‹ Les apotres: Essai d'histoire religieuse d'après la méthode des sciencesChapitre 30 sur 113 · Salvador, Institutions de Mdisc; t. II, p. 31 G · texte numérisé non relu

Salvador, Institutions de Mdisc; t. II, p. 31 G

112 Lies APÔTRES.

qui possèdent des esclaves, non-seulement comme injustes et ennemis de l'équité, mais même comme des impies et des destructeurs de la loi de la nature, laquelle ayant engendré et nourri tous les hommes,, ainsi qu'une mère commune, les a rendus frères et propres frères les uns des autres, non point seulement de nom, mais en effet et en vérité. »

^° Exclusion de la communauté. — Lorsqu'un membre était convaincu de quelque faute considérable, il était chassé de la communauté.

Le chapitre V contient une étude sur Jésus et l'Essénisme'.

DEUXIÈME SECTION

LA COMMUNAUTK CURISTIFNNE

§ I. — Phasds historiques.

L Dictature des Apôtres. — Après la mort de Jésus, les Onze Apôtres devinrent les directeurs de la petite Confrérie. Pour rétablir le nombre symbo- { lique Douze (à cause des douze tribus d'Israël), ils choisirent par le sort entre deux candidats qui avaient des titres égaux. Actes, I, 23-26. Matthias, dont le nom était sorti de l'urne, compléta le conseil d'administration.

Parmi les administrateurs de la communauté, trois semblent avoir eu une certaine primauté .*

Pierre, Jean et Jacques, frère de Jésus*. C'étaient,

selon l'expression de Paul , les Vrow colonnes de rÉglise, Galates, II, 9. Pierre peut être regardé comme le président; Jacques et Jean comme les vice-présidents.

Le Comité des Apôtres exerçait une sorte de dictature; il choisissait les distributeurs et nommait aux fonctions sans consulter les membres de la communauté. Le choix était fait exclusivement parmi ceux qui avaient suivi Jésus, Actes, I, 21-26.

II. Révolution faite par les Hellénistes. — Cette dictature n'eut pas grand inconvénient au début, alors que le nombre des membres de la Communauté naissante était/ort restreint et presque entièrement composé de Juifs hébreux. Mais, après deux ou trois anïlées de propagande, l'accession des Juifs hellénistes en nombre de beaucoup supérieur à celui des Juifs hébreux modifia les conditions d'existence de la Communauté. Celle-ci, vers l'année 35, comprenait plusieurs milliers de Fidèles, Actes, II, 41-47. Le Comité des Douze, composé d'Hébreux orthodoxes, avait une préférence marquée pour les Juifs hébreux, lesquels partageaient leur exclusivisme fanatique. Aussi, dans les distributions faites chaque jour a à chacun selon ses besoins » , les Apôtres favorisaientils les Juifs hébreux au détriment des Juifs hellénistes. Aux yeux des gens qui ont vendu leurs biens et en ont déposé le prix dans la caisse commune, à la condition que les parts seraient faites en proportion des besoins de chacun, une distribution inégale

1. Les frères dô Jésus, en effet, à cause de cette parenté, étaient adjoints au Comité des Douze.

apparaît, avec raison, comme une spoliation. Si grande qu'elle fût, la patience des Hellénistes finit par se lasser : la révolte éclata. « Actes, VI, 1 . En ce temps-là (année 36 environ), le nombre des disciples se multipliant, il s'éleva un murmure des Juifs hellénistes contre les Juifs hébreux, de ce que leurs veuves étaient négligées dans les distributions de chaque jour. » Il fallait que la mesure des injustices fût comble, car l'assassinat d'Ananias et de Saphira avait jeté la terreur au sein de la Communauté. Cette rébellion des Hellénistes réussit, grâce à leur supériorité numérique ; leur sécession eût ruiné la communauté; les Apôtres furent obligés de céder; l'insurrection helléniste devint ainsi une véritable révolution.

Jusque-là, en effet, le Comité des Doiize avait eu la dictature ; il dirigeait arbitrairement l'administration et nommait aux fonctions sans rendre aucun compte. Les Hellénistes triomphants abolirent la dictature et lui substituèrent le système constitutionnel, tels qu'ils l'avaient vu appliqué dans les Associations grecques et asiatiques. Le suffrage anîversel devint la source du Droit ; les fonctionnaires furent nommés à la pluralité des voix. C'est ainsi que les Hellénistes firent passer leur liste entière : les candidats qui l'emportèrent au scrutin étaient, en effet, tous hellénistes, Actes, Vï, 5. En tête de la liste des Administrateurs ou diacres venait Etienne, qui paraît avoir été le plus considérable des Hellénistes. Les Apôtres donnèrent aux Diacres élus l'investiture par l'imposition des mains, Actes, VI, 6.

Toutefois le prestige personnel des Apôtres, premiers amis de Jésus, les préserva d'une destitution

complète. On se contenta de leur enlever Tadminis- Iration de la Caisse et des distributions ; on leur confia le soin exclusif de la propagande ; ils devinrent ce que naguère en France on appelait les Ministres de la Parole. En outre, ils obtinrent certains privilèges très-avantageux, celui d'être nourris, hébergés, aux frais de toute Communauté où ils prêcheraient. Ce privilège, ils parvinrent à l'étendre à une Sœur-femme qu'ils se réservaient d'emmener avec eux, I Corinthiens, IX, 1-6. Ainsi fut consommée la première évolution de la Communauté chrétienne.

Inutile de dire que l'auteur des Actes représente cette transformation radicale comme une concession gracieuse faite par les Apôtres aux Hellénistes révoltés. « Actes, VI, 3. Choisissez donc. Frères, sept hommes d'entre vous à qui nous puissions confier l'emploi des distributions. » On sait à quoi s'en tenir sur les concessions volontaires faites par les Despotes aux Opprimés dont la révolte est victorieuse ; et cela surtout quand ces despotes viennent de répandre le sang (assassinat d'Ananias et de Saphira) pour consolider leur autorité par la terreur

III. Dispersion des Hellénistes de Jérusalem. — Ainsi transformée, l'Église de Jérusalem dura deux ans environ. La fougue intempérante d'Etienne, chef des nouveaux diacres, amena une persécution. Etienne fut lapidé ; les Hellénistes chrétiens, bannis de Jérusalem vers l'an 38, se répandirent dans le monde grec : ce sont eux qui furent les vrais fondateurs du Christianisme. Les petites Églises qu'ils établirent dans les villes grecques et romaines furent organisées à l'instar de celle qu'ils étaient par-

venus à constituer à Jérusalem, c'est-à-dire sur le modèle des Associations grecques et des Collèges romains, comme on le verra ci-après.

Actes, Yl,Yll,ym, 1, etc.

Quant à TÉglise de Jérusalem, elle se réorganisa sous la présidence des t7*ois colonnes, Pierre, Jean et Jacques, frère de Jésus. Jacques y semble avoir exercé Tinfluence prépondérante, Actes, XV, XXI, 18. L'expulsion des Chrétiens hellénistes fit passer les emplois aux mains des Chrétiens hébreux ; le Conseil d'administration prit le nom de Conseil des Anciens au lieu de celui de Conseil des Diacres. De môme que les Juifs hébreux avaient remplacé les Juifs grecs dans l'administration, de même, pour le Conseil, la dénomination mosaïque se substitua à la dénomination grecque*. Ce Conseil des Anciens figure. Actes, XV, 2, A, 6, 22, 23 ; XXI, 18. L'Église de Jérusalem conserva une autorité et un prestige extraordinaires auprès des Églises hellénistes, jusqu'à la ruine de Jérusalem.

§ II. — Constitution de la Communauté chrétienne.

Ainsi qu'il était naturel, les Communautés chrétiennes copièrent l'organisation des Associations religieuses païennes qu'elles avaient sous les yeux.

1 On sait, en effet, que le Grand Conseil, postérieurement connu sous le nom de Sanhédrin, s'appelait le Conseil des Anciens.

« Nombres, XI, 16. Alors l'Éternel dit à Moïse : Assemble-moi soixante-dix hommes d'entre les Anciens d'Israël... "b

« Deuféronome^ I, 13. Prenez parmi vous des hommes éclai-

Elles eurent un Conseil d'administration où les femmes furent admises, corames elles Tétaient dans les Confréries païennes.

Dans rÉglise de Jérusalem, après le triomphe des Hellénistes, l'administration s'était séparée en deux branches. Les cérémonies et la prédication {le pouvoir spirituel, comme on dit aujourd'hui) avaient été dévolues aux Apôtres. Les. Hellénistes avaient délégué la gestion des intérêts matériels {le pouvoir temporel} à sept administrateurs ou diacres {diaconoSy mot grec qui signifie administrateur). Cette séparation des fonctions religieuses et des fonctions administratives, utile et même nécessaire dans une Communauté nombreuse, n'avait pas de raison d'être dans les petites Communautés que la propagande helléniste parvenait à fonder dans les villes païennes. Vu le petit nombre des Fidèles qui composaient les Eglises naissantes, cette séparation était même impossible. Aussi les Administrateurs exerçaient-ils les deux ministères, celui des rites et celui des affaires.

P Communisme. — Le principe de la Communauté des Apôtres était le Communisme absolu.

il. Tous les biens étaient en commun : «Actes, II, 44. Tout ce qu'ils possédaient était en commun » .

B. On distribuait « à chacun selon ses besoins » . Actes, II, 45; IV, 35.

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