‹ Les apotres: Essai d'histoire religieuse d'après la méthode des sciencesChapitre 29 sur 113 · E. Havet, le Judaïsme^ p · texte numérisé non relu

E. Havet, le Judaïsme^ p

prochaine du monde, o'est-à-dire une absurdité et une folie mystiques. Il en a même déduit Tabrogation de la Loi mosaïque, ce qui eût fait frémir Jésus d*horreur. De tout le sermon sur la Montagne, il n'y a pas l'ombre d'une trace chez saint Paul. C'est donc bien l'éducation juive qui a inspiré à saint Paul son éloquent discours sur la charité.

§ IV. ^ Communauté des Bsséiiiens.

Au temps d'Ësdras, il existait en Judée deux grands partis :

1** Les Tsadoukim, a les hommes justes», connus dans l'histoire sous le nom de Sadducéens, formaient l'aristocratie ;

2° Les Hassîdim, « les hommes pieux », voués aux pratiques de la plus rigide piété, comptaient dans leurs rangs les savants versés dans l'étude de la loi.

Au temps des Machabées ou princes Asmonéens, le parti des Hassidim se scinda : il perdit son nom. L'une des fractions, de beaucoup la plus nombreuse, se mêla très-activement à la politique et forma plus tard le parti républicain. Ce parti est connu sous le nom de Pharisiens^ en hébreu Pérouschim^ «les séparés » .

L'autre fraction se retira de plus en plus de la vie civile et politique et s'enfonça dans l'ascétisme. Après une longue disparition, elle réapparaît dans l'histoire, un demi-siècle avant la naissance de Jésus, sous le nom de Essémens, mot dont la signification est incertaine.

Les Esséniens* avaient établi, à Touest de la mer Morte, près de l'oasis d'Engaddi, une communauté qui comprenait quatre mille personnes. Entièrement détachés des affaires civiles et politiques, ils passaient leur vie dans le travail, Tétude et la purification. Le baptême par immersion était pour eux une pratique journalière d'observance étroite. Outre la purification du corps, le baptême entraînait aussi la purification de l'âme : c'était donc une pratique symbolique.

L'Essénien semble s'être proposé pour idéal l'homme saint, le prêtre ^iel que Moïse en avait tracé le portrait dans le Pentateuque : « Exode, XIX, 6. Vous me serez consacrés comme un peuple de prêtres et une nation sainte. » En un mot, l'Essénien était une sorte de nazir perpétuel.

La sobriété des Esséniens, leur probité, leur désintéressement, leurs vertus, faisaient l'admiration du peuple. Le maître de l'historien Flavius Josèphe, Banos, était un ascète essénien.On est généralement d'âClîord pour ranger parmi les Esséniens l'homme qui prêchait dans le désert de Judée et se nourrissait de miel sauvage ainsi que de sauterelles, saint Jean le Baptiste. Le baptême par immersion de saint Jean est, en effet, la cérémonie caractéristique de l'Essénisme.

1. On a proposé le mot syriaque asaya qui signifie guérisseur; les Esséniens seraient les Guérisseurs, en grec les Thé' rapeutes, ainsi que Philon appelle une secte d'Esséniens qui vivaient en Egypte.

D'après d'autres, le mot Essénien dériverait de Sahah, baigner; ou de Hachahj se taire, d'après M. Albert Réville.

Voir Peyrat, Études religieuses^ p, 100; et Stapfer, Idées religieuses, 166.

Organisation. — 1** Communisme absolu, — A, En entrant dans la communauté, chacun apportait tout ce qu'il possédait.

B, La distribution des choses nécessaires à la vie se faisait « à chacun selon ses besoins » .

C. Les revenus de la communauté consistaient dans le fruit du travail agricole et de quelques métiers. Ils remettaient le produit de leurs travaux aux économes ou intendants.

2° Administration. — Pour administrer la communauté, ils nommaient, au scrutin secret, des économes ou intendants qu'on prenait dans l'Ordre des sacrificateurs. A la tète du Conseil d'administration, était un intendant général.

3° Cérémonies, — A, Les repas étaient pris en commun; ils avaient un caractère éminemment religieux. « Les Esséniens, dit Josèphe, après s'être purifiés, vont au réfectoire comme en un saint temple. » Un sacrificateur faisait une prière avant le repas; puis, une autre prière après le repas.

Pour assister au repas, les Esséniens, s'étant purifiés par un baptême, revêtaient une robe blanche, laquelle avait un caractère sacré ^

B. Le Baptême était accompli trois fois par jour ; il l'était obligatoirement au lever, puis avant les repas. Celte pratique découlait de la nécessité pour . l'Essénien d'être toujours en état de pureté. Le baptênde du matin effaçait les souillures que l'Essénien avait pu contracter, à son insu, pendant son som-

1. Pour célébrer le repas mystique (la Messe), le Prêtre catholique revêt une robe blanche (l'aube) ; après le repas mystique, il dépose ce vêtement blanc, lequel ne peut être employé que pour les cérémonies religieuses.

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ineil;le baptême qui précédait le repas était également nécessaire, puisque le repas était pour TEssénien la cérémonie sainte. Après le baptême, TEssénien revêtait la robe blanche.

Le baptême, ou bain, ou ablution, dérive de ^iicrC^û), plonger dans l'eau, Jean le baptiste est Jean le baigneur.

Les Juifs appelaient baptême certaines purifications légales qu'ils pratiquaient sur les prosélytes après la circoncision. « L'étranger passant au Mosaïsme recevait devant trois juges le baptême par l'eau en souvenir des purifications qui avaient précédé la promulgation du Décalogue dans le désert*. »

Le baptême essénien, c'est-à-dire par immersion, est passé dans le Christianisme. Le néophyte, en sortant du bain ou baptême, revêtait une robe blanche (aube baptismale), comme l'Essénien (abbéMAR- TiGNY, Dictionnaire des Antiquités),

Aujourd'hui, le baptême chrétien se fait par infusion (du latin infundere, verser sur), c'est-à-dire que le prêtre verse l'eau sur le front du néophyte. Mais ce baptême ainsi réduit est relativement moderne. Le baptême s'est accompli par immersion pendant treize cents ans dans l'Occident; il existe toujours en Orient.

4° Mo7*ale sociale, — Le précepte fondamental de la morale esséniennc était Végalité de tous les hommes.

« Philon. — Traduction de Racine, — On ne voit pas tm seul esclave parmi eux ; ils condamnent ceux

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