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Malherbe, Prière pour Henri le Grand en

ce chapitre, il ne sera pas inutile de rappeler succinctement quelle était la hiérarchie dans l'Église.

« Nombres, XVIll, 20. Le Seigneur dit à Aaron, chef de la tribu de Lévi : Je serai votre partage et votre héritage au milieu des enfants d'Israël. »

En vertu de cette parole, la tribu de Lévi fut seule investie des fonctions sacerdotales. Or partage, héritage, en grec, se dit cléros; de là le nom de clerc qui, chez les Chrétiens grecs d'Asie Mineure, fut donné à quiconque se consacrait au service de Dieu. Le clergé est l'ensemble des clercs 1 .

Voici quelle fut la hiérarchie ; elle est divisée en deux catégories : 1° les ordres majeurs ou sacrés; 2° les ordres mineurs.

Les ordres majeurs sont :

1° L'Évêque. — Sa prééminence sur les prêtres est de droit divin. Plus tard, l'évêque est rentré dans la prêtrise; d'où la réduction des ordres majeurs à trois.

2° Le Prêtre. — Voici quelles sont ses fontions : A. Il offre le sacrifice du corps et du sang de Jésus- Christ; B. Il bénit; G. Il préside les assemblées chrétiennes en l'absence de l'évêque; D. Il prêche, mais après délégation de l'évêque , lequel est le ministre essentiel de la parole; E. Il baptise.

3° Le Diacre. — Voici quelles sont ses fonctions : A. Dans le principe, il présidait aux tables de la Communauté et à la distribution des vivres (Actes des Apôtres, VI); B. Il portait l'évangile et la croix dans les cérémonies ; C. Il servait de témoin à l'évêque

i. Telle est l'étymologie ecclésiastique. Voir la véritable ori* gine, chap. m, p. 99.

dans le cas où celui-ci eût été accusé; D. Il avait surtout la police de l'Église.

4° Le Sous-diacre. — Il servait de Diacre dans la liturgie. Jusqu'au XII e siècle, le sous-diacre fit partie des ordres mineurs ; mais il paraît que dès Tan 450 environ il fut astreint au célibat 1 .

Les ordres mineurs sont :

1° L'Acolyte. — Il était pour ainsi dire le valet de Tévêque et du prêtre : c'était lui qui allumait les cierges , tenait les sacs de pains qui primitivement servaient d'eucharistie.

2° L'Exorciste. — C'était le clerc qui délivrait les énergumènes de la possession des démons en leur imposant les mains et en récitant sur eux les prières publiques.

Tertullien, Apologétique, XXII, vante les Chrétiens comme étant les plus habiles exorcistes ; c'est aux exorcistes chrétiens que les Païens devaient leur guérison !

Le concile de Laodicée, tenu en 364, jugea prudent de refréner ce fétichisme grossier. Par le canon 36 e , il défendit aux prêtres et aux clercs d'être magiciens, enchanteurs, astrologues, et de faire des amulettes (en grec, phylactérion) pour guérir les maladies.

3° Le Lecteur. — Il lisait publiquement les saintes Écritures dans l'église; Il était aussi chargé de la garde des Livres saints.

4 P Le Portier. — Préposé à la garde des portes de

1. Abbé Guyot, t. I, p. 52 : Continence imposée aux sousdiacres par le pape saint Grégoire le Grand, 84° lettre, vers Tan 450. Cette interdiction est restée à peu près lettre morte pendant plus de huit siècles.

l'église , il devait empêcher les Païens de pénétrer dans le temple ; il veillait à ce que hommes et femmes entrassent chacun par la porte qui était réservée à leur sexe.

Quoique le célibat ne fût pas obligatoire pour les quatre ordres mineurs, cependant on préférait qu'ils ne fussent pas mariés.

Enfin la marque caractéristique et distinctive du clergé tout entier, depuis l'évêque jusqu'au portier, était la tonsure. La tonsure est devenue obligatoire vers le VII e siècle, concile de Tolède en 633, canon 41 e .

Gomme les mots Simonie et Simoniaque se présenteront fréquemment dans cette esquisse, voici quel en est le sens et l'origine :

Actes des Apôtres, VIII, 18-20. Simon le magicien, témoin des prodiges qu'accomplissaient les Apôtres par l'imposition des mains , leur offrit de l'argent pour qu'ils lui conférassent le même pouvoir. « Que ton argent périsse avec toi, répondit Pierre, puisque tu as cru que le don de Dieu s'acquérait par de l'argent! »

De là le nom de Simonie, crime de Simon, donné à l'achat ou à la vente d'un bien spirituel ou ecclésiastique moyennant une somme d'argent ou tout autre don matériel.

Celui qui achète ou qui vend une chose sacrée, sacrements, prières, bénéfices, profession religieuse, etc. 1 , c'est-à-dire quiconque commet le crime de Simon ou simonie est appelé simoniaque.

1. Voir à l'Appendice, n° 14, les détails sur la Pénitence et les Bénéfices.

III e Siècle. — Il s'en faut beaucoup que , dans les premiers siècles, le clergé ait présenté le modèle de toutes les vertus. Dès le III e siècle, on se plaint que les vierges consacrées à Dieu se livrent au libertinage. Les évêques ont chez eux des concubines chrétiennes ; on en voit môme qui se souillent d'adultères. Les Pères du concile d'Antioche en 270 envoyèrent aux Églises une lettre circulaire (encyclique) où se lisait ce triste aveu : « Nous n'ignorons pas combien d'évêques sont tombés pour avoir eu des femmes avec eux 1 . »

Quant à la société civile, l'état des mœurs sous la férule de l'Église est aussi déplorable qu'aux pires temps du Paganisme. Des femmes chrétiennes passaient les nuits dans les cimetières sous le prétexte de prier, mais, en fait, pour s'y rencontrer avec un amant. D'autres, appartenant à la haute société, entretenaient chez elles des comédiens et des joueurs de théâtre à l'exemple des belles Romaines que Perse et Juvénal ont flagellées dans leurs satires. On voyait des épouses , guidées par le seul amour du changement, quitter leurs maris et en prendre d'autres. L'infanticide était chose fréquente; enfin, ô honte! des mères chrétiennes prostituaient leurs

1. Ce qui concerne les conciles est emprunté aux ouvrages suivants :

i<> Grande Collection des Conciles, de la Bibliothèque nationale.

2° Dictionnaire des Conciles, 2 vol. in-8, collection de l'abbé Mione.

3° La Somme des Conciles, par l'abbé Quyot, 2 vol. in-18, chez Victor Palmé.

Dans l'Appendice, n° 13, je donne le texte latin officiel des canons les plus importants.

filles, et des maris chrétiens prostituaient leurs femmes.

Des scandales aussi grands et aussi nombreux exigeaient une répression sévère ; c'est ce que tenta de faire le concile d'Elvire (ville d'Andalousie) en 309, le plus important que l'Église eût tenu jusqu'alors. Les quatre-vingt-un canons qu'il renferme furent dressés par le savant et pieux évoque de Gordoue, Osius, le même Osius qui dix-huit ans plus tard eut l'honneur de présider le grand concile de Nicée en qualité de légat du Pape et d'y rédiger le fameux Symbole de la Foi catholique.

Concile d'Elvire, en 309. — Canon 8 e . Prive de l'absolution les femmes qui quittent sans raison leurs maris et en épousent d'autres.

Canon 12 e . Prive de la communion, même à la mort, les Mères ou tout autre Fidèle qui prostituent leurs filles.

Canon 13 e . Ordonne la même peine contre les Vierges qui, après s'être consacrées à Dieu, avaient violé leur vœu et vécu dans le libertinage, ne comprenant pas le bien qu'elles ont perdu.

Canon 19 e . Même pieine contre les Évêques, les diacres et les prêtres qui auront commis un adultère.

Canon 27 e . L'Évêque ou tout autre clerc pourra avoir chez lui sa sœur ou sa fille, pourvu qu'elle soit vierge et consacrée à Dieu, mais non une femme étrangère.

Canon 35 e . Défend aux femmes de passer les nuits dans les cimetières, parce que souvent, sous prétexte de prier, elles commettent des crimes en secret.

Canon 67 e . Défend aux femmes, soit Fidèles, soit Catéchumènes, d'avoir à leurs "gages des comédiens ou des joueurs de théâtre.

Note. Les Fidèles sont ceux qui ont reçu le baptême : ils sont membres de la Communauté chrétienne. Les Catéchumènes sont ceux qu'on instruit pour recevoir le baptême ; ce sont les aspirants à l'admission dans la Communauté. Le Baptême était le sacrement d'admission au rang de Chrétien.

Canon 68. Toute Catéchumène qui aura étouffé son fruit conçu d'adultère, recevra le Baptême à la fin.

Canon 70 e , déclare que si une femme commet un adultère du consentement du mari, celui-ci doit être privé de la communion.

IV e Siècle. — Pendant tout le rv e siècle, le Concubinage fleurit dans la maison des Évêques et des Prêtres. On essaya d'y porter remède en désignant quelles femmes pouvaient, seules, habiter avec les clercs ; mais le torrent est trop fort, les décrets des Conciles sont impuissants à l'arrêter. Quant aux Vierges, les désordres se glissaient chez elles sous des formes qu'aujourd'hui on serait loin d'imaginer. A cette époque de l'histoire, elles n'étaient pas encore enfermées dans des monastères (les Agapètes ne le furent jamais) ; elles vivaient chez elles, en leurs maisons particulières. Là, elles recevaient la visite de leurs confesseurs ou de prêtres et même d'évêques, qui leur apportaient les consolations spirituelles. Ces consolations spirituelles dégénérèrent promptement en consolations charnelles. • Dans la Société civile, le concubinage continua

d'être admis par l'Église, à la seule condition que l'on se contentât d'une seule femme, épouse ou concubine, au choix!

Concile de Nicée, en 325. — Canon 3 e . Le grand Concile interdit expressément à tout évêque, à tout prêtre, à tout diacre, à quelque clerc que ce soit, d'avoir une femme sous-introduite (Agapète), si ce n'est sa mère, sa sœur, sa tante ou d'autres personnes à l'abri du soupçon.

Concile de Carthage, en 397. — Canon 17 e . Aucune femme étrangère ne doit demeurer avec aucun des clercs, mais seulement la mère, l'aïeule, les tantes, les sœurs, les nièces, celles de leurs familles qui y demeuraient avant leur ordination, les femmes de leurs enfants mariés ou de leurs esclaves.

Canon 25 e . Ordonne que les clercs et ceux qui ont fait vœu de continence n'iront point voir les veuves ou les vierges sans en avoir eu auparavant la permission des évoques ou des prêtres ; qu'ils ne seront pas seuls, mais qu'ils seront accompagnés par d'autres ecclésiastiques ; que même les évoques et les prêtres ne les visiteront point seuls, mais en présence d'ecclésiastiques ou d'autres Chrétiens d'une probité connue.

Concile de Tolède, en 400. — Canon 6 e . Défend aux vierges consacrées à Dieu d'avoir de la familiarité avec leurs confesseurs, d'aller seules dans les festins, comme aussi d'aller dans les maisons des Lecteurs, si elles ne sont leurs sœurs consanguines ou utérines.

Canon 47 e . Celui qui, avec une épouse Fidèle (ayant reçu le baptême), a aussi une concubine, est excommunié ; mais si la concubine lui tient lieu

d'épouse, en sorte qu'il se contente de la compagnie d'une seule femme à titre d'épouse ou de concubine, à son choix, il ne sera point rejeté de la communion.

V e Siècle. — Les mœurs, au V e siècle, sont plus corrompues qu'au siècle précédent ; la dissolution s'accroît au fur et à mesure que grandit la puissance politique de l'Église. Depuis que le Catholicisme est devenu Religion de l'État sous Constantin, ce n'est plus la Foi qui, principalement, pousse les gens à entrer dans les Ordres, c'est l'ambition, la soif de l'or, la facilité d'assouvir ses passions. D'autre part, le recrutement du clergé se faisait avec une légèreté et une incurie extraordinaires 1 . Il n'y a pas de mœurs, même solidement établies au début, qui puissent résister à des éléments aussi dissolvants. C'est pourquoi l'impudicité étendit peu à peu sa gangrène dans toutes les classes de la Société chrétienne. Le tableau qu'ont tracé les honnêtes Pères de l'Eglise, tels que Jérôme et Jean Chrysostome, s'applique au V e siècle non moins qu'à la fin du IV e . Au chapitre VII, on a vu le portrait des Agapètes, « cette peste de l'Église », tracé par la plume incisive de saint Jérôme, ainsi que les peintures piquantes de Jean Chrysostome. Quand on pense

1. Saint Jérôme, lettre à Océanus en 399, p. 571 : « Tel était hier catéchumène qui aujourd'hui est évèque ; tel paraissait hier dans l'amphithéâtre qui préside aujourd'hui dans l'église; tel assistait hier soir aux jeux du Cirque que Ton voit ce matin à l'autel parmi les ministres du Seigneur. Tel était autrefois protecteur de baladins et de comédiens qui aujourd'hui consacre des vierges à Jésus. »

que le seul moyen d'être vraiment sûr de la chasteté des Religieuses-vierges était de les faire passer périodiquement à la visite par les Sages-femmes, on imagine aisément la dépravation que trahit un semblable fait. La crainte du spéculum, devenue le seul garant de la sagesse, voilà qui en dit plus que d'éloquentes invectives ! Il l'avait bien fallu, en présence des scandales effrayants que Jérôme a dévoilés et flétris avec tant d'indignation ! C'est donc sans le moindre étonnement que, par les Canons des Conciles, nous apprenons que les Vierges violaient leurs vœux, contractaient des mariages défendus, et même se livraient à l'inceste.

Dans la Société civile, la corruption sévissait également parmi les femmes chrétiennes, dont un grand nombre vivaient en concubinage avec des membres du Clergé. La lettre de Jérôme à une veuve gauloise et à sa fille, qui toutes deux avaient pris un amant, en est un exemple frappant. On a vu que saint Jérôme, désespérant d'amener les deux femmes à rompre avec leurs concubins, leur conseilla de ne point vivre séparées, mais de se réunir tous les quatre et de ne faire qu'un seul et même ménage. Or, la Haute Société romaine du temps se plaignait de la sévérité excessive de Jérôme et l'accusait d'être « un esprit chagrin et ombrageux 1 » !

Saint Jérôme nous apprend encore que, durant les veilles qu'on faisait pour les fêtes des martyrs et surtout durant la veille de Pâques, il se commettait de nombreux adultères dans les églises : « Contre Vigilanttus, p. 414. Est ce que, par hasard, il ne

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