‹ les apotres essai d'histoire religieuseChapitre 15 sur 109 · Actes, V, 12, 14; VIII, 6; IX, 42; XIII, 12; XIX · texte numérisé non relu

Actes, V, 12, 14; VIII, 6; IX, 42; XIII, 12; XIX

cable vouée à ce dernier par les Chrétiens hébreux proviennent précisément de ce que Paul avait prêché Jésus-Messie, non pas uniquement par les Miracles, mais en faisant subir à la doctrine mosaïque de graves altérations.

Et pourquoi auraient-ils porté atteinte à l'orthodoxie nationale ? Jamais Jésus ne fut un Dieu pour eux. Bien plus, il était impossible qu'il le fût ; et la preuve irréfragable, c'est qu'ils avaient vécu avec lui. Ils l'avaient vu tousser, cracher, éternuer, boire, manger, digérer, et le reste. Ils l'avaient vu plus d'une fois, assurément, souffrir de la colique, puisque Jésus mangeait de l'ail, des oignons crus et des poireaux, aliments habituels et favoris des paysans hébreux dès les temps les plus reculés 1 . Conçoit-on un Dieu qui pue l'ail et dont le ventre gargouille ? Non, non, quand on a sous les yeux le spectacle de telles infirmités, on peut vénérer dans un homme la vertu, la sagesse et le génie ; mais il est impossible de voir en lui unie Divinité. Aussi les Apôtres n'ont-ils jamais cru à la divinité de Jésus ; ils l'ont regardé comme Ykomme, rédempteur d'Israël, annoncé par les Prophètes ; en un seul mot, comme le Messie. Comment l'appellent-ils, en effet? toujours Jésus de Nazareth *. Il ne faut pas se laisser égarer par l'expression de Fils de Dieu ; elle était métaphorique et s'appliquait à tous ceux qui, aux

1. Nombres. XI-5. « Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Egypte pour rien; les concombres et les melons, les poireaux, les oignons et l'ail nous reviennent à l'esprit. »

2. Actes II, 22; IV, 10; VI, 14; X, 38; XXII, 8; XXVI, 9, etc. Comparer à Matthieu, XXVI, 69, 71 | Marc XIV, 67, etc.

7ti LES APÔTRES.

yeux du vulgaire, semblaient élevés au-dessus des autres hommes, soit par leur naissance, soit par leurs vertus. Aussi, dans la Bible, les exemples sont fréquents de cette appellation, donnée à des prophètes, à des rois, au peuple hébreu tout entier ; ainsi qu'on le verra dans la Notice intitulée Signification de Fils de Dieu, insérée dans l'Appendice n°i.

Rien dans les Évangiles synoptiques ni dans les Actes des Apôtres, ni dans les Épi très de Paul, ne peut jeter l'ombre d'un doute sur l'orthodoxie des Apôtres, lorsqu'à la lumière de la critique, on a su éclairer certaines difficultés apparentes ; celles-ci mêmes ne sont difficultés que grâce à notre inconcevable ignorance en histoire religieuse.

1° Orthodoxes, les Apôtres Tétaient à l'origine, par leur humble condition. Comment, sans culture rationnelle et sans relations avec l'étranger, ces pêcheurs hébreux auraient-ils pu dévier de l'Orthodoxie ?

2° Orthodoxes, ils l'étaient même plus que nombre de gens de leur classe, ainsi que l'attestent les surnoms de Rocher de la Foi et de Zélateur, donnés à quelques-uns d'entre eux.

3° Orthodoxes, quel risque couraient-ils en suivant un homme qui s'écriait : « Je viens pour accomplir la Loi et les Prophètes ! »

4° Orthodoxes, ils ne cessaient pas de l'être, en croyant à l'accomplissement des Prophéties, à la venue du Messie promis par Jéhovah lui-même.

§ II. — Les Apôtres et le Peuple.

L'Orthodoxie est donc le caractère distinctif de la Religion des Apôtres. Elle n'était pas une vaine et stérile opinion qui, du domaine de l'esprit, ne passe jamais dans les actes ; car nul Hébreu ne s'acquittait aussi ponctuellement que les Apôtres des pratiques du Culte mosaïque.

«Actes, II, 46. Ils continuaient d'aller tous les jours au Temple, dans l'union du même esprit. »

« III, 1 . Un jour, Pierre et Jean montaient l'un avec l'autre au Temple, pour la prière de la neuvième heure. »

« X, 9. (A Joppé) Pierre monta sur le haut de la maison vers la sixième heure pour prier. »

Aussi, en voyant ces hommes observer, à chaque heure réglementaire, les pratiques de la piété la plus austère, le Peuple les avait-il en grande faveur :

« Actes, II, 47. Ils louaient Dieu et se faisaient aimer de tout le Peuple. »

« IV, 21. (Les Juges) renvoyèrent les Apôtres avec menaces, ne trouvant point le moyen de les punir, à cause du Peuple. »

« V, 13. Aucun des autres n'osait se joindre à eux ; mais le Peuple leur donnait de grandes louanges. — 26. Le Capitaine emmena les Apôtres sans violence, car il craignait d'être lapidé par le Peuple. »

Ainsi, les Apôtres, disciples de Jésus, devaient la faveur populaire à leur orthodoxie et à l'observance

des rites orthodoxes. « On les regardait comme une secte de hasidim ou gens pieux ; on n'était ni schismatique ni hérétique pour s'affilier à eux, pas plus qu'on ne cesse d'être protestant pour être disciple de Spener (fondateur de la secte des Piétistes), ni catholique pour être de l'ordre de saint François ou de saint Bruno 1 . »

§ III. — Les Apôtres et les Sadducéens.

Le Temple de Jérusalem. s'élevait à la partie septentrionale d'une immense place carrée, laquelle était fermée par des murailles d'une solidité extraordinaire (12 mètres de haut, 5 mètres de large). Tout le long de la face intérieure des murs, couraient des galeries composées de trois et même de quatre rangées de colonnes. La plus belle; celle du Midi , s'appelait Portique royal ; et celle de l'Orient, Portique de Salomon. « La plate-forme du Temple servait de lieu général de rendez-vous, de place publique, de forum aux habitants de Jérusalem et aux visiteurs des provinces 8 . On s'y promenait, on y discutait, on y prêchait en plein air ou à l'abri du soleil et de la pluie, sous les galeries 8 . »

Les Apôtres et les disciples de Jésus avaient l'habitude de se réunir au Portique de Salomon (Actes, III, 41 ; V, 12) ; c'est là qu'ils tenaient leurs conférences et faisaient leur prédication. Vers l'an 35,

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