Petrarca, Hime in vita di Laura
et à la grandeur en appauvrissant autrui ; toi qui mets ta joie à mal faire. — Nid de trahisons, où se couve tout le mal qui se répand aujourd'hui par le monde ; esclave du vin, du lit et de la table ; chez toi la luxure est au comble. — A travers tes «alons, jeunes filles et vieillards vont dansant, et Belzébuth au milieu avec ses soufflets, son feu et ses miroirs. — Jadis tu ne fus pas nourrie dans la plume ni à l'ombre, mais nue au vent et sans chaussure à travers les ronces. Aujourd'hui ta vie est telle que la puanteur en montera jusqu'à Dieu. »
« Sonnet CVII. — Fontana di dolore Source
de douleur , réceptacle de colère , école d'erreurs et temple d'hérésie, autrefois Rome, aujourd'hui Babylone fourbe et criminelle, où éclosent tant de plaintes et de soupirs ; officine de tromperies , 6 prison barbare, où le bien meurt, où le mal croît et grandit ; enfer de vivants I ce sera un grand miracle si le Christ à la fin ne se courrouce contre toi. — Fondée en une humble et chaste pauvreté , tu lèves les cornes contre tes fondateurs , ô courtisane éhontée ! Où donc as-tu placé ton espérance? Est-ce dans tes adultères, dans tes richesses mal acquises? Constantin ne revient plus ; ah ! puisse-Wl emporter le triste monde qu'il soutient M »
L'influence désastreuse qu'exerça sur les mœurs françaises le transfert de la papauté en France est un fait historique bien connu. Il est triste de le dire : même aujourd'hui, la ville d'Avignon se ressent
1. Le chant xix© de V Enfer de Dante, consacré au supplice des papes simoniaques, se termine par ces mots : u Ah ! Constantin, de quels maux fut mère cette dot que reçut de toi le premier pontife enrichi ! »
encore du séjour de là cour papale dans ses murs, tant est virulente la corruption sacerdotale! Un célèbre théologien français , recteur de l'Université , Nicolas Giémangis, a laissé sur la cour d'Avignon et sur l'état de l'Église à la fin du xrv* et dans la première partie du xv* siècle, un résumé très-court mais énergique*. Ami du vertueux Gerson, Giémangis fut pendant quelque temps secrétaire de l'antipape Benoît XIII. On avait une si haute idée de ses lumières qu'il fut chargé de préparer les bases d'un concile , dans le but de mettre fin au schisme de l'Église d'Occident. Sa science, sa probité, les fonctions élevées qu'il a remplies , les événements auxquels il a pris part, les choses qu'il a vues et vues d'un œil intelligent, tout cela réuni donne à son témoignage un poids considérable. L'illustre historien anglais Hallam lui a fait des emprunts dans son Europe au moyen âge.
Avant l'installation de la papauté à Avignon , dit en substance Giémangis, les mœurs en France, maintenues par une sévère discipline , étaient droites; mais, avec la papauté, les mœurs détestables de l'étranger firent invasion « dans notre Gaule » et la couvrirent de calamités. La papauté étala dans Avignon ses simonies et ses prostitutions avec d'autant plus d'impudence et d'éclat qu'elle était plus libre.
1. Nicolai de Clemangiis Catalaunensis Archidiaconis Baïocensis opéra omnia, J. Martini Lydius. Leyde, 1613.
N. de Giémangis, né vers le milieu du xiv© siècle, est mort archidiacre du diocèse de Bayeux et directeur du collège de Navarre, en 1435. Son tableau de mœurs est intitulé : De corrupto Ecclesix statu. On en trouvera plusieurs fragments, à l'Appendice, n« 17.
I De là une dissolution qui excite à la fois l'indignation
, et le dégoût (XX VII, 3).
[? Les cardinaux, ces assesseurs du Pape, ont une
:? telle insolence dans Tair , les paroles et les gestes ,
i que si un artiste voulait peindre Torgueil en per-
. sonne, il ne pourrait pas choisir de meilleur modèle
^ qu'un cardinal (X, 1).
i Quant au Pape , il distribuait les évôchés vacants
1^. et les principales dignités de l'Église à des jeunes
,j gens, élégants et parfumés, qui lui servaient de mi-
^ gnons (XX VII, 5).
/ Nous allons voir ci-après la hideuse sodomie figu-
13 rer parmi les vices et les crimes dont le concile de
^ Constance convainquit le pape Jean XXIII.
Concile de Presbourg en 1309. — Canon 5«. Contre > les clercs concubinaires ; il prive les clercs de la qua- 3 trième partie de leurs revenus.
Concile de Cologne eu 4310. — Canon 9®. Contre ï les clercs concubinaires et les corrupteurs de religieuses.
Concile de Valladolid en 1 322. — Canon 7®. Contre les clercs concubinaires.
Concile de Lavaur en 1368. — Canon 82®. Défense à un prêtre de célébrer la messe avec son fils bâtard (employé comme enfant de chœur).
'^ Siècle. — C'est l'histoire qui maintenant enregistre les scandales du clergé. Les conciles sont moins fréquents; leur objet principal est l'apaisesement des schismes et des hérésies, la réglementation des cérémonies du culte, et aussi la lutte des conciles contre le Pape au sujet de la suprématie. Évidemment, au milieu de tels débats, comment
362 LES APÔTRKS.
aurait-on poursuivi efficacement le dessein de Gré-. goire VII touchant le célibat des prêtres? Pour atteindre ce but, pour supprimer une institution telle que le mariage , fondée sur la nature humaine et enracinée par de longs siècles d'exercice, il faut autre chose que des décrets intermittents et, le plus souvent, dépourvus de sanction. Aussi le mariage et le concubinat sous-mariage, tout en subissant le contre-coup des fluctuations politiques, ne cessèrent pas d'être pratiqués au grand jour, surtout dans les provinces éloignées, moins soumises par conséquent à Taction toujours puissante de la papauté. Quant au concubinage bestial , il continua de s'étendre , gagnant tout ce que perdait le concubinat humain. Son intensité était d'autant plus grande que les diocèses étaient plus rapprochés de la cour pontificale, et c'est au sein même de la cour pontificale qu'il atteignait son plus haut degré de putridité.
La suppression du mariage et du sous-mariage est due au concours de trois causes principales : la Réforme, le Concile de Trente et le Séminaire, érigé en pépinière presque exclusive du clergé séculier.
1° Lorsque la Réforme éclata, la plus grande partie des clercs honnêtes qui tenaient à rester Hommes par le mariage et la famille , abandonnèrent l'Église romaine. Ainsi disparut le premier et peut-être le plus résistant obstacle que rencontrait la papauté relativement au célibat obligatoire.
2° Le concile de Trente, en codifiant les doctrines de l'Eglise catholique, accrut considérablement le pouvoir disciplinaire de la papauté. En même temps, le Pape, exclu presque entièrement par les rois des
affaires politiques , put à loisir consacrer ses efforts à. extirper le mariage et le concubipat.
3» Enfin le Séminaire , en prenant le clerc dès sa jeunesse et en le façonnant selon les théories du Vatican, contribua plus que tout le reste au triomphe complet du célibat ^ C'est ce qu'a très-bien saisi Fleury, le judicieux auteur de V Histoire ecclésiastique, comme on le verra, ci-après, dans ses réflexions sur les mesures prises par le concile deBâle. « Changez le système d'éducation, a dit admirablement Leibnitz, et vous changerez la face du monde. »
Au commencement du xv® siècle, le schisme d'Occident remplissait l'Europe chrétienne de troubles et de calamités. Pour mettre fin à ce fléau ecclésiastique , les cardinaux convoquèrent un concile à Pise en 1409, sommèrent le pape italien Grégoire XII et l'anti-pape d'A'vignon Benoît XIII de se démettre; puis ils nommèrent pape Alexandre V. Ni Grégoire ni Benoît ne voulurent abdiquer ; on eut alors le spectacle étrange de trois papes à la fois , tous les trois vicaires du Christ , vice-Dieux terrestres , infaillibles et impeccables, se haïssant mortellement et se combattant à coups d'excommunications avec une pieuse fureur. Alexandre étant mort, un certain Balthazar Gossa , qui dans sa jeunesse avait exercé le brigandage sur mer, fut choisi pour s'asseoir dans la chaire
1. C'est au concile de Tolède, en 675, qu'on trouve pour la première fois l'ébauche de l'institution du séminaire. La trace se perd jusqu'au concile de Latran en 1179, canon 18% où le plan est repris sous forme d'école annexée aux églises. En fait, c'est en 1583, au concile de Bordeaux, que furent établies solidement les bases du séminaire : c'est à partir de Cjstte époque qu'il a porté ses fruits.
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de saint Pierre, sous le nom de Jean XXIII. Pendant quatre années , le nouveau pape put se livrer à ses penchants vicieux et traîner sa Vice-Divinité terrestre dans la fange la plus immonde. Malheureusement les monarques et les cardinaux, qui brûlaient d'en finir avec le schisme, Tobligèrent à convoquer un Concile général à Constance. Ce concile , qui entra en fonctions en 1414 pour résoudre le schisme et aussi pour réprimer Thérésie de Wiclef et de Jean Huss, déposa Jean XXIII. Soixante-dix griefs furent articulés et prouvés contre ce vicaire du Christ. Il fut convaincu d'avoir exercé la simonie, dilapidé le bien des églises , fait un mauvais usage de la puissance spirituelle , scandalisé le peuple chrétien par sa vie licencieuse, avant et après son élévation à la papauté. Voici le texte même du concile de Constance (page 84, collection des Conciles. — Bibliothèque nationale) : « Le pape Jean s'est souillé d'incestes avec la « femme de son frère et avec de saintes religieuses ; « il a défloré des vierges, commis des adultères et « ces crimes odieux qui jadis firent descendre la « colère de Dieu sur cinq villes. » Après diverses péripéties , le pape Jean , retombé Balthazar Cessa, fit sa soumission au pape Martin V qu'on avait élu. Martin le reçut en grâce ; et l'ancien corsaire , que le concile avait convaincu de plusieurs crimes entraînant aujourd'hui la peine capitale ou le bagne à perpétuité, mourut évoque de Frascati et doyen du Sacré Collège !
Parles mœurs delà papauté, on peut juger quelles devaient être celles du clergé. Le recteur de l'Université de Paris, Clémangis, nous en a laissé le tableau complet.
Le recrutement du clergé se faisait parmi les paysans et les manoiivriers, « qui ne comprenaient guère plus le latin que l'arabe ; et même , ô honte I qui étaient incapables de distinguer TA du B ». On a vu précédemment la judicieuse réflexion de M. Guizot sur le but politique poursuivi par Tépiscopat dans le choix d'esclaves ou de paysans ignorants pour remplir les fonctions sacerdotales. Mais, si la puissance des évoques trouvait son profit dans ce mode de recrutement, il n'en était pas de même des bonnes mœurs.
(( L'ignorance entraîne fatalement le libertinage, » dit excelbmmentCléraangis, surtout chez les gens qui n'ont rien à faire et qui jouissent de privilèges au sein de la société. Aussi ces prêtres ignorants passaient-ils leur vie dans la crapule, l'orgie et l'impudicité ; « et c'est en sortant des bras de leurs prostituées qu'ils montaient à l'autel de Dieu ». (XVI, 3).
Les mœurs des prélats sont à l'unisson ; mais ce qui distingue ces hauts dignitaires , c'est leur insatiable avidité. Leur véritable Dieu, le seul qu'ils adorent, c'est l'argent. « Us supportent beaucoup plus tranquillement la perte de dix mille âmes que celle de dix à douze sous (XIV, 1). » Aussi rien n'égale leur rapacité, leur simonie, leurs concussions : « Dans la plupart des diocèses, les évêques vendent aux recteurs de paroisses, moyennant une redevance déterminée, le droit d'avoir publiquement chez eux des concubines (XV, 2). » On voit que ce sacrilège trafic, déjà condamné au xi® siècle par le concile de Lillebonne, n'avait pas cessé de fleurir pendant les quatre cents années qui suivirent. Ce simple
366 LKS APÔTRKS.
rapprochement suffit pour mesurer la profondeur de la corruption invétérée du clergé.
Si du clergé séculier on passe au clergé régulier , le spectacle est peut-être encore plus repoussant. Les chapelains et les chanoines étaient ignorants , cupides , ambitieux , flatteurs , débauchés , ivrognes , incontinents, simoniaques ; ils entretenaient chez eux des concubines et les bâtards qu'ils avaient d'elles XX, 4).
Les moines et les frères mendiants, lubriques, indisciplinés, ne se distinguaient des autres qu'en ce qu'ils étaient plus crapuleux et voleurs (XXI, XXII).
Quant aux couvents de religieuses, la peinture qu'en fait Glémangis est d'une énergie et d'une précision terribles. L'illustre Hallam n'a pas manqué de l'insérer intégralement dans une note du chapitre IX de l'Europe au moyen âge,
« En ce siècle, les couvents de femmes ne sont « pas des sanctuaires de Dieu, mais d'infâmes lupa- « nars de Vénus; ce sont des bouges destinés à « assouvir les passions bestiales des jeunes débau- « chés. Aussi, aujourd'hui, faire prendre le voile à « une jeune fille est la même chose que la vouer à « la prostitution. » (XXIII, 2.)
Quel effet produisait sur l'esprit des peuples le spectacle de cette corruption de l'Église, il n'est pas malaisé de le deviner : « De là le profond mépris du public pour le clergé, mépris allant jusqu'au dégoût. De là le déshonneur jeté sur tout l'ordre ecclésiastique , cette ignominie , cet opprobre , dont les clercs devraient rougir , si leurs fronts bronzés savaient encore rougir. Autrefois, auprès da peuple, le sacerdoce était en grand honneur : rien n'était plus
vénéré que la prêtrise. Aujourd'hui rien n'est plus abject et plus méprisé. » (VI, 3.)
Le tableau, si éloquemment tracé par Tarchi* diacre de Baveux, recteur de l'Université de Paris, reçoit une éclatante confirmation, au xvi* siècle, de la bouche même de l'empereur d'Allemagne , dans une circonstance grave et solennelle. Le concile de Trente était suspendu depuis huit ans lorsque Pie VI fut nommé pape. Le nouveau pontife, désireux de réunir le concile , fit faire des ouvertures à l'empereur et lui demanda sur quels points le concile devrait porter son attention et ses travaux. L'empereur fit répondre au pape que ; « La plus grande corruption paraissait être dans le clergé. Beaucoup de saints, dans leurs écrits, en avaient fait leurs plaintes, et depuis lors le clergé n'en était pas devenu meilleur. Les églises presque désertes , l'assistance aux saints mystères bien rare, beaucoup de licence dans la conduite des séculiers (évêques et prêtres), scandales perpétuels, autant de causes pour le peuple de chanceler dans sa foi. 11 fallait donc commencer par cette correction des mœurs. Ce qui attire le plus les hommes à la foi, c'est la vertu manifeste de ceux qui l'enseignent; c'est là que le pape doit appliquer ses premiers soins*. » C'est le même langage que celui de Glémangis, parce qu'il traduitle même fait , c'est-à-dire la déplorable impression produite sur le public par la corruption du clergé.
Glémangis disait encore , au chapitre XXV, 1 : Je sais bien qu'il y a encore des clercs honnêtes ; mais
1. Hist. du Concile de Trente, par le cardinal Pallavicini, t. II, p. 907. Collection de l'abbé Migne.
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dans quelle proportion? « On en trouverait à peine un sur mille qui s'acquitte sincèrement des devoirs de sa profession. » Lorsque le concile de Trente se réunit de nouveau en 1562, Tempereur et les princes d'Allemagne demandèrent que le concile autorisât le mariage des prêtres. Quel argument employèrentils pour appuyer leur proposition? L'incontinence inouïe du clergé. Voici le discours que prononça l'ambassadeur de Bavière au sein du concile de Trente, le 27 juin 1562 : « L'incontinence du clergé s'étale avec une telle liberté, elle est si notoire, que le clergé déshonoré est devenu l'objet de la haine et du mépris du peuple. Dans la dernière inspection faite en Bavière, telle a été la fréquence des concubinages qu'à peine a-t-on trouvé trois ou quatre clercs sur cent qui ne fussent pas concubinaires, ou qui n'eussent pas contracté des mariages clandestins , ou qui n'eussent pas pris publiquement une épouse. Cette corruption des mœurs a tellement blessé l'âme ignorante du peuple que la prêtrise et les prêtres, la doctrine et les docteurs, sont englobés dans la même exécration. Aussi tous sont-ils plus disposés à se jeter dans la première secte venue qu'à revenir à l'Église*.»
<( Dans toute l'Allemagne , la frénésie du mariage est si ardente que dans les paroisses il est à peine un prêtre sur cent qui ne soit marié en secret ou publiquement'. »
i. Annales de Baronius contÎQuées par Raynaud, prêtre de l'Oratoire, t. XV, p. 239. — Comparer le langage de Tambassadeur au chap. vi, 2, de Clémangis, à rAppendice, n» 17; la ressemblance est frappante. Cela donne au tableau de Clémangis une autorité extraordinaire.