‹ Les apparitionsChapitre 51 sur 100 · LE TABLEAU · texte numérisé non relu

LE TABLEAU

Par ce soir automnal, je regarde au carreau Un morceau de lointain que noircit la tempête : D'immenses flamboiements, des pieds jusqu'à la tête, M'illuminent ! Le vent mugit comme un taureau.

Tout à coup, Tair, la foudre, et la terre, et la pluie Font un chaos qui tourne, affreux, précipité. Le vertige du ciel et de l'immensité Tient mon cœur stupéfait et ma vue éblouie .

La nature en folie arrachant ses haillons D'herbe et de feuilles — roule au gré des tourbillons... Et, frissonnant de tout mon être,

Je vois les éléments hideusement unis :

Ma vitre est le tableau de ces quatre infinis Dans le cadre de ma fenêtre.

Un soleil sans chaleur et presque sans clarté Se lève dans de Tombre — en sorte

Qu'il épand on ne sait quelle lumière morte Continuant l'obscurité.

Muré par le fumeux du ciel, des horizons,

L'air vous brouille l'âme et la vue ; La lande croupit plate et nue

Sans vestige de roc, d'arbres ou de buissons.

Mais la neige remplit tout ce viâe en prison, Sa tombée oblique et touffue

Couvre à flocons muets comme d'une toison La hideuse plaine chenue.

£t monotonement, s'étale indéfinie, Immaculée en sa fraicheur,

Duveteuse et compacte, éblouissante, unie, L'énormité de la blancheur.

Et le ciel, juste après ce déluge d'hermine, Blêmissant comme le lointain.

C'est tout l'espace blanc dans ce jour incertain Qu'un soir morne et glacé termine.

Puis, la bise ouate son bruit...

Et, d'abord si noire, la nuit Pâlit ses grands voiles funèbres :

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La lune consacre en tremblant Sur rimmense reposoir bJanc La fête blanche des ténèbres;

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