, quatenus occasio malse suspicionis vel facti iniqui penitus auferatur.

13. Concile de Metz en 888. — Canon 5*. Sacerdotes, qui vice Mosis iram Domini super populum saevientem precibus suis debent mitigare, attendentes etiam ne illud fiât quod scriptum est : « Maxima ruina populi in culpa sacerdotum fuit », nequaquam in sua domo secum aliquam feminam habeant, nec matrem nec sororem : sed auferentes omnem occasionem Satanae, angelicam vitam ducant, et Domino

Deo casto corpore et mundo corde finetenus serviant. Nam licet hoc sacris litteris crebrius inhibitum esse videatur : tamen quia hoc nefas in quibusdam oriri videbatur, idcirco communi décrète statutum est, et hoc interdictum a sancta synodo nimium laudatum est.

14. Concile de Trosley en 909. — Canon 9®. Sane quoniam hsec pestis non tantum populares quoslibet sive superioris sive inferioris ordinis occupât homines, verum, quod non sine nostro pudore et cum maximo fatemur dolore, ecclesiasticas commaculat dignitates : in tantum ut ipsi quoque sacerdotes, qui ab aliis debuerant hujus putredinem morbi resecare, computrescant in stercore luxuriœ : nec sua solum ignominiosa contenti perditione, bonorum etiam sacerdotum viiam sua laedant infami opinione, dum a ssBCularibus dicitur : Taies sunt sacerdotes Ëcclesise.

15. Concile de Pavie en 1020. — Canon 3'. Filii et filise omnium clericorum omniumque graduum de familia ecclesise, ex quacumque libéra muiiere, quocumque modo sibi conjuncta fuerit, geniti, cum omnibus bonis per cujuscumque manus adquisitis, servi proprii suae erunt ecclesiae, nec unquam ab ecclesise servitute exibunt.

16. Concile de Rome en 1051. — Il n'y a pas de canon : ce qui suit est extrait d'une lettre de Pierre Damien à Cunibert, évêque de Turin. « In plenaria plane synodo sanctae mémorise Léo papa constituit ut qusecumque damnabiles feminae intra Romana mœnia reperirentur presbyteris prostitutœ, extunc et deinceps Lateranensi palatio adjudicarentur ancillsB. Quod videlicet salul^are statutum sequitati^

AlO LES APÔTBES.

jusiitiœque plenissimum, nos etiam per omnes ecclesias propagandum esse decernimus : quatenus prscepto prias Apostolicae Sedis edicto, unusquisque episcopus ecclesiae vendilet famulas, quas in sua parocbia deprehenderit sacrilega presbyteris admixlione prostratas : sequitatis scilicet jure, ut quas sacris altaribus rapuisse servorum Dei convincuntur obsequium, ipsae hoc saltem episcopo per diminuti capitis sui suppléant famulatum. »

Pénitence publique et Bénéfices.

§ 1. Pénitence publique. — Dictionnaire des Concile<. Concile d'Agde, en 506. — On imposait communément la pénitence publique au commencement du Carême; et, le jeudi saint, on donnait l'absolution à ceux qu*on en croyait dignes. Voici quelles étaient les cérémonies qui s'observaient encore au ix** siècle pour l'imposition de la pénitence publique : « Le premier jour de Carême, tous ceux qui ont reçu ou qui doivent recevoir la pénitence se présentent à révêque, à la porte de l'église, nu-pieds, couverts de sacs, et le visage prosterné contre terre. L'évêque, accompagné des doyens, des archiprêtres des paroisses, et des témoins, c'est-à-dire des prêtres, des pénitents, qui doivent les examiner avec soin, leur impose une pénitence proportionnée à leurs péchés; après quoi, il les introduit dans l'église; et,

prosterné en terre avec son clergé, il récite pour eux les $ept psaumes de la pénitence. Ensuite, selon les Canons, il leur impose les mains, leur jette de VeAu bénite, leur met des cendres sur la tête, et la leur enveloppe d'un cilice. Enfin, il leur déclare que, comme Adam a été chassé du paradis, il faut qu'ils soient chassés de FÉglise, et donne ordre à ses ministres de les chasser. Le clergé les met hors de réglise en chantant : Vous mangerez votre pain à la sueur de votre front. » Les cendres qu'on reçoit maintenant le premier jour de Carême, au lieu [de cilice, et l'absoute qu'on fait le jeudi saint, sont des vestiges de cette observance.

Abbé GuYOT, t. I, p. 22. On distinguait quatre ordres de pénitents :

1** Les Pleurants. Revêtus d'un cilice, la tête couverte de cendres, la barbe et les cheveux en désordre, ils se jetaient aux genoux des fidèles qui entraient dans réglise aux heures de la prière, et les conjuraient d'intercéder pour eux ;

2*^ Les Auditeurs. Comme les catéchumènes, les Païens, les Juifs, les hérétiques et les schismatiques, ils étaient reçus sous le portique de l'église, jusqu'à l'Offertoire, pour entendre lire et commenter l'Écriture sainte ;

3° Les Prostcîmés. Ils priaient les genoux en terre ;

4** Les Consistants, Ainsi nommés, parce que dans la célébration des saints mystères auxquels il leur était permis d'assister, ils priaient debout, même le dimanche, comme le reste des fidèles, mais sans offrir ni pain ni vin, par conséquent sans recevoir l'eucharistie.

Les homicides, les adultères, les parjures parcours.

raient ces quatre degrés ; dans les cas moins graves, on assignait ou le premier ou Tun des intermédiaires, suivant les divers canons des Églises particulières.

Le temps à passer dans chaque degré pouvait être abrégé par révoque, qui tenait compte de la vie antérieure à la faute et de la vivacité delà componction.

Les épreuves publiques étaient accompagnées, dans rintérieur de la maison, d*abstinences, de jeûnes, de prières, de veilles coupées par un court sommeil pris sur la dure. Toutes les jouissances de la vie, tous les plaisirs de la société, l'initiative dans Tusage du mariage, étaient interdits.

Le temps de Texpiation expiré, ordinairement le jeudi saint, on procédait solennellement par la prière et. l'imposition des mains à la réhabilitation complète du pécheur, désignée par le nom de communion, Ge mot, qui signifie souvent Tunion que les Églises entretiennent les unes avec les autres, s'entend, dans les Canons pénitentiaux, de la participation aux prières des fidèles, de l'absolution sacramentelle, de la réconciliation extérieure avec l'Église ou rentrée dans la société chrétienne.

Les pénitents publics portaient un habit différent de l'habit séculier; en outre, on leur coupait les cheveux.

La pénitence emportait la privation du devoir conjugal. Celui des deux conjoints qui avait été mis en pénitence ne pouvait se remarier^ s'il survivait à l'autre.

§ II. — Bénéfices ecclésiastiques. — C'étaient des terres ou des revenus donnés à charge de s'acquitter

d*une certaine fonction ecclésiastique. Dans les premiers siècles, rÉglise n'avait d*autres biens que les contributions volontaires des fidèles. Mais Constantin ayant donné aux évêques le droit de recevoir des legs, les biens de TÉglise devinrent considérables.

Gharlemagne ajouta aux riches domaines de rÉglise la perception régulière de la dîme ou de la dixième partie des récoltes, qui, jusqu'à ce prince, n'avait été qu'un don volontaire.

Pendant les premiers siècles, Tévêque administrait en commun tous les biens de son église, sans attribution spéciale d'une partie des revenus à aucune charge ecclésiastique. Vers le xi* siècle, on distingua un certain nombre de charges ecclésiastiques, auxquelles on attacha un revenu spécial. On les appela bénéfices, et on les divisa en bénéfices séculiers et réguliers.

1** Les bénéfices séculiers furent l'évêché, les dignités capitulaires de prévôt, haut doyen, archidiacre, chancelier, chantre, écolâtre, trésorier, les canonicats, les cures, les vicairies perpétuelles, les prieurés, les chapelles;

2° Les bénéfices réguliers étaient les dignités claustrales, dont les titulaires s'appelaient abbé, prieur conventuel, chambrier, aumônier, hospitalier, sacristain, cellérier, etc.

L'évêque,élu par toute la Communauté religieuse, conférait seul dans le principe les charges ecclésiastiques. Mais, dans la suite, une partie des bénéfices fut à la collation des Chapitres, des patrons qui avaient fondé et doté les églises, et des rois qui les protégeaient.

iAA LES APÔTRES.

(Extrait de A. Ghéruel. Dictionnaire historique des Institutions de la France.)

Bxtndt des Mémoires de Iiuitprand, évèque

de Crémone.

Rapport fait à Vempe^^eur Othon par les évéques assemblés en ConcilCy année 962, sur la conduite du pape Jean XII : « Le pape tient une conduite tout opposée. Nous ne disons rien qui ne soit su et avoué de tout le monde. Nous en pouvons prendre à témoin la veuve de Rénier, son vassal, dont il est si amoureux qu'il lui a confié le gouvernement de plusieurs villes, et qu'il lui a donné des croix et des calices d'or de Téglise de saint Pierre du Vatican. Nous en prendrons encore à témoin Étiennette, une de ses maîtresses, qui mourut, ces jours passés, en accouchant, avant terme, d'un enfant qu'elle avait eu de lui. Mais, quand ces personnes-là demeureraient dans le silence, les pierres crieraient, et le palais de Latran qui était autrefois une retraite de personnes de vertu, et qui est devenu maintenant un lieu de débauche et de prostitution, élèverait sa voix pour lui reprocher ses amours, et pour condamner le commerce infâme qu'il entretient avec la sœur d'Étiennette, Étiennette, concubine d'Albéric son père. Nous prendrons encore à témoin l'absence des femmes de toutes les nations qui n'oseraient venir faire leurs prières au tombeau des Apôtres de peur

d'y recevoir un traitement pareil à celui qu'ont reçu des femmes mariées, des veuves et des filles, qui ont été les victimes de son impudicité. Enfin, vous trouverez quantité d'autres témoins contre lui dans la personne des femmes qui prennent de leur toilette un soin particulier et de celles qui sont le plus négligées. Car il est indifi*éremment passionné pour les unes et pour les autres. »

Dans la citation faite au pape par le Concile^ on lit : « Homicide, parjure, sacrilège, inceste commis avec des femmes, vos parentes, avec deux sœurs ; en jouant aux dés, vous avez invoqué Jupiter, Vénus et les autres démons. » [Tradiiction du président Cousin.)

Ballade de frère Lnbin.

Pour courir en poste à la ville, Vingt fois, cent fois, ne sais combien ; Pour faire quelque chose vile, Frère Lubin le fera bien.

Mais d'avoir honnête entretien Ou mener vie salutaire, C'est à faire à un bon chrétien :

Frère Lubin ne le peut faire.

Pour mettre, comme un homme habile, Le bien d'autrui avec le sien Et vous laisser sans croix ni pile, Frère Lubin le fera bien.

On a beau dire (je le tien) Et le presser de satisfaire, Jamais ne vous en rendra rien :

Frère Lubin ne le peut faire.

Pour débaucher par un doux style Quelque fille de bon maintien, Point ne faut de vieille subtile :

Frère Lubin le fera bien.

Il prêche en théologien ; Mais pour boire de belle eau claire, Faites-la boire à votre chien :

Frère Lubin ne le peut faire.

Pour faire plutôt mal que bien, Frère Lubin le fera bien ; Mais si c*est quelque bonne affaire, Frère Lubin ne le peut faire.

Clément Marot.

N. de Giémangis : De cormpto EcclesisB statu.

Chapitre VI. — 2. Recrutement du clergé, — Combien est grand le nombre des clercs qui attendent une place! Mais quelle est la valeur de ces gens qui accourent de toutes parts et offrent leurs services? Ce n*est pas de Técole ni des études libérales, mais de la charrue et des œuvres serviles qu'ils venaient pour obtenir Tadministration des paroisses et des autres bénéfices. Us ne comprenaient guère plus le latin que Tarabe; que dis-je? Us ne savent pas lire, ô honte ! ou ils savent à peine distinguer un alpha d'un hêtha. Mais, dira-lron, leurs mœurs faisaient peut-être contre-poids à leur ignorance? — Comme si les gens sans instruction n'étaient pas de mœurs grossières! Quiconque a grandi dans l'oisiveté, à l'écart de toute culture littéraire, songe exclusive-

ment aux impudicités, aux jeux, à la table, aux querelles, aux vains bavardages. Voilà pourquoi en tous lieux on voit tant de prêtres déshonnôtes, misérables, ignares, qui discréditent la religion et scandalisent par leurs honteuses manières.

3. Mépris dans lequel est tombé le clergé. — De là, chez tout le peuple, un profond mépris pour les prêtres, qu'on vilipende; de là pour tout Tordre ecclésiastique la perte de la considération, Tignominie, Topprobre et tant de sujets de rougir, s'ils savaient rougir : man le front bronzé de la plupart ne connaît plus la rougeur. Autrefois le sacerdoce était en grand honneur auprès des laïques; rien n'était plus vénérable que la prêtrise. Aujourd'hui rien n'est plus méprisable ni plus abject.

Chapitre XIV. — 1. Avidité des prélats, — Leur zèle et leurs convoitises sont pour l'argent; ce qu'ils cherchent avec ardeur, ce n'est pas le profit des âmes, c'est celui de leur bourse. L'amour de l'argent les enflamme; la piété consiste à gagner de l'argent; ils ne font rien sans calculer si leur acte les aidera à récolter de l'argent en quoi que ce soit; l'argent les jette dans les altercations, les luttes, les querelles et les procès ; ils supportent beaucoup plus philosophiquement la perte de dix mille âmes que celle de dix à douze sous.

Chapitre XVL — 3. Vie scandaleuse des prêtres. — Aujourd'hui, un homme inoccupé, ayant horreur du travail ou désirant riboter dans l'oisiveté, court-il au sacerdoce et l'acquiert- il ? Sur-le-champ il se joint aux autres prêtres, sectateurs de voluptés, qui, plus Épicuriens que Chrétiens, fréquentent assidûment les cabarets et consument tout leur temps à boire,

manger, diner, souper, ainsi qu'à jouer aux dés et à la paume. Plongés dans la crapule et Tivrognerie, ils se battent, ils crient, ils font du tapage, et de leurs lèvres souillées ils jurent le nom de Dieu et des saints. Quand le calme est enfin venu, ils passent des bras de leurs concubines à Tautel de Dieu.

Chapitre XXIIL — Mcsun des couvents de religieufes. — Par respect, je ne dirai pas grand'chose des couvents de femmes : lorsqu'on doit parler, moins d'assemblées de vierges vouées à Dieu, que de lieux infâmes, de roueries d'impudentes courtisanes, de lubricité et d'inceste, il ne convient pas de s'étendre longuement.

2. Que sont, en effet, aujourd'hui, les couvents de jeunes filles? Hélas ! ce ne sont point des sanctuaires de Dieu, mais d'exécrables lupanars de Vénus; ce sont des bouges où les jeunes débauchés viennent assouvir leurs impudiques passions. Aussi, aujourd'hui, faire prendre le voile à une jeune fille est-il la même chose que la vouer à la prostitution.

Petite notice historique sur TAiigélas.

L'Angélus a été institué par le pape Jean XXII, vers l'an 1317. La prière, consistant dans la Salutation angélique répétée trois fois, se récitait au moment du couvre-feu, vers les sept heures du soir: les cloches sonnaient alors à l'église.

Le Concile de Paris, en 1347, Canon 13*, en prescrit l'observance inviolable.

Le Concile de Cologne, en 1423, Canon 10', recommande trois coups de cloche à midi, chaque vendredi.

Le pape Calixte III, en 1455, d'après les Annales ecclésiastiques^ t, XXX, p. 326, aurait institué TAngélus de midi : c'est inexact; il a étendu à tous les jours de la semaine ce qui avait lieu déjà le vendredi, comme on le voit parle Concile de Cologne en 14â3.

Le pape Alexandre YI, mû par son zèle pour la très sainte Vierge, s'efforça de consolider cette coutume.

En France, après l'année 1461, le roi 'Louis XI, autre adorateur enflammé de la sainte Vierge, surtout lorsqu'il se préparait à commettre un assassinat, avait établi l'Angélus trois fois par jour, le matin, à midi et le soif.

Le hanqaet des cinquante courtisanes et la scène des étalons.

I. Le banquet des cinquante courtisanes, — Traduit littéralement du Journal de Burchard (édition de Leibnitz, p. 77). « Le dernier dimanche du mois d'octobre, au soir, le duc de Valentinois, dans son appartement du palais apostolique , soupa avec cinquante de ces prostituées de haut étage qu'on appelle

courtisanes. Celles-ci, à la fin du repas, se mirent à danser avec les serviteurs et d*autres assistants, d'abord habillées, puis toutes nues. Le banquet terminé, on disposa par terre les candélabres de la table avec des chandelles allumées, et par devant furent jetées des châtaignes. Les prostituées nues et à quatre pattes (super tnanibus etpedibm) les ramassaient en passant le long des candélabres , sous les yeux du pape, du duc et de Lucrèce, sa sœur, qui étaient présents et regardaient. En dernier lieu, des prix consistant en manteaux de soie, en paires de chaussures , en bérets et autres choses , furent offerts à ceux qui connaîtraient charnellement le plus de ces courtisanes. Ce fut dans la cour du palais que les prostituées furent, en public, traitées charnellement (camaliter tractaiœ sunt). Le pape, le duc et Lucrèce, juges du concours, distribuèrent les prix aux vainqueurs. »

II. Scène des étalons, — Traduit littéralement de Burchard (édition deLeibnitz, p. 78). « Au cinquième jour de fête, le 11 novembre, par la porte du Verger entra dans la ville un paysan qui conduisait deux juments chargées de bois. Homme et animaux étaient arrivés à la petite place de Saint-Pierre, lorsqu'accoururent des soldats papalins qui, coupant les sangles et jetant le bois à terre avec les bâts, emmenèrent les juments dans la cour intérieure du palais par la grande porte. Là, ils lâchèrent quatre étalons sans brides ni freins qui coururent aux juments. Alors , au milieu des frémissements et des cris, se déchirant entre eux à coups de dents et à coups de pieds, les étalons « ascenderunt equas et coïerunt cum eis » avec un emportement tel qu'ils les blessé-

rent gravement. Debout à la fenêtre de la chambre située au-dessus de la grande porte du palais, le pape et madame Lucrèce à ses côtés contemplaient la scène en se pâmant de rire et avec tous les signes extérieurs d'une joie délirante. »

Extraits d^Alez. Gordon (Fragment secret de Gnichardin).

I. Extrait d'Alex. Gordon, Vie d'Alexandre VI, t. Il, p. 139-U4 : « Alexandre ne pouvait se délivrer des malheurs domestiques qui troublaient toute sa maison, et qui étaient accompagnés d'exemples tragiques d'amour et de cruauté qui font horreur aux nations les plus barbares ; car, comme, dès le commencement de son pontificat, il avait résolu d'élever le duc de Gandie, son fils aîné, au suprême degré de grandeur temporelle, le cardinal Valentin (César Borgia, Créé archevêque de Valence, puis cardinal, puis duc de Yalentinois ; c'est sous ce nom qu'il est connu en France), qui avait beaucoup d'éloignement pour le sacerdoce et plus de penchant pour la guerre, ne put souffrir de voir que son frère lui fût préféré ; il était d'ailleurs chagrin de voir que son frère aîné avait plus de part que lui aux bonnes grâces et aux faveurs de leur sœur Lucrèce ; de sorte qu'animé par cet amour déréglé et par son ambition , deux passions qui entraînent également à toute sorte de scélé-

i5â LES APÔTRES.

ratesse, il fil assassiner le duc son frëre^ un soir que ce dernier se promenait à cheval dans les rues de Rome, et fit jeter secrètement son corps dans le Tibre. Outre cela, le bruit s'était répandu (si on peut ajouter foi à une pareille énormité) que non-seulement les deux frères étaient coupables d'inceste avec leur sœur Lucrèce , mais que le père lui-même en était aussi coupable. Quand il fut parvenu au pontificat, il enleva Lucrèce à son premier mari, le croyant trop inférieur à sa dignité, et la maria à Jean Sforza, seigneur de Pesaro. Quelque temps après, ne pouvant se résoudre d'avoir ce second mari pour rival, il annula le mariage, quoiqu'il eût été déjà consommé, après avoir fait prouver par de faux témoignages et fait confirmer par les juges qu'il avait choisis lui-même, que Jean était impuissant et d'une constitution froide. »

L'assassinat de Jean Borgia, duc de Gandie , est raconté par Burchard, p. 36, édition de Leibnitz.

IL Extrait d'Alex. Gordon, Vie d'Alexandre F/, t. II, p. 139. « Rodrigue d'Aragon, fils de Lucrèce, était né quelque mois avant la mort cruelle de son prétendu père Alphonse ; car on ne faisait pas scrupule de croire que si l'on traitait cet enfant avec tant de tendresse et d'affection , c'est qu'il était le fruit des familiarités abominables que le pape avait avec sa propre fille . . , Les écrivains les plus graves et les plus judicieux de ce temps-là ont cru que Lucrèce, fille d'Alexandre et sœur du cardinal Valentin et du duc de Gandie , avait servi de concubine à tous les trois. »

III. Extrait de A. Gordon, t. P', p. 255. Assassinat du duc de Gandie. « Tout ce que faisait Alexandre

en faveur du duc de Gandie redoublait Tenvie que lui portait le cardinal Valentin; mais à cette envie, qui naissait de l'élévation du duc, se joignait encore une jalousie qui venait de ramour. Les deux frères avaient pour maîtresse leur propre sœur ; ils ne s'enviaient pas les plaisirs de l'inceste ; mais le cardinal Valentin était jaloux de la préférence qu'il croyait que le cœur accordait au duc. Plein de ces sentiments, le cardinal Valentin se détermina à faire assassiner son frère. »

IV. Extrait de Gordon, t. II, p. 83. Alphonse d'Aragon, mari de Lucrèce, fut assassiné par le pape et par le cardinal César, parce qu'ils étaient jaloux de lui, lui, le mari de Lucrèce !

Extrait de Burcuard, p. 66. — La Rose d'or donnée par le pape à César Borgia, cardinal Valentinois : « Le quatrième dimanche du carême , le pape convoqua une assemblée de cardinaux auxquels il proposa de créer le cardinal Valentin gonfalonier et généralissime de l'Église et de lui donner la Rose d'or, à quoi cette troupe flatteuse consentit... (Suit la description de la pompeuse cérémonie et de la marche triomphale de César, cardinal Valentin). »

V. Notice sur la Rose d'or, — Dans les premiers siècles du Christianisme, le paradis, jardin de la félicité éternelle, était figuré sur les tombeaux souvent par des rosiers (abbé Martigny, Dictionnaire des Antiquités chrétiennes); sur une branche reposait une colombe qui représentait l'âme. Cet emblème subit des évolutions obscures qui échappent à l'Histoire. Toujours est^il que, vers le xn® siècle, on voit le pape porter à la main une rose d'or, le quatrième dimanche de carême appelé Lœtare, La signification pro-

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bable est que le pape dispose, en maitre, de rentrée au Paradis. Après avoir bénit la rose, il Toffre au prince ou à la princesse catholique qui s'est le plus distinguée par ses vertus.

Donnée au xvi' siècle à César Borgia , la rose d'or a été accordée, au xix" siècle, à Isabelle II, reine d'Espagne.

VI. Extrait de Gordon. — Vers de Pontanus faits pour servir d'épitaphe à Lucrèce Borgia :

Hic jacet in tumulo Lucretia nomine, sed re Thaïs, Alezandri filia, sponsa, nurus.

Traduction. — « Ci-gît dans ce tombeau une femme, Lucrèce par le nom, mais en réalité Thaïs; elle fut du pape Alexandre la fille, Fépouse et la bru. »

Nota. Lucrèce, femme deTarquin Collatin, personnifie la chasteté ; Thaïs , concubine d'Alexandre le Grand, de Ptolémée P% etc., personnifie la prostitution.

Vers de Sannazar, autre poète contemporain :

Ergo te semper cupiet, Lucretia, Sextus :

Fatum diri numinis ! Hic pater est.

Traduction. — « Lucrèce, tu seras donc toujours l'objet des désirs d'un Sextus : ô cruel destin ! le Sextus d'aujourd'hui c'est ton père. »

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