LA FAMILLE
1° Mosaîsme. — Moïse avait fait du Mariage l'institution fondamentale de la Nation. « Croissez et multipliez», avait dit Jéhovah. La propagation de l'espèce avait préoccupé tellement le Législateur, qu'au Mariage il avait adjoint la Polygamie. Aussi, les jeunes Hébreux se mariaient-ils tous vers leur vingtième année ; l'idéal du bonheur qu'on leur enseignait à poursuivre était de se reposer, au déclin de leur vie, dans leur vigne et sous leur figuier, entourés de nombreux enfants.
Ainsi que toutes les Religions, le Mosaîsme, à l'approche des solennités, imposait certaines privations ou mortifications préparatoires ; se dégage^ des choses terrestres et se rendre ainsi plus apte à communiquer avec la Divinité, tel en était le but général. C'est pourquoi le Législateur avait prescrit aux maris trois jours de continence avant les grandes cérémonies. « Exode, XIX, 15. Moïse, descendant du Sinaï, dit au peuple : Soyez tous prêts pour le troisième jour, et ne vous approchez d'aucune femme. » Dans I Samuel, XXI, 2-5. David, affamé, demande au Grand-Prêtre les pains de pro-
sœurs ne sont-elles pas parmi nous? D'où lui viennent donc toutes ces choses ? Et ils prenaient de lui un sujet de scandale. »
Jésus, à qui ces paroles perçaient le cœur eomme d'un coup de poignard, laissa échapper cet aveu si plein d'amertume : « Hélas! nul prophète n'est en honneur dans son pays. » Il sortit de Nazareth et n'y rentra plus jamais.
Matthieu, XIII, 53-58 | Marc, VI, 1-6 | Luc, IV, 14-24.
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position (équivalent des hosties catholiques) pour lui et pour son escorte. Le Grand-Prêtre y consent : « 4. Pourvu que les gens se soient conservés purs, surtout par rapport, aux femmes. — 5. David répondit au Grand-Prêtre : Nous ne nous sommes approchés d'aucune femme depuis hier et avant-hier que je suis parti. » Les purifications légales, suspensions légères, rares et limitées, que dictait l'hygiène ou la piété, n'altéraient pas plus l'institution du Mariage que des intervalles de repos ne portent atteinte à la loi du travail.
II Essénisme. — Seuls au milieu de la nation juive, les Essénie.ns-moines vivaient dans le célibat. «Us rejettent le mariage», dit Josèphe, mais ce n'était point, comme il le dit, parce qu'ils voulaient se garantir de l'incontinence des femmes, lesquelles, selon l'opinion que leur prête l'historien, ne gardent presque jamais à leurs maris la fidélité qu'elles leur doivent 1 . Ils étaient trop sensés pour ignorer que s'il est des femmes qui se conduisent mal, il en est d'autres dont les mœurs sont irréprochables 8 . Ce qui met à néant l'assertion de Josèphe, c'est que toute une catégorie d'Esséniens, les Esséniens laïques, se mariaient et avaient des enfants sans pour cela cesser d'être Esséniens. La différence entre ces deux catégories d'Esséniens est celle qui existe aujourd'hui, dans le Catholicisme, entre les
1. Le pauvre Josèphe avait été indignement trompé par sa femme : a Vous êtes orfèvre, monsieur Josse. »
2. Ecclésiastique, XXXI, 1. « Le mari qui a une bonne femme est heureux, et le nombre de ses jours se multipliera au double. — 2. La femme forte, etc. — 3. La femme vertueuse. . »
Chrétiens clercs et les Chrétiens laïques ; les uns se vouent au célibat, théoriquement pour être en état constant de pureté ; les autres, vivant de la vie civile, se contentent des purifications légales avant les solennités (jeûnes, confession, etc.) ; la règle instituée par Moïse s'est modifiée dans les formes ; au fond, elle est toujours en vigueur. Si les Esséniens-moines avaient adopté le célibat, c'est qu'ils voulaient se tenir constamment en état de pureté légale. « Exode, XIX, 6. Vous me serez un royaume de sacrificateurs et une nation sainte , c'est là ce que vous direz aux enfants d'Israël. » Les Esséniens avaient entendu la parole de Jéhovah : « Ils considéraient les voluptés comme des vices qu'on doit fuir; la continence et la victoire de ses passions comme des vertus qu'on ne saurait trop estimer. » C'est Josèphe qui le dit; tel est le vrai sentiment qui animait ces nazirs perpétuels.
Ce qui prouve bien que tel était le motif de ce rejet du mariage, c'est qu'ils se consacraient à l'éducation des enfants avec une tendresse toute paternelle : « Josèphe. Les Esséniens reçoivent les jeunes enfants qu'on leur donne pour les instruire; ils les nourrissent et les habillent ; ils les élèvent dans la vertu avec autant de soin et de charité que s'ils en étaient les pères. »
III Jésus. — Contrairement à la Loi et aux moeurs hébraïques, Jésus, à trente ans révolus, n'était pas marié ; il est mort célibataire. Non-seulement il a vécu dans le célibat, mais il l'a imposé à ses disciples ; et cela, dans un but de propagande, pour instruire leurs concitoyens et leur annoncer la
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bonne nouvelle (Matthieu, X, 37, 38 ; XVI, 24, etc.). Il résulte de ce fait que non-seulement Jésus s'est écarté du Mosaïsme pour se rapprocher des Esséniens, mais encore qu'au sein mêmedel'Essénisme, il est plus près des Ascètes que des Esséniens civils. Enfin, particularité curieuse, Jésus avait pour, les enfants une tendresse aussi vive que le faisaient les Esséniens. Sans doute il n'est pas besoin d'être Essénien ni célibataire pour aimer les enfants ; il est clair que ce fait, en lui-même, n'a rien de caractéristique ; mais, comme il vient à la suite de tant d'autres faits qui sont, eux, topiques et décisifs, il ne laisse pas d'être bon à noter en passant 1 .