‹ Les apotres: Essai d'histoire religieuse d'après la méthode des sciencesChapitre 82 sur 113 · Matthieu, XIX, 9, | Marc, X, li. ! Luc, XVI · texte numérisé non relu

Matthieu, XIX, 9, | Marc, X, li. ! Luc, XVI

tES APÔTRES ET LES SGEURS-FEMMES. 283

Aux yeux de la philosophie moderne, le mariage est la source créatrice de la justice et Tassise la plus solide de la vie rationnelle; la conjonction de l'homme et de la femme n'est que le moyen physique d'atteindre ce but moral. En est-il de môme aux yeux de saint Paul? Hélas! pour l'Apôtre des Gentils, le mariage est un pis-aller (I Co^nnth,, VIT, i-9), un exutoire physiologique admis ou toléré en qualité de pieux préservatif contre la Fornication ou fréquentation des femmes païennes (I Cormth., Vil, 2). Il s'ensuit que, pour tout chrétien qui n'a pas la force de rester vierge, la règle est de choisir une femme chrétienne, une seule, selon la loi de Jésus, épouse ou concubine, à son choix; le point essentiel est que cette compagne soit chrétienne. Telle est la conséquence de la théorie de saint Paul; tel est l'esprit qui pendant plusieurs siècles a dirigé l'Église, ainsi que l'attestent les Canons de Conciles devenus célèbres :

Concile de Tolède, en 400. — Canon 17®: « Celui qui, ayant une femme Fidèle (c'est-à-dire une chrétienne qui a reçu le baptême), a aussi une concubine, est excommunié (c'est, en effet, contraire à la loi de Jésus, qui n'admet qu'une seule femme).* Mais si la concubine lui tient lieu d'épouse, en sorte qu'il se contente de la compagnie d'une seule femme, à titre d'épouse ou de concubine, à son choix, il ne sera pas rejeté de la communion. »

Deux cents ans après le Concile de Tolède, saint Isidore de Séville s'exprimait ainsi : « Je soutiens qu'il n'est pas permis à un chrétien d'avoir, je ne dis pas plusieurs femmes, mais même deux. Il ne doit en avoir absolument qu'une, ou une conçu-

bine, s'il n'a pas d'épouse. » Dictionnawe de Larousse.

Enfin, en 826, au Concile de Rome, on trouve reproduit en termes à peu près identiques le Canon du Concile de Tolède.

Concile de Rome en 826. — Canon 37°. « Défense d'avoir deux femmes tout à la fois, ou d'avoir ensemble une femme et une concubine. »

IV. — L'exclusivisme religieux qui a déterminé les Apôtres & emmener avec eux une concubine chrétienne est passé dans l'Église.

On a vu ci-dessus quel mobile religieux a déterminé les Apôtres, fervents Israélites, à emmener avec eux une concubine chrétienne. Personne n'ignore que l'exclusivisme des Juifs, cause de leur indomptable vitalité comme race, a été, en revanche, la principale source de leurs malheurs en tant que nation. Du Judaïsme, il est passé, par l'intermédiaire des Apôtres, dans la Communauté chrétienne; il s'est modifié quant à la forme et à l'expression; mais le fond en est resté immuable. Le Catholicisme n'a rien à envier au Judaïsme ; le rejeton a puisé dans la souche toute sa sève fanatique et sauvage : « Hors de l'Église, pas de salut! »

Au début de la Communauté chrétienne, l'ennemi était le paganisme. Avec les progrès et l'extension de la religion nouvelle dans l'Asie et dans l'Europe, les hérésies apparurent : ce fut un second ennemi. Enfin, la séparation du Catholicisme d'avec le Judaïsme, accompagnée d'une haine ardente de part et d'autre, créa un troisième ennemi. Celui-ci, le

Juif, dans le cours des âges, resté seul debout, devint le plus odieux et fut le plus atrocement persécuté. Chacune de ces phases a laissé son empreinte dans rhistoire du Catholicisme. Au sujet des mariages entre chrétiens et non chrétiens, les Canons des Conciles répètent les imprécations de TExode et du Deutéronome ; la forme grammaticale en est changée, mais Tesprit est resté le même*.

Concile éCElvire^ en 309. — Canon 15*. Défense aux Fidèles de donner leurs filles en mariage à des Païens, quelque grand nombre de filles qu'il y ait parmi les chrétiens, de peur de les exposer dans la fleur de leur âge à Vadultère spirituel, c'est-à-dire à l'idolâtrie.

L'expression d'adultère spitntuel est peut-être plus énergique que les paroles de Jéhovah.

Canon 17®. Défense de donner la communion, même à la mort, à ceux qui donnent leurs filles en mariage aux prêtres des idoles.

Même à la mort I... c'était la damnation éternelle. Cela est logique : un père qui marie sa fille à un prêtre des idoles voue sa fille à la perdition ; le crime est irréparable. Le Canon 17* atteste qu'à cette époque, le grand ennemi était toujours le paganisme.

Canon 16*. Défense aux Fidèles de donner leurs filles en mariage à des hérétiques qui ne veulent pas se réunir à TÉglise catholique; défense de les donner à des Juifs, à des schismatiques. Les parents

1. Au iio siècle, Tertullien disait : « Ad uxorem, II<> livre^ 3. Les Chrétiens qui épousent une femme idolâtre sont certainement coupables de fornication^ et comme tels doivent être excommuniés. »

qui violent ce canon sont retranchés de la communion pendant cinq ans.

Ce Canon est la contre-épreuve du précédent; par Tatténuation du châtiment, il montre à quel degré inférieur les Juifs et les hérétiques étaient, à cette époque, placés dans les craintes de TÉglise^

A la fin du iv* siècle, le paganisme n'est pas encore écrasé, mais il est descendu au niveau des hérésies.

Concile de Carthage^ en 397. — Canon 12®. Défense aux évoques et aux clercs de contracter mariage avec les païens, les hérétiques ou les schismatiques.

Après la chute définitive du paganisme, c'est le Juif qui devient le grand objet de la haine de rÉglise. Comme TÉglise est Talliée de Tempereur, elle ne se contente plus d'interdire aux Chrétiens toute union avec les Juifs ; elle intime directement ses défenses aux Juifs.

Concile de Tolède^ en 589. — Canon 14^ Défense aux Juifs d'avoir des femmes ou des concubines chrétiennes, ni des esclaves chrétiens.

Concile de Rome^ en 744. — Canon 10®. Anathème à ceux qui marient leurs filles avec des Juifs.

Au fur et à mesure que grandit sa puissance politique, l'Église déploie un zèle de plus en plus impitoyable. Encore un pas ! elle ne se contentera plus de lancer ses foudres spirituelles, elle fera mouvoir le bras séculier pour dépouiller les Juifs, les hérétiques et les philosophes, pour les torturer, les brûler surtout, et pour jeter leurs cendres au vent : «Hors de l'Église, point de salut! »

1. Voir à r Appendice, n° 12, Souplesse politique de l'Église nu IV® siècle.

Ainsi donc, Texclusivisme religieux, qui détermina les Apôtres à prendre une chrétienne pour concubine, est passé des Apôtres dans le Catholicisme: triste héritage du fanatisme hébraïque! L'esprit qui a dicté les anathèmes des Conciles contre les mariages des filles chrétiennes avec les Païens est celui môme qui, éloignant les Apôtres de tout commerce avec les femmes païennes, les induisait au concubinage avec une Sœur-femme. Par cette pieuse et habile précaution, la physiologie était satisfaite, et la foi n'avait aucun écueil à redouter.

En résumé : 1" le motif religieux pour lequel les Apôtres emmenaient avec eux dans les pays païens une concubine chrétienne était puisé dans leur orthodoxie mosaïque : la loi de Moïse, en effet, défendait avec une extrême sévérité toute fréquentation des femmes païennes ;

2® Le concubinage n'avait rien qui pût exciter la répugnance des Apôtres, parce qu'il était passé dans les mœurs du monde antique, qu'il y jouissait même d'un état légal ; et que surtout il était la seule forme de mariage chez les esclaves ; or les esclaves formaient, en grande partie, le noyau de la première Communauté chrétienne.

3® Le concubinage est en concordance étroite avec la théorie paulinienne du mariage, puisque saint Paul n'admet le mariage que comme remède à l'incontinence naturelle de l'homme.

4** L'Église catholique, héritière de la théorie paulinienne, a longtemps admis le concubinage chrétien, tel que le pratiquaient les Apôtres, concurremment avec le mariage.

Tableau général.

PREMIERE SECTION

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