‹ les apotres essai d'histoire religieuseChapitre 52 sur 109 · PARDONNER LES INJURES · texte numérisé non relu

PARDONNER LES INJURES

A. « Matthieu, V, 39. Si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui l'autre .» (Lamentations de Jérémie, III, 30.)

B. « Matthieu, VI, 14. Si vous pardonnez aux hommes les fautes qu'ils auront commises contre vous, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres. » (Ecclésiastique, XXVIII, 2.)

4° faire du bien a ses ennemis

« Matthieu, V, 44. Aimez vos ennemis; bénissez ceux qui vous maudissent ; faites du bien à ceux qui vous haïssent; et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous font quelque tort. »

En comparant ces sentences de Jésus à celles du Mosaïsme, on remarquera que le sens est identique ; seulement, le langage de l'Ancien Testament a un coloris plus vif; l'image est poétique, et le tour frappant. (Exode, XXIII, 4, 5. | Proverbes, XXV, 21.)

En cet endroit, le texte de Matthieu contient un verset étrange : « V, 43. Vous avez appris qu'il a été dit : Vous aimerez votre prochain, et vous haïrez votre ennemi. » Or, l'Ancien Testament ne renferme rien de pareil; le seul passage qu'on puisse citer n'a

rien qui approche de la maxime précédente. Il s'agit des Ammonites et des Moabites, qui ont opposé aux Hébreux envahisseurs une résistance opiniâtre. « Deutéronome, XXIII, 6. Tu ne chercheras jamais leur paix ni leur bien. » Il y a loin de là à la sentence générale : Vous haïrez votre ennemi. Bien mieux, le Seigneur continue en ces termes : « 7. Tu n'auras pas en abomination l'Iduméen, car il est ton frère! tu n'auras pas en abomination l'Égyptien, car tu as été étranger dans son pays. » La haine et la tolérance ne peuvent pas se succéder d'un verset à l'autre.

D'autre part, Jésus ne peut pas avoir inventé une calomnie, ainsi que plusieurs l'en ont accusé. Le verset est authentique; il est donc nécessaire de chercher l'origine et la source de cette parole de Jésus *. D'abord Jésus ne dit pas que la maxime est dans l'Ancien Testament ; il dit ceci : & Vous avez appris ». Or, au temps de Jésus, on apprenait nonseulement la Loi écrite, mais aussi et surtout la Loi orale, celle des Pharisiens. Les Pharisiens de l'École de Schammaï, que Jésus a combattus avec tant d'ardeur pendant toute sa vie, avaient l'oreille du peuple. A leur déplorable influence sur le Mosaïsme qu'ils avaient rétréci, énervé, desséché, ils joignaient une implacable haine pour les Romains. Les conspirations étaient permanentes. Les Illuminés, qui, à chaque instant, entraînaient la foule; les farouches zélateurs qui insufflèrent au peuple entier une exaltation inouïe dans l'histoire; tous ces fanatiques

1 Ce qui suit doit être regardé comme un essai d'interprétation.

dérivaient du Pharisaïsme de Schammaï. Il est aisé à comprendre que « Haïr l'ennemi »> c'est-à-dire le Romain, était l'enseignement de tous les jours et de toutes les heures. Jésus, si profondément imbu de l'esprit libéral du Mosaïsme prophétique, aura essayé de lutter contre cet enseignement donné à la Multitude, il aura compris que, sous le couvert du patriotisme, une telle maxime n'allait à rien de moins qu'à tuer en chacun les attributs de l'Humanité 1 .

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