CHAPITRE IV
§ 1. — Pauvreté croissante de l'Église
de Jérusalem.
Dans toute Société communiste, où chacun apporte comme droit d'entrée le prix total de la vente de ses biens, les commencements sont charmants, car l'argent afflue dans la caisse. Mais les dépenses journalières et la distribution à chacun selon ses besoins font rapidement une large brèche aux finances. Puis, les conversions sont loin d'être toutes fructueuses; beaucoup sont admis qui n'apportent rien au fonds commun ; ils sont une charge, et non une aide. C'est ce qui arriva à la Communauté des Apôtres.
D'autre part, un capital bien employé aurait pu, sinon enrichir l'Église de Jérusalem, du moins retarder sa ruine. Malheureusement, les administrateurs étaient incapables de rendre l'argent productif; puis, l'ascétisme, qui faisait de la pauvreté l'idéal de la sainteté, et du pauvre l'ami de Jésus, était un second obstacle à une gestion intelligente des fonds de la Société.
134 LES APÔTKES.
Enfin, on comptait sur la fin prochaine du monde; mais, cette fin tardant à venir, la caisse s'épuisait. Il en résulta promptement, même avant la révolution des Hellénistes, un sensible état de gêne. C'est en ce moment que se place l'assassinat d'Ànanias et de Saphira, qui sera raconté ci-après.
Vers l'année 44, sous le règne de l'empereur Claude, une disette horrible sévit en Judée. La Communauté, qui languissait dans l'indigence, courut le danger d'être détruite par la famine. Les Anciens firent appel aux frères de l'Asie Mineure. Constituées sur le modèle des associations païennes, établies dans un pays riche et industrieux, les Eglises des Gentils organisèrent une collecte avec empressement, tant était grand le prestige dont jouissaient les saints de Jérusalem ! C'était le nom qu'on leur donnait. Ainsi fut inaugurée cette pieuse mendicité qui, cette fois, du moins, mérita d'être appelée le Denier de saint Pierre ; car saint Pierre était le chef nominal de l'Église de Jérusalem. Déterminée à l'origine par une réelle détresse, la mendicité fut érigée en système et persista à travers les siècles comme l'un des procédés les plus utiles pour extraire de la bourse des Fidèles cet or dont a soif l'Église romaine.
a Actes, XI, 29-30; XXIV, 17 | Galates, II, 10 | Romains, XV, 26 | I Corinth., XVI, 1. Quant à ce qu'on recueille pour les Saints... | II Corinth., VIII, 4. Aumônes destinées aux Saints..., 14; IX, 1. Secours destinés aux Saints. — 12. Offrande qui supplée aux besoins des Saints. »
Ainsi réduite aux ressources peu nobles de l'aumône, l'Église de Jérusalem se traîna jusqu'à l'an 70 ;
la ruine de la ville par Titus lui porta le coup mortel. A partir de cette époque, la petite Communauté que formèrent les Saints échappés au désastre ne fit plus que végéter. Au contraire, les Églises grecques et romaines étendirent leurs rameaux par tout le monde antique. Deux siècles plus tard, on vit un spectacle étrange, bien qu'il fût le produit logique de la succession des faits. L'Église catholique regarda comme hérétiques les membres d'une Communauté chrétienne qui professaient les points suivants : Moïse est un envoyé de Dieu; la loi de Moïse est divine ; Jésus est le Messie ; il faut croire en lui, se faire baptiser et observer sa morale. On appelait ces frères Nazaréens et aussi Ebionites, ou les pauvres, de l'hébreu ébionim, pluriel de ébion, pauvre. Jadis, le singe de la Fable avait transformé un port de mer, le Pirée, en homme. Les Pères de • l'Église, plus puissants que lui, métamorphosèrent l'adjectif ébion en chef d'hérésie et le vouèrent à l'exécration de la postérité. Ébion fut damné et avec lui les Ébionites. Or les Ébionites ou Nazaréens étaient les héritiers directs de Jésus et des Apôtres. Passé aux Grecs imbus d'idées panthéistiques ou philoniennes, le catholicisme avait dépouillé peu à peu ce qu'il avait reçu de Jésus et du Mosaïsme. Gnostique et platonicien, il était devenu la doctrine la plus opposée à la religion et à la doctrine de Jésus. L'Évangile selon saint Jean est le livre qui marqua la date de cette radicale transformation. Il est donc tout naturel que le gnosticisme, affublé du nom mensonger de Christianisme, ait flétri comme hérétiques les seuls et vrais successeurs des Apôtres. Exempte» mémorable, qui met en un relief saisissant
l'effet produit par les divergences accumulées, et qu'explique avec sûreté la théorie de révolution !
§ II. — Ananias et Saphira.
Vers la troisième année de la fondation de la Communauté apostolique, un événement tragique jeta la terreur parmi les membres de l'Église et parmi tous ceux qui en entendirent parler. Un paysan et sa femme avaient comparu séparément devant le Comité des Apôtres présidé par saint Pierre ; là, sans aucune forme de procès, on les avait l'un et l'autre condamnés à mort et sur le champ exécutés. La fosse était préparée d'avance ; à trois heures d'intervalle, le cadavre de la femme, enveloppé d'un suaire, rejoignait celui du mari.
Actes, V, 1-11.
La condition d'entrée dans la Communauté était, comme on le sait, de vendre les biens qu'on possédait et d'en verser le prix intégral dans la caisse commune. Les distributions se faisaient à chacun selon ses besoins, et non pas selon la mise de fonds. Comme la fin du Monde était imminente , ainsi qu'on le croyait, les finances de la caisse semblaient suffisantes pour atteindre sans nul souci l'avènement du Christ. Un an, deux ans se passent, la fin du Monde ne vient pas ; les recettes que fait la caisse ne compensent plus les dépenses ; le déficit s'accroît ; les inquiétudes des Apôtres sur l'avenir de leur Société s'éveillent.
Peut-être au début, lorsqu'il s'agissait de constituer solidement leur Communauté, lesr Apôtres
avaient-ils glissé sur l'application du règlement qui exigeait la remise totale du prix des biens vendus : il fallait d'abord acquérir des adhérents. Mais lors-, que l'équilibre du budget fut rompu au détriment des recettes , les Apôtres songèrent à faire exécuter le statut dans toute sa rigueur. Pour couper court aux retenues illicites , ils résolurent de frapper un grand coup et d'agir par la terreur. Instruits par quelque délation qu'un paysan nommé Ananias et sa [femme Saphira se disposaient à entrer dans la Communauté en dissimulant une partie du prix de la vente de leurs terres ; d'autre part, ayant sans aucun doute examiné les conditions d'isolement de ces deux paysans, ce qui permettait d'accomplir l'homicide sans risque ni péril, les Apôtres, réunis en comité, reçoivent le mari Ananias. Lorsque celui-ci eut fait le dépôt , Pierre , qui présidait , reproche à Ananias sa dissimulation : Personne ne l'a contraint à entrer dans la Communauté; il était donc libre de garder son bien sans le vendre , ou , l'ayant vendu , d'en conserver l'argent. Mais puisqu'il se présente volontairement pour être admis dans la Communauté, il s'est rendu coupable envers elle d'un détournement de fonds; car la déclaration qu'il a faite touchant la vente de ses biens est fausse. « Actes, V, 4. Ce n'est pas aux hommes que vous avez menti, s'écrie Pierre, c'est à Pieu/ 1 — 5. Ananias,
1. On voit que cette phraséologie ne date pas d'aujourd'hui. La prétention qu'ont les Prêtres d'être une incarnation de Dieu s'est manifestée le lendemain du jour où une hiérarchie s'est fondée. Ce qui est peccadille lorsque la chose est faite à un laïque, devient un sacrilège lorsqu'elle est faite à un prêtre. Ingénieuse invention, source inépuisable de privilèges et de
ayant ouï ces paroles, tomba mort.— 6. Aussitôt quelques jeunes hommes enlevèrent ce corps, et, l'emportant, ils l'enterrèrent. »
Trois heures après, Saphira, ignorant le sort de son mari, se présente devant le Conseil des Apôtres. « Actes, V, 8. Dites-moi, femme, lui demanda saint Pierre, vous avez vendu votre fonds pour tel prix (celui qu'Ananias avait déclaré) ? — Oui, réponditelle, pour ce prix-là. — * 9. Mais Pierre lui dit : C'est ainsi que vous vous êtes concertés pour mettre à l'épreuve l'esprit du Seigneur!.. Entends-tu ces pas à la porte? Ce sont les pas des gens qui viennent d'enterrer ton mari ; ils vont t'emporter à ton tour. — 10. Aussitôt Saphira tomba à ses pieds et expira. Les jeunes hommes étant entrés la trouvèrent morte et l'emportèrent; ils l'enterrèrent auprès de son mari — 11. Cet événement répandit une grande frayeur dans toute l'Église et parmi ceux qui en entendirent parler. »
Tel est le récit de la mort d'Ananias et de Saphira, dans les Actes des Apôtres, chapitre V, 5-11. Passons à l'examen critique de ce lugubre épisode.
1° Comment Ananias et Saphira sont-ils morts? — Ananias et Saphira sont entrés vivants dans la salle des Apôtres ; c'est à l'état de cadavres qu'on les en a emportés, tel est le fait avéré, incontestable et incontesté. Comme les lois universelles, constantes et invariables qui régissent la nature excluent absolument le miracle, il s'ensuit que la parole de Pierre
bénéfices ! Aussi ce genre de langage est-il caractéristique de la valeur d'un homme. On peut être sûr que quiconque en fait usage est un hypocrite sans honneur et sans moralité.
n'a pu causer leur mort. Une onde aérienne chargée d'acide cyanjiydrique ou d'hydrogène sulfuré pourrait donner la mort; mais, comme les poumons de saint Pierre étaient inhabiles à exhaler de l'hydrogène sulfuré ou du gaz cyanhydrique , il s'ensuit qu'il est impossible que la parole de Pierre ait tué Ananias et Saphira. Par conséquent, Ananias et Saphira ont péri par un autre procédé ; on peut choisir entre la strangulation, le poignard ou le poison ; cela est indifférent parce que ces trois modes sont trois modes naturels. Mais que dis-je? En supposant que la parole de Pierre ait eu, aussi bien que le lacet ou le couteau, cette vertu magique d'immoler; la vraie question à résoudre resterait tout entière ; cette question, la voici : « Ananias et Saphira méritaient-ils la mort? » Tout est là, en effet. Car, si Ananias et sa femme étaient dignes de la mort, la sentence portée par Pierre est justifiée à un certain point de vue. Mais si les deux victimes ne méritaient pas la mort, saint Pierre , en les faisant périr, s'est souillé d'un crime : il a commis un assassinat.
II Ananias et Saphira méritaient-ils la mort? — Les statuts prescrivaient la remise totale du prix des biens vendus ; en dissimulant une partie du prix (peu importe la quantité, fût-ce le quart ou la moitié), Ananias et Saphira avaient violé les statuts, cela est certain. Cette violation demandait-elle la mort pour sanction?
A. Morale moderne. — Il existe dansles grandes villes de l'Europe certaines institutions de bienfaisance où sont admis les vieillards dont les moyens d'existence sont reconnus insuffisants... Supposons qu'Ananias et Saphira, dissimulant les neuf dixièmes de leurs
revenus, demandent à entrer dans l'un de ces établissements. Supposons, en outre, que, parjine dénonciation quelconque, le Comité d'admission soit prévenu du véritable état de fortune d'Ananias et de Saphira. Que fera le président du Comité? Il dira : « Ananias, vous déclarez cinq cents francs de rente ; c'est un mensonge, vous en avez cinq mille. Yoici la porte ; hâtez-vous de déguerpir. » Mais faire égorger le mari et la femme?.. ridicule hypothèse! le le président et le comité passeraient en Cour d'assises , leur châtiment oscillerait entre l'échafaud ou le bagne à perpétuité. Il s'ensuit qu'aux yeux de la justice et de la morale moderne, l'acte de saint Pierre a tous les caractères de l'assassinat.
Mais appliquer aux temps reculés et à des hommes vivant dans un milieu tout différent le critérium de la morale moderne serait trop rigoureux. L'impartialité exige que pour juger les hommes on ne les sépare ni de leur temps ni dès conditions où leur vie s'est écoulée. Leur valeur morale absolue en est assurément dépréciée , puisqu'on est obligé de les mesurer, non pas à la règle idéale, mais à une règle relative : du moins, on est équitable envers eux. C'est ainsi, par exemple, qu'un enfant ne peut être jugé d'après la même règle qu'un homme fait; ni un paysan ignorant et misérable comme un citadin qui, riche et instruit, a eu toutes les facilités pour s'élever à l'honnêteté. Mesurons donc l'acte de Pierre à la règle du temps et du milieu où il vivait.
B. Morale des associations païennes; — Dans les associations religieuses des Grecs , tout sociétaire qui ne versait pas la contribution fixée par la loi était condamné à payer le double. Pour une contravention
aux prescriptions religieuses , l'amende était encore plus forte. Enfin, pour les cas les plus graves, on prononçait l'exclusion. L'exclusion était regardée comme une peine si sévère que dans les Orgéons trois cas seulement sont connus 1 . Amende et exclusion, telles étaient les pénalités des associations païennes. Membres d'une association païenne, en mettant la chose au pire, Ananias etSaphira eussent été exclus de la société, avec confiscation de la somme qu'ils eussent versée. Par conséquent, en jugeant l'acte de saint Pierre d'après la morale des Associations païennes du temps , cet acte apparaît avec tous les caractères de l'assassinat.
C. Morale de Moïse. — Dans l'ancienne loi, l'homme qui niait un dépôt, ou qui, au sujet d'une somme d'argent, donnait une fausse attestation, était condamné à restituer le dépôt ou la somme pour laquelle il avait menti , avec un cinquième en plus; il devait aussi faire un sacrifice expiatoire, Lévitique, VI, 1-6.
La peine de mort était réservée aux grands crimes, tels que l'homicide, le blasphème contre Jéhovah, l'inceste.
D. Morale du Sanhédrin contemporain. — Au temps même des Apôtres, le droit d'appliquer la peine capitale était considéré comme si excessif qu'un Sanhédrin qui condamnait à mort une fois en sept ans était appelé sanguinaire. « Il mérite cette qualification , dit le docteur Éliézer, quand il prononce une pareille sentence une seule fois en soixante-dix ans. » « Si nous eussions été membre de la Haute Cour, dit le docteur Akiba , nous n'aurions jamais
i. Foucart, les Associations religieuses, p. 42.
condamné un homme à mort 1 . » Par conséquent, en jugeant l'acte de Pierre d'après la loi ancienne et d'après la jurisprudence des tribunaux contemporains , cet acte apparaît avec tous les caractères de l'assassinat.
E. Morale de Jésus. Reste un dernier examen, celui de l'acte de saint Pierre comparé à la doctrine de Jésus; ou, en d'autres termes, comment Jésus aurait-il jugé l'acte de Pierre? Le résultat de l'examen est accablant pour saint Pierre : son cas a été prévu. Que dit, en effet, Jésus? « Matthieu, V, 21. Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Vous ne tuerez point; et quiconque tuera, méritera d'être condamné par le tribunal. — 22. Mais moi, je vous dis que quiconque se mettra en colère contre son frère méritera d'être condamné par le tribunal ; qui dira à son frère : iïaca, méritera d'être condamné par la Haute-Cour ; et que celui qui lui dira : Vous êtes un insensé , méritera d'être condamné au feu de l'enfer. »
Ce n'est pas tout : Jésus se rendant à Jérusalem envoya quelqu'un en avant pour retenir un logement dans un bourg de la Samarie par où il devait passer. Apprenant que Jésus et ses compagnons étaient des orthodoxes , les habitants refusèrent de les recevoir. « Luc, XI, 54. Ce que Jacques et Jean ses disciples ayant vu lui dirent : Seigneur, voulez-vous que nous commandions , comme fit Élie , que le feu descende du ciel et qu'il les consume? — 5o. Mais, se retournant, Jésus les reprit et leur dit : Vous ne savez pas à quel esprit vous êtes appelés, — 56. Car le Fils de
i. Salvapor, Institutions de Moïse, t. I, p. 324.
l'Homme n'est pas venu pour faire périr les hommes, mais pour les sauver. »
Pierre n'a donc pas d'excuse. Jésus lui avait enseigné sa morale ; Jésus lui avait donné l'exemple après la leçon ; Pierre a connu les préceptes de Jésus ; il a été le témoin journalier de la conduite du Maître ; par conséquent , rien ne peut atténuer l'horreur de l'acte qu'il a commis à l'égard d'Ananias et de Saphira : c'est un assassinat.
En résumé, en appréciant l'acte de saint Pierre :
1° D'après la morale moderne;
2° D'après la morale des Associations païennes ;
3° D'après la morale de Moïse ;
4° D'après la morale du Sanhédrin contemporain ;
5° D'après la morale de Jésus ,
On aboutit invariablement au même jugement; et ce jugement, le voici : L'acte de saint Piwe est un assassinat.
111° Circonstances aggravantes pour saint Pierre. — En prenant la dissimulation d'Ananias et Saphira comme dictée exclusivement par un motif cupide, il n'en est pas moins resté évident que la mort donnée aux deux époux pour ce délit violait toutes les lois, lois écrites aussi bien que loi naturelle. C'est à peine si les législations existantes eussent infligé, comme limite extrême, l'expulsion des deux sociétaires avec confiscation de leurs versements. Eh bien, les circonstances accessoires du fait ajoutent encore à son atrocité. Ananias n'a pas été interrogé; on ne lui a pas accordé une minute pour se défendre ou pour se repentir. A peine a-t-il déposé la somme aux pieds des Apôtres que saint Pierre lui crie : Tu as menti à Dieu! Sur-le-champ on l'assassine. Ce crime
était donc préparé. Attendue non sans une impatience secrète, l'occasion d'inspirer la terreur à la Communauté est saisie avec empressement; on craignait tellement qu'elle échappât, qu'à peine Ananias est-il entré dans la salle que la sentence de mort est fulminée contre lui et soudain exécutée. Mais si la fausse déclaration d'Ananias n'a pas eu pour mobile exclusif la pure cupidité ; si elle puise une singulière atténuation dans des inquiétudes fondées et dans de pénibles conditions d'existence, comment devra-t-on qualifier l'acte de saint Pierre et la moralité des Apôtres?
On sait combien, en général, la vie est dure pour les pauvres gens; mais combien elle l'était davantage en ces temps troublés, dans un pays occupé militairement par l'Étranger, dans une ville où l'aristocratie sacerdotale réduisait les faibles et les petits au désespoir par ses exactions 1 ! Aussi le paysan et l'ouvrier avaient-ils contracté une méfiance incurable ; aussi vivaient-ils dans la perpétuelle préoccupation du lendemain. Cela est vrai encore aujourd'hui. A ce constant souci de l'avenir se joignait une autre anxiété, celle d'une disette toujours à craindre. « Dans un pays où l'organisation économique était nulle, où le commerce avait peu de développement, et où les sources du bien-être étaient médiocres, les famines ne pouvaient manquer d'arriver*. » On ne dépouille pas aisément les mœurs façonnées partant d'années de misère. En cauteleux paysans, Ananias
1. Êpitres de Jacques, II; Josèphk, p. 534; Renan, Antéchrist, p. 49.