DANS UNE CUISINE
Qui laisse voir le rond cuivré de ses cartouches : « Toujours trancher du lard, des viandes, ça me fâche î
Au lieu d'entrer dans du pain rond, Je voudrais m'enfoncer dans le cou du patron... Par ses propre&mains. Oui I mais... il est bien trop lâche. » Le*fusil lui répond : « Perdrix, caille ou bécasse,
Lièvre, toujours même gibier !
C'est le maître qu'un jour je voudrais foudroyer... Oui! mais... il a bien trop de prudence à la chasse ! > Du fond de son panier un champignon hideux, . Un cèpe énorme dit : « Eh bien ! mieux que vous deux Je saurai le tuer, moi, Thumble friandise !
Il me croit bon : je suis mauvais !
Et, sans qu'il s'en doute, je vais Pouvoir l'empoisonner, grâce à sa gourmandise ! »
La conlemplation m'enchaîne, Me subjugue, et même, souvent, Me laisse un peu craintif devant Ma vieille armoire en cœur de chêne;
En contiendrait-elle des livres, Des habits, des piles de draps !
Son épaisseur nargue les rats ; Sa porte qui pèse cent livres
Montre gravés sur sa serrure Ongles et gueules de dragons ; Avec ses trois énormes gonds Elle n'a pas d'autre ferrure.
La clef qui l'ouvre est la plus grosse De celles que tient mon anneau.
De chaque rustique panneau Sa simplicité se rehausse.
Comme mon regard y fait halte Quand il admire, à son milieu, Massive et courte — monstre un peu Sa surgissante croix de Malte I
Juste où l'araignée a sa niche, Dans le demi-jour des caveaux, On voit au ras des soliveaux Les moulures de sa corniche.
Gelle-ci renfrognée, austère, Semble contenir dans son creux Du séculaire poussiéreux, L*amas de Tombre et du mystère.
Quant aux aspics d'humble facture Décorant ses quatre gros pieds, .
Certes I Us furent copiés Sur des serpents de la nature.
Cette armoire de haute taille,' Démesurée en profondeur.
Monumentale de lourdeur, Elle vit contre sa muraille !
Avec ses bizarres losanges Tous à pointe de diamant, • Elle est digne du frôlement Des spectres et des mauvais anges;
En vain, j'en ai longue habitude.
Toujours elle a Tair de son coin, Encor plus juge que témoin.
De surveiller, ma solitude.
Puis, elle, me surprend : ainsi, Tel soir d'hiver, morne, transi, Je rentre chez moi, tout patraque...
A ce moment même, elle craque !...
Je crois rentendre me parlant, Faisant sur un ton grave et lent Aux questions de ma pensée Une réponse prononcée.
Assurément, elle dégage
Un deuil — une solenriité,
Un magique, une étrangeté
Qui tout seuls seraient un langage,
Par sa grande allure équivoque Elle inspire un trouble, un soupçon, Et communique le frisson.
Du lointain passé qu'elle évoque.
Et je me le dis, par instants :
« Tous ces contacts d'homme ou de femme Qu'elle eut jadis au bon vieux temps, Ont fini par lui faire une âme I »