LE GLAIVE
Son cliquetis répond dans l'air Aux trompettes ! Son pâle éclair Luit dans le vent de roriflamme !
La rouille dont il est chargé, C'est du sang ennemi figé, Gravant sa gloire sur sa lame !.
Au lieu d'accroître l'existence Par son ignorance du temps, L'homme en compte tous les instants, La raccourcit avec une horrible constance.
Sans trêve le calendrier Redit son âge et le lui montre.
Il avait fait le sablier !
Il a fallu qu'il fît la montre :
Cela qui vit, travaille, a des pulsations Tout comme le sang de ses veines, Pour, — mesurant leur cours, — rendre encore plus vaines Sa pensée et ses actions.
Il Ta partout sur sa poitrine, ' Y battant presque avec son cœur,
Cette mécanique chagrine Qui, de ses tristes jours, avec tant de rigueur. Suit, en la divisant, l'incertaine longueur.
Maint soufFrant se surprend souvent à l'éviter,
Frissonne de la consulter, Car, hélas ! plus on souffre et plus on se défie !
Il ne peut retarder sans trac
Cette bête ronde à tic tac
Par secondes, mangeant sa vie.