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LE VIEUX CADRE

« Depuis que Ton m'a décroché Du grand mur à tapisseries, Je rumine mes songeries, Obscurément vide et caché*

Moi si vieux, qui bordai tant d'étranges figures !

Tant de fantastiques endroits !

On laisse dans l'oubli se poudroyer mon bois

Sur tous les trous de mes piqûres.

La mousse a remplacé mon or.

Mais quoi I je suis plus noble encor Dans ca grenier brouillant ses poutres renfrognées..

Puisqu'en mon coin, mort à tout bruit, J'encadre un morceau de la Nuit Sous le verre du Temps fait par les araignées. »

Au funèbre éclat des bougies, Cœur trouble, regard incertain, Tout seul, chez lui, le libertin .

Se repose de ses orgies.

Et, comme l'heure se dévide, Lente et morne — au coin de son feu Il bâille, et s'assoupit un peu En face d'un grand fauteuil vide.

Sa somnolence terminée, Il trouve — alors tinte minuit - Un spectre occupant devant lui L'autre coin de la cheminée.

Dans ce fauteuil à dossier droit Cet assis, fantôme-squelette Sur qui la flamme se reflète Est déjà d'un horrible efl'roi.

Quelle n'est pas son épouvante,

Quand, par degrés, il voit dessus

Se recomposer les tissus

De la chair humaine vivante î

Et, l'ossature se revêt De toutes ses anciennes choses, Avec bouche rouge, ongles roses, Cheveux, cils, sourcils et duvet.

Cela devenu maintenant

Un corps de femme frissonnant,

A la peau fraîche et point blafarde,

Lui sourit, moite, à belles dents, Du mouillé de deux yeux ardents Convoiteusement le regarde.

Et, son vice étouffant sa peur, Le luxurieux qui soupire Revient assez de sa stupeur Pour s'entrelacer au vampire.

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