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LES DEUX SCARABÉES

C'est alors qu'un rosier m'offrit renchanlement De petites bêtes robées D'émeraude et de diamant :

Je pus assister longuement Aux amours de deux scarabées.

Ils semblaient, se joignant avec un air humain, Dans la torpeur de la caresse

Couver en eux sur leur couchette de carmin Tout l'infini de la tendresse.

Et je rêvai d'amants défunts dont les baisers Se recontinuaient en leur métempsycose, Devant ces deux petits insectes enlacés Qui s'adoraient ainsi dans le cœur d'une rose.

Sa prudence a fui le mystère Du bois, du ruisseau,

Pour l'aridité solitaire.

Couchée en biseau,

Fourbue, elle s'étale à terre, Sous un arbrisseau.

Buvant la lumière enchantée

D'un glorieux soir, La grande couleuvre argentée

Là, sans se mouvoir, Gît tout de son long — cravatée D'un beau collier noir.

Le serpent luit sur l'herbe rase Dont le chaud lui plaît,

Eme.raudé, jaune topaze, Brun et violet.

De toute la bête en extase Vibre du reflet.

'•Avec un silence magique.

Et si piano Que c'en est presque le'thargique,

Elle arque son dos, Insensiblement se tournique,

Roule ses anneaux.

Coulante et lourde, elle environne

De mouvements tors L'arbuste qu'elle ceinturonne

Des nœuds de sou corps.

Telle, elle imite ces couronnes Qu'on fait pour les morts.

Elle darde, exprimant son âme

En ravissement.

Sa petite langue de flamme

Electriquement, Et se réengourdil, se pâme

D'assoupissement.

Le sommeil prend dans ses ténèbre

Toute la longueur De ces chapelets de vertèbres

Ivres de langueur.

L'ombre et les rayons qui la zèbrent

La bercent en chœur.

Elle dort ainsi, quand, vivace.

Brusque tout à coup, Elle tressaille, se de'place.

Et, dressant le cou, Siffle, écoute, se désenlace, Regarde partout.

Pour l'heure, elle ne veut plus, certe,

Dormir ou songer :

C'est sûrement la découverte

D'un grave danger Qui la rend si soudain alerte

Pour déménager.

Puis, son ram'pement s'accélère.

Tout l'être en travail, Elle exhale avec sa colère

Une senteur d'ail ; Prenant dans la rougeur solaire

Des tons de corail.

Où fuir ? Sa vue ici n'accroche

Ni trou y ni recoin.

Autour d'elle ni bois, ni roche.

Et Tonde est si loin !

Qu'importe 1 L'ennemi s'approche...

Le voilà qui point...

Alors, tout debout sur sa queue, Ondulant, d'un trait,

Elle fait plus d'un quart de lieue, Et, sans un arrêt,

Se jette à la rivière bleue, Rentre en sa forêt I

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