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III» An point de vne de la religion. — La troupe de Jésus appartenait à TOrthodoxie mosaïque la plus étroite, comme l'est toute orthodoxie chez les paysans ignares et bornés. Les surnoms qu'avaient les disciples authentiques : « la Pierre, le Zélateur », l'indiquent clairement. Du reste, sur ce fait, les preuves abondent dans les Synoptiques, les Actes des Apôtres et les Épîtres de saint Paul, comme on le verra ciaprès.
§ III. — Portrait des Douse.
A l'exception de Judas, natif de Kérioth, en Judée^ les Apôtres étaient tous Galiléens {Actes des Apôtres, II, 7), c'est-à-dire d'une contrée célèbre par l'esprit borné de ses habitants. « Sot Galiléen » était l'expression de mépris qu'avaient à la bouche les citadins de Jérusalem*. Mais si un dicton proverbial n'est pas dénué de valeur en tant qu'appréciation générale, on ne peut rien en tirer historiquement lorsqu'il s'agit de juger seulement quelques individus. Si lourds et abrutis que fussent les Béotiens, il n'en est pas moins vrai que la Béotie a produit Épaminondas et Pindare. De même pour la Galilée : elle a donné naissance à Jésus I Afin d'analyser le caractère des Apôtres, il faut donc autre chose qu'un dicton proverbial, autre chose qu'une appréciation d'ensemble. Interrogeons donc les seuls documents
1. Jean I, 46. Peut-il y avoir quelque chose de bon à Nazareth? VII, 4i, 52.
Comparer à Flavius Josëphe, Guei^^e des Juifs contre les Romains. Livre IV, chapitre 34 : Horreurs commises par les Oaliléens à Jérusalem.
sérieux que nous ayons sur les disciples de Jésus, à savoir : les Évangiles synoptiques, les Actes des Apôtres et les Épîtres authentiques de saint Paul.
I» Intelligence obtuse. — Les Synoptiques sont pleins de faits qui caractérisent Tintelligence obtuse dés Apôtres. Jésus, à chaque instant, est contraint de leur expliquer ses paroles. Sa manière d'enseigner, toujours claire et frappante, a beau se dérouler journellement à leurs yeux, ils ne peuvent, sans le secours du Maître, pénétrer le sens de la plus facile allégorie.
« Matthieu, XllI, 36. Les disciples s'approchèrent de lui en disant ; Expliquez-nous la parabole de rivraie semée dans le champ ? » Jésus accède à leur désir; puis, il leur dit trois autres paraboles, celles du Trésor caché, des Belles Perles et du Filet jeté dans la mer, toutes trois à la portée d'un enfant. Cependant Jésus n'est guère assuré d'avoir été compris, car : « 51 . Il leur dit : Avez-vous bien compris tout ceci?» Dans saint Marc, les paroles de Jésus ont même un tour plus vif : « Marc, lV-13. Ne comprenez-vous pas cette parabole? Et comment donc pourrez-vous les comprendre toutes? »
Lorsque, indignés de ce que les disciples ne se lavent pas les mains avant le repas, les Pharisiens interpellent Jésus,. Jésus s'écrie : «Matthieu, XV, il. Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme; mais ce qui souille l'homme est ce qui sort de sa bouche. » Ses disciples lui ayant dit que les Pharisiens se sont retirés scandalisés : « 14. Laissez-les, répond Jésus, ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles ; si un aveugle sert de guide à
un autre aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse. » Rien n'est plus clair; et cependant : « 15. Pierre prenant la parole lui dit : Expliquez-nous cette parabole? » En présence de ce béotisme, Jésus s'écrie : « 16. Quoil ôtes-vous encore vous-mêmes sans intelligence? »
Dans saint Marc, même témoignage rendu par Jésus de la faiblesse cérébrale de ses disciples. « VII, 18. Il leur dit: Avez- vous encore vous-mêmes si peu d'intelligence? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui du dehors entre dans l'homme ne peut le souiller, 1 9 . Parce que cela n'entre pas dans son cœur, mais dans son ventre... 20. Mais ce qui souille l'homme est ce qui sort de l'homme même : 21 . Car c'est du dedans, c'est-à-dire du cœur de l'homme que sortent les mauvaises pensées, les adultères, etc.. » Ce qui rend plus sévère le jugement porté sur l'imbécillité des disciples, c'est que précédemment Marc nous a fait connaître que « IV, 34. Jésus ne parlait pas sans parabole, mais en particulier il expliquait tout à ses disciples. » Ces leçons données par le plus spirituel des maîtres, sous une forme originale, si propre à faire une vive impression, ces leçons-là sont tombées sur le cerveau des Douze comme sur un roc stérile : les Douze n'ont rien compris, rien appris : c'est toujours à recommencer.
On pourrait s'en tenir là : le jugement de Jésus est décisif. Nul plus que lui n'était capable d'apprécier ses disciples à leur juste valeur. Cependant il est difficile de passer sous silence deux traits surprenants, dont l'un est cité par saint Matthieu et saint Marc à la fois, et l'autre par le seul saint Marc.
1^' Fait. — Jésus vient d'avoir une altercation avec
les Pharisiens et les Sadducéens, qui lui demandaient un prodige. Après les avoir traités d'hypocrites, Jésus leur a tourné le dos et s'en est allé avec ses disciples. « Matthieu, XVI, 5. Or, ses disciples étant venus au-delà de l'eau, avaient oublié de prendre des pains. — 6. Jésus leur dit : Ayez soin de vous garder du levain des Pharisiens et des Sadducéens. » Savez-vous comment sont interprétées ces paroles limpides par les disciples, lesquels viennent d'assister à la querelle du Maître avec les Pharisiens? « 7. Us pensaient et disaient en eux-mêmes : C'est parce que nous n'avons point pris de pains l!!
— 8. Ce que Jésus connaissant, il leur dit : Hommes de peu de foi, pourquoi vous occupez-vous en vousmêmes de ce que vous n'avez point pris de pains?
— 11. Comment ne comprenez-vous point que ce n'est pas au sujet du pain que je vous ai dit de vous garder du levain des Pharisiens et des Sadducéens ?
— 12. Alors ils comprirent qu'il ne leur avait pas dit de se garder du levain qu'on met dans le pain, mais de la doctrine des Pharisiens et des Sadducéens. » Alors ils comprirent.... alors, seulement!
Même scène dans saint Marc, VIll, 14-17 .
2® Fait. — Jésus a nourri cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons*. Ce sont les disciples qui ont fourni les cinq pains et les deux poissons ; ce sont eux qui en ont distribué les morceaux aux cinq mille personnes : ce qui déjà est assez merveilleux, douze personnes pour en servir cinq mille ! Ce sont eux qui remportent douze paniers pleins des restes. Tout leur est passé par les mains ; pas un