Annales ecclésiastiques de Baronius, t. XVI, p
achat simoniaque de la tiare n'est-il pas une simonie? Quel miracle de morale a rendu légitime dans Grégoire ce qui est, à juste titre, criminel chez les autres? Grégoire VI, orthodoxe zélé, travailla énergiquement à établir la suprématie absolue de la Papauté. Pour les âmes ultramontaines, tout est là : le reste, devoir ou vertu, n'est que bagatelle.
On comprend quel virus devait être inoculé aux mœurs du Clergé par l'exemple de ces Pontifes. Le libertinage s'étala avec une impudeur inouïe. La plupart des ecclésiastiques avaient des concubines chez eux ou au dehors ; les prêtres, les abbés, les moines dissipaient les biens des églises et des couvents pour l'entretien de leurs maîtresses et pour l'éducation de leurs bâtards. Les Évoques en vinrent à ce point de vilenie qu'ils se firent des rentes avec la luxure de leurs prêtres! !! Ils permirent, en effet, aux prêtres d'entretenir des concubines chez eux pourvu qu'ils payassent une amende à eux, évoques. (Concile de Lillebonne, canon 5 e .)
Telles étaient les mœurs du Clergé lorsque le pape saint Léon IX, poussé par le moine Hildebrand, puis Hildebrand lui-même, élu pape sous le nom de Grégoire VII, résolurent d'abolir définitivement le mariage et le sous-mariage ou concubinat. Les mesures adoptées enserrèrent le prêtre dans un réseau de châtiments et d'obstacles qui fermaient toute issue : 1° contre le clerc, la déposition; 2° contre la femme ou la concubine, l'expulsion et en certains cas l'esclavage ; 3° contre les enfants, le servage ; 4° contre les laïques qui donnaient leur fille en mariage à un clerc, ou même qui entendaient la messe d'un concubinaire, les foudres de l'Église.
Concile de Pavie en 1020. — Le pape Benoît VIII présida ce concile et y fit un long discours contre la vie licencieuse des clercs.
Canon 1 er . Les clercs n'auront ni épouses ni concubines, et cela sous peine de déposition.
Canon 2 e . Même peine contre les évoques qui auront des femmes chez eux.
Canon 3 e . « Les fils et les filles de tous les clercs, sans exception, qui sont nés d'une femme libre, quelle qu'elle soit, et quel que soit le genre d'union de cette femme avec le clerc (mariage ou concubinage), tous ces fils et filles, avec tous les biens qu'ils auront reçus de n'importe quelle main, appartiendront comme serfs à l'église de leur père, et jamais ils ne pourront être affranchis du servage de l'église. »
Canon 4 e . Défense aux juges laïques, sous peine d'excommunication, d'affranchir ces sortes de serfs.
Canon 5 e . Les serfs de l'église ne pourront rien acquérir ni posséder en propre, quand même ils seraient nés d'une mère libre.
Canon 6 e . L'homme libre qui aura prêté son nom à un serf de l'église pour faire quelque acquisition, donnera à l'église ses sûretés, ou il sera excommunié.
Canon 7 e . Même anathème contre le juge ou le tabellion qui aura écrit le contrat.
Extrait du discours du pape Benoît VIII. — « R©s divina est omnis clerus : tout clerc est chose divine ! Les femmes qui en ont joui pourraient donc être justement adjugées à l'Église, comme coupables de sacrilège ; mais, par indulgence, nous leur laisserons la liberté, à la condition qu'elles s'exilent loin de
leur complice, et que leur éloignement permette à la pénitence de rendre à l'Église ce que la luxure lui avait enlevé. »
Concile de Bourges en 1031. Canon 5 e . Défense aux prêtres d'avoir une femme ou une concubine.
Canon 6 e . Les évoques n'ordonneront point de sous-diacre qu'il ne promette à Dieu, devant l'autel, de n'avoir ni femme ni concubine.
Canon 8 e . On n'admettra point dans le clergé les enfants des prêtres, des diacres ou des sous-diacres.
Canons 19 e et 20°. — Personne ne donnera sa fille en mariage à un prêtre, à un diacre, à un sous-diacre ou à quelqu'un de leurs enfants, et n'épousera la fille d'aucun d'eux.
Concile de Mayence en 1049, tenu par Léon IX. Condamnation de la simonie du haut clergé et de l'incontinence des clercs.
Concile de Reims en 1049, tenu par Léon IX contre la simonie des évêques et l'apostasie des moines.
Concile de Rouen en 1050. — « Dictionnaire des Conciles. La discipline avait souffert de grands affaiblissements dans la province de Rouen, autant par la vie déréglée de ses archevêques que par les guerres civiles. » En 1064, un nouveau concile déposa l'archevêque à cause de ses crimes.
Concile de Rome en 1051. — Le pape Léon IX y excommunia pour adultère l'archevêque de Verceil ; celui-ci, ayant promis satisfaction, fut rétabli dans ses fonctions ! Un autre décret frappa l'incontinence des clercs. Un troisième décret ordonna que les femmes qui, dans l'enceinte de Rome, se seraient prostituées à des prêtres, appartiendraient au palais de Latran comme esclaves/
Concile de Toulouse en 1056. — Canon 7 e . On privera de leur degré d'honneur et de leur office les prêtres qui ne voudront pas vivre dans le célibat.
Conciles de Rome en 1059 et en 1063. — Canon 3 e . On n'entendra point la messe d'un prêtre notoirement concubinaire. Il est défendu à tout prêtre concubinaire de célébrer la messe, d'y lire l'Évangile ou l'Épître, de demeurer dans le sanctuaire pendant l'office, et de recevoir sa part des revenus de l'église.
Concile de Vienne en 1060. — Dix canons contre la simonie et l'incontinence des clercs.
Canon 6°. Contre les évêques, prêtres, diacres et sous-diacres qui, après s'être livrés à la fornication, continuent à remplir leurs fonctions sacrées.
Concile de Rouen en 1072. — Canon 15 e . Contre les prêtres concubinaires.
Concile de Rome en 1074. — Canon 1 er . Contre l'incontinence des clercs.
Concile de Poitiers en 1078. — Canon 8 e . Les enfants et les bâtards des prêtres ne pourront être promus aux ordres sacrés, à moins qu'ils ne se fassent moines ou chanoines réguliers.
Canon 9 e . Défense aux prêtres, diacres, etc., d'avoir des concubines.
Concile de Lillebonne en 1080. — Canon 3 e . Tous ceux qui sont engagés dans les ordres, les chanoines et les doyens, n'auront aucune femme avec eux.
Canon 5 e . Il est défendu aux évêques de condamner les prêtres à des amendes pécuniaires, à cause des femmes étrangères qu'ils ont chez eux.
« Dictionnaire des Conciles. — Le Concile condamne ici un abus énorme, mais trop ordinaire chez
les prélats de ce temps-là, qui souffraient que les curés eussent des concubines, pourvu qu'ils payassent une certaine somme d'argent, par forme d'amende 1 ! » .
Concile de Melfi en 1089. — Canons 4 et 2 contre la simonie et pour le célibat des clercs.
Canon 14 e . — Les fils des prêtres seront exclus des monastères et des saints autels, à moins qu'ils n'aient été élevés parmi les moines ou les chanoines.
XII e Siècle. — La lutte engagée par Léon IX et par Grégoire VII contre le mariage et le concubinat des prêtres dura plus de cinq siècles. « Il s'éleva « dans l'Europe entière des plaintes, des cris d'in- '< dignation, des menaces : « Nous n'abandonnerons « pas nos femmes ni les enfants que nous en avons « eus. La nature et l'humanité nous en font un de- « voir. » Les concubinaires dans plusieurs localités « en vinrent à la rébellion ouverte; des évêques cé- « dèrent ou à la violence ou à l'appât des bénéfices « pécuniaires d'une honteuse connivence (voir Con- « cile de Lillebonne en 1080). Les légats apostoliques « opposèrent une invincible résistance à la luxure, « qui réclamait de l'autorité la légitimation de ses « infamies après l'avoir eue du temps*. » Hélas ! ce fut bien plus dans un but politique que dans un but de moralité, que la papauté lutta si ardemment pour
1. Cette infâme pratique des évêques est loin d'avoir succombé sous l'anathème du concile de Lillebonne. JSlle subsistait encore au xv e siècle, comme on le voit dans Clémangis : De carrupto Ecclesiœ statu, chap. xv, 2.