‹ Les apotres: Essai d'histoire religieuse d'après la méthode des sciencesChapitre 8 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

d'après les évangiles synoptiques

§ I. — Notions préliminaires.

1° On sait que, depuis la captivité de Babylone, la langue usuelle ou populaire chez les Juifs de Palestine fut Taraméen ou syro-chaldaïque , que parlaient les conquérants de la Judée. L'hébreu resta la langue sacerdotale et celle des classes élevées. Gela explique comment, en Judée, la même chose semble avoir reçu deux noms différents. Exemple : en hébreu, « fils de » se dit ben, en syro-chaldaïque, bar; de là cette double forme : Jésus ben Joseph et Jésus bar Joseph, pour dire : Jésus, fils de Joseph; Jésus et ses Apôtres, appartenant à la basse classe, parlaient le syro-chaldaïque.

^° On sait aussi que, depuis la conquête de TAsie par Alexandre le Grand, Tinfluence grecque devint partout prépondérante. Les Juifs, qui avaient en mains une grande partie du commerce et toute la banque de l'Asie Mineure, échangèrent souvent leurs noms hébreux contre des noms grecs : cela

rendait plus faciles leurs relations avec les Grecs. Il faut y joindre les effets produits par les efforts que firent , pendant deux siècles , les rois d*Égypte et de Syrie pour grécifler la Palestine. C'est ainsi qu'Onias est devenu Ménélas ; Yakim , Alkimos ; Joseph , Hégésippe, etc.; c'est ainsi que le nom de Jésus, aussi fréquent que Léon ou Ernest Test parmi nous , s'est transformé en Jason. En effet :

A, « Jésus » est la mascarade française du mot hébreu leschouâh, qui dérive de iâscha, aider, secourir : Jésus signifie donc « le secours , le salut » ,

B, « Jason » en grec 'Hdwv, dérive de làofjiai, guérir, sauver : Jason signifie donc « la guérison, i< le salut ».

« Jésus et Jason » sont donc le même nom en deux langues différentes ^

3<^ La désignation d'une personne ne se faisait pas comme aujourd'hui'. Aujourd'hui on désigne quelqu'un par le nom de famille ou patronymique qu'on fait précéder, la plupart du temps, d'un prénom appelé vulgairement Nom de Baptême.

Chez les Juifs, on désignait une personne en énonçant d'abord le prénom : Jésus, par exemple ; on le faisait suivre de « fils d'un tel », fils de Joseph; puis, si l'on voulait préciser davantage , on ajoutait le

1. Si Pierre et les Apôtres avaient appelé leur maître Jésus, celui-ci n'aurait pas compris. Pour qu'il comprît, il fallait que Pierre et les Apôtres l'appelassent leschouâh ! Dire « Jésus » au lieu de leschouâh, c'est massacrer un mot à la façon de celui qui, au lieu de « Napoléon », dirait ; Lapaulisson. Quand on connaît l'influence des mots sur le cerveau de la Multitude, on ne peut s'empêcher de penser que si l'Église remplaçait le nom défiguré et ridicule de Jésus par le nom vrai leschouâh un grand nombre de Fidèles abjureraient le Catholicisme.

nom de la ville et de la tribu : Jésus,' fils de Joseph, de Bethléem, de la tribu de Juda^.

En Afrique, cette méthode est encore employée. Exemple : Abdallah , ûls de Mohammed, de la tribu des Béni-Snassen : « Les Béni-Snassen », c'est-àdire « les fils de Snassen » ; les Hébreux étaient les Béni-Israël, c'est-à-dire les fils d'Israël (Jacob).

En Ecosse, il en était de même, comme chacun le sait par les romans de Walter Scott. Exemple : Rob-roy Mac Grégor est Robert le roux du clan ou tribu des Fils de Grégor.

En Irlande, la filiation se marque par 0'. Exemple : Daniel 0' Gonnell , c'est Daniel du clan des Fils de Connell.

En Grèce, on disait de môme : « Cimon, fils de Miltiade , Lakiade , » c'est-à-dire : Cimon , fils de Miltiade, du yévoç ou tribu des Fils de Lakios. Lakios était la souche de cette famille , comme Israël ou Jacob l'était des douze tribus hébraïques. La terminaison grecque ade ou ide est équivalente au hen hébreu , au bar syriaque , au Mac écossais , à l'O' irlandais.

A Rome, lorsqu'on disait : « Publius Cornélius Scipio )), le prénom Publius était propre à la personne qui le portait; Cornélius était le nom de la gens ou tribu Cornélia ; Scipion était le surnom d'une branche de la gens Cornélia, Une seconde branche de cette grande famille Cornélia était surnommée Sylla; une troisième, Lentulus; une quatrième, Cethégus ^.

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