PLEIN SILENCE
Il règne ea ce gîte abîmé Dans le noir et l'inanimé Un silence qui rend livide,
Qui donne à Fesprit défaillant La sensation du néant Dans de Tindéfîniment vide.
Je dis aux hommes : « Aujourd'hui, Mes sentiments ne sont plus vôtres 1 Et je me passe de vous autres Par la puissance de l'ennui...
Du grand ennui de la pensée Qui bâille devant l'inconnu Et du cœur las bien parvenu A rindiffërence glacée.
La routine de la Nature, Sa bonne résignation, M'ont guéri de l'obsession De la funèbre pourriture.
A force de remplir mes yeux .
Les plaines, les lointains, les cieux M'ont infusé leur paix profonde ;
Et je ne fais pas autrement Que de pratiquer en l'aimant L'ennui des arbres et de l'onde.
Mort à la femme comme au livre Je suis sans peine et sans plaisir, Sans regret — comme sans désir De tout ce dont l'homme s'enivre.
Je n'ai plus de but à poursuivre, Je vais sans craindre et sans haïr, Sans protester, sans m'ébahir.
Méprisant Tor comnae le cuivre.
Mon âme exempte de tempête Et n'ayant plus à fermenter Me permet enfin de rester En bon accord avec ma bête.
Conscient de tous mes instants J'assiste un peu comme le temps Au végétement de ma vie.
Quelles choses pourraient agir
Sur moi ? — J'en prends, sans réfléchir,
L'impression triste ou ravie. »
Or, comme il finissait de grogner en lui-même
Ce soliloque fier — dans le jour déjà blême
Il entendit un glas très au loin qui tintait
Goutte à goutte, au milieu du vallon, et c'était,
Cette larme de bruit tombant dans le silence,
D 'un plaintif insistant, morne en sa virulence !
Le sanglot de métal vibrait, signifiant
Que le trépas seul règne et que tout est néant.
Quoi! la nature est morte aussi! Tonde et la terre
Néant ! — Oui ! répondait le glas dans le mystère :
« Je pleure avec la mort de votre humanité
Le vide de l'espace et de l'éternité I »
Le misanthrope eut froid au fond du cœur, et, comme
Un bon vieux mendiant passait là, tout chargé,
Il fit route avec lui, se sentant soulagé
Par cette présence d'un homme.