‹ Les apparitionsChapitre 80 sur 100 · L'ENSEVELISSEUSE · texte numérisé non relu

L'ENSEVELISSEUSE

Elle arrive : son doigt tapote.

C'est elle, ce toc-toc discret !

On frémit, lorsqu'elle apparaît, Haute et droite dans sa capote.

Elle eix a tant fait des toilettes, Des empaquetages de morts, Elle a tant manié de corps Boursouflés ou déjà squelettes.

Elle a clos tant de bouches vertes, Tant d'yeux fixes vitrifiés, Elle a joint, les doigts repiiés.

Tant de livides mains inertes,

Elle en a tant vu, vieux et vierges, Grands, petits, par elle habillés, Et par elle ensuite veillés, Froidissant jaunes sous les cierges.

Qu'il s*est empreint sur les traits creux De son dur visage d'ancêtre, Dans Tallure de tout son être Comme un cachet cadavéreux.

Elle a pris un aspect funeste.

Ce long contact blême et glacé A tout surnaturalisé Sa voix, son regard et son geste.

Au long d'un mur ou d'un buisson, Elle surgit! C'est le frisson.

Et celui sur qui son œil tombe

• Ne peut s'empêcher de songer Qu'elle va bientôt le changer Et le costumer pour la tombe.

Brr! au bois il ne fait pas bon !

La nuit déjà froide à sa chute Glace de minute en minute :

Il gèle à fendre le charbon.

Pour l'heure, le pauvre barbon, En sa misérable cahute.

Apprête une soupe au jambon Dans un grand pot de terre brute.

« Ma foi î grogne-t-il, quoi qu'on fasse, C'est bien dur de vivre tout seul î On a le temps dans son linceul D'être son propre face-à-face !

Je m'ennuie au coin de mon feu.

Si même un loup venait un peu Luminér avec ses prunelles ! »

Et soudain, comme si quelqu'un Poussait la porte... il en.entre un Dont les deux yeux sont des chandelles.

Ce charbonnier-là devait être

De ces meneurs marchant la nuit,

Car le loup a rampé vers lui

Comme un chien rampe vers son maître.

« Toi ! dit le vieux, pour tout à coup Tomber là, juste à ma pensée, Tu m'as Tair d'une âme passée Dans la forme et la peau d'un loup !

Mais sois diable, bête ou fantôme.

Réchauffe-toi bien, mange et boiç, Avant d^e regagner tes bois, Et reviens me voir sous mon chaume. ^

Et le loup qui paraît comprendre.

Après s^être assis dans la cendre, Engloutit son repas rustaud ;

Et puis, de la porte qu'il flaire.

Jappant sec pour dire : « A bientôt î »

Il disparaît dans la nuit claire.

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