‹ les apotres essai d'histoire religieuseChapitre 92 sur 109 · LUS APOTRES · texte numérisé non relu

LUS APOTRES

de saint Pierre, soiis le nom de Jean XXIII. Pendant quatre années , le nouveau pape put se livrer à ses penchants vicieux et traîner sa Vice-Divinité terrestre dans la fange la plus immonde. Malheureusement les monarques et les cardinaux , qui brûlaient d'en finir avec le schisme, l'obligèrent à convoquer un Concile général à Constance. Ce concile, qui entra en fonctions en 1414 pour résoudre le schisme et aussi pour réprimer l'hérésie de Wiclef et de Jean Huss, déposa Jean XXIII. Soixante-dix griefs furent articulés et prouvés contre ce vicaire du Christ. Il fut convaincu d'avoir exercé la simonie, dilapidé le bien des églises , fait un mauvais usage de la puissance spirituelle, scandalisé le peuple chrétien par sa vie licencieuse, avant et après son élévation à la papauté. Voici le texte môme du concile de Constance (page 84, collection des Conciles. — Bibliothèque nationale) : « Le pape Jean s'est souillé d'incestes avec la « femme de son frère et avec de saintes religieuses; « il a défloré des vierges , commis des adultères et « ces crimes odieux qui jadis firent descendre la « colère de Dieu sur cinq villes. » Après diverses péripéties , le pape Jean , retombé Balthazar Cossa, fit sa soumission au pape Martin V qu'on avait élu. Martin le reçut en grâce ; et l'ancien corsaire , que le concile avait convaincu de plusieurs crimes entraînant aujourd'hui la peine capitale ou le bagne à perpétuité, mourut évêque de Frascati et doyen du Sacré Collège !

Parles mœurs delà papauté, on peut juger quelles devaient être celles du clergé. Le recteur de l'Université de Paris, Clémangis, nous en a laissé le tableau complet.

Le recrutement du clergé sô faisait parmi les paysans et les manouvriers, « qui ne comprenaient guère plus le latin que l'arabe ; et même , ô honte ! qui étaient incapables de distinguer TA du B ». On a vu précédemment la judicieuse réflexion de M. Guizot sur le but politique poursuivi par l'épiscopat dans le choix d'esclaves ou de paysans ignorants pour remplir les fonctions sacerdotales. Mais, si la puissance des évêques trouvait son profit dans ce mode de recrutement, il n'en était pas de même des bonnes mœurs.

« L'ignorance entraîne fatalement le libertinage, » dit excellemment Clémangis, surtout chez les gens qui n'ont rien à faire et qui jouissent de privilèges au sein de la société. Aussi ces prêtres ignorants passaient-ils leur vie dans la crapule, l'orgie et l'impudicité ; « et c'est en sortant des bras de leurs prostituées qu'ils montaient à l'autel de Dieu ». (XVI, 3).

Les mœurs des prélats sont à l'unisson ; mais ce qui distingue ces hauts dignitaires , c'est leur insatiable avidité. Leur véritable Dieu, le seul qu'ils adorent, c'est l'argent. « Ils supportent beaucoup plus tranquillement la perte de dix mille âmes que celle de dix à douze sous (XIV, 1). » Aussi rien n'égale leur rapacité, leur simonie, leurs concussions : « Dans la plupart des diocèses, les évêques vendent aux recteurs de paroisses, moyennant une redevance déterminée, le droit d'avoir publiquement chez eux des concubines (XV, 2). » On voit que ce sacrilège trafic, déjà condamné au xi e siècle par le concile de Lillebonne , n'avait pas cessé de fleurir pendant les quatre cents années qui suivirent. Ce simple

rapprochement suffit pour mesurer la profondeur de la corruption invétérée du clergé.

Si du clergé séculier on passe au clergé régulier , le spectacle est peut-être encore plus repoussant. Les chapelains et les chanoines étaient ignorants, cupides, ambitieux, flatteurs, débauchés, ivrognes, incontinents , simoniaques ; ils entretenaient chez eux des concubines et les bâtards qu'ils avaient d'elles XX, 1).

Les moines et les frères mendiants, lubriques, indisciplinés, ne se distinguaient des autres qu'en ce qu'ils étaient plus crapuleux et voleurs (XXI, XXII).

Quant aux couvents de religieuses, la peinture qu'en fait Clémangis est d'une énergie et d'une précision terribles. L'illustre Hallam n'a pas manqué de l'insérer intégralement dans une note du chapitre IX de l'Europe au moyen âge.

« En ce siècle , les couvents de femmes ne sont « pas des sanctuaires de Dieu , mais d'infâmes lupa- « nars de Vénus ; ce sont des bouges destinés à « assouvir les passions bestiales des jeunes débau- « chés. Aussi, aujourd'hui-, faire prendre le voile à « une jeune fille est la même chose que la vouer à « la prostitution. » (XXIII, 2.)

Quel effet produisait sur l'esprit des peuples le spectacle de cette corruption de l'Église, il n'est pas malaisé de le deviner : « De là le profond mépris du public pour le clergé, mépris allant jusqu'au dégoût. De là le déshonneur jeté sur tout l'ordre ecclésiastique, cette ignominie, cet opprobre, dont les clercs devraient rougir , si leurs fronts bronzés savaient encore rougir. Autrefois, auprès du peuple, le sacerdoce était en grand honneur: rien n'était plus

vénéré que la prêtrise. Aujourd'hui rien n'est plus abject et plus méprisé. » (VI, 3.)

Le tableau, si éloquemment tracé par l'archidiacre de Baveux, recteur de l'Université de Paris, reçoit une éclatante confirmation, au xvi e siècle, de la bouche même de l'empereur d'Allemagne , dans une circonstance grave et solennelle. Le concile de Trente était suspendu depuis huit ans lorsque Pie VI fut nommé pape. Le nouveau pontife , désireux de réunir le concile , fit faire des ouvertures à l'empereur et lui demanda sur quels points le concile devrait porter son attention et ses travaux. L'empereur fit répondre au pape que : « La plus grande corruption paraissait être dans le clergé. Beaucoup de saints, dans leurs écrits, en avaient fait leurs plaintes, et depuis lors le clergé n'en était pas devenu meilleur. Les églises presque désertes , l'assistance aux saints mystères bien rare, beaucoup de licence dans la conduite des séculiers (évêques et prêtres), scandales perpétuels, autant de causes pour le peuple de chanceler dans sa foi. Il fallait donc commencer par cette correction des mœurs. Ce qui attire le plus les hommes à la foi, c'est la vertu manifeste de ceux qui l'enseignent; c'est là que le pape doit appliquer ses premiers soins 1 . » C'est le même langage que celui de Clémangis, parce qu'il traduit le même fait , c'est-à-dire la déplorable impression produite sur le public par la corruption du clergé.

Clémangis disait encore , au chapitre XXV, 1 : Je sais bien qu'il y a encore des clercs honnêtes ; mais

1. Hi*t. du Concile de Trente, par le cardinal Pallavicini, t. II, p. 907. Collection de l'abbé Migne.

dans quelle proportion? « On en trouverait à peiae un sur mille qui s'acquitte sincèrement des devoirs de sa profession. » Lorsque le concile de Trente se réunit de nouveau en 1562, l'empereur et les princes d'Allemagne demandèrent que le concile autorisât le mariage des prêtres. Quel argument employèrentils pour appuyer leur proposition? L'incontinence inouïe du clergé. Voici le discours que prononça l'ambassadeur de Bavière au sein du concile de Trente, le 27 juin 1562 : « L'incontinence du clergé s'étale avec une telle liberté, elle est si notoire, que le clergé déshonoré est devenu l'objet de la haine et du mépris du peuple. Dans la dernière inspection faite en Bavière, telle a été la fréquence des concubinages qu'à peine a-t-on trouvé trois ou quatre clercs sur cent qui ne fussent pas concubinaires, ou qui n'eussent pas contracté des mariages clandestins, ou qui n'eussent pas pris publiquement une épouse. Cette corruption des mœurs a tellement blessé l'âme ignorante du peuple que la prêtrise et les prêtres, la doctrine et les docteurs, sont englobés dans la même exécration. Aussi tous sont-ils plus disposés à se jeter dans la première secte venue qu'à revenir à l'Église 1 .»

« Dans toute l'Allemagne , la frénésie du mariage est si ardente que dans les paroisses il est à peine un prêtre sur cent qui ne soit marié en secret ou publiquement*. »

1. Annales de Baronius continuées par Raynaud, prêtre de l'Oratoire, t. XV, p. 239. — Comparer le langage de l'ambassadeur au chap. vi, 2, de Clémangis, à l'Appendice, n° 17; la ressemblance est frappante. Cela donne au tableau de Clémangis une autorité extraordinaire.

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