‹ Les apparitionsChapitre 99 sur 100 · L ATOME · texte numérisé non relu

L ATOME

On n'existe que pour la mort : Entier, chacun de nous y sombre; Pourtant, il en est dans le nombre Qui dominent l'arrêt du sort.

Tel par son art ou sa bonté Mord sur l'airain de l'invisible, Y grave sa marque sensible Aux regards de l'éternité.

L'ATOJIE 301

Par delà Tombre du tombeau Ce que Ton fît de bien, de* beau, Nous survit, glorieux fantôme,

Toujours debout — jamais terni.

Narquoise contre rinfîni

C*est la revanche de l'atome !...

30ï LES APPARITIONS

Prêtant à Tonde, à l'arbre, au vent Sa grande voix mystérieuse, La nature, grave ou joyeuse, Ainsi l'interpellait souvent :

« Crois à ton corps qui veut m'étreindre,

Me sentir, m'avoir, me humer,

A ton instinct qui veut m'aimer.

C'est ton seul esprit qu'il faut craindre !..

Fuis le rêve ! ou malheur à toi !...

Tu saurais, enfreignant ma loi, La pire horreur, la plus amère.

Mort à la curiosité,

Végète ma réalité

Au lieu de vivre ta chimère. >

Mais lui, restant son propre émule, Il tordait son esprit, son cœur, Passait le suc de son labeur A tous les cribles du scrupule.

Voici que dans le gouffre avide Qu'il crut combler, le malheureux !

Il s'engloutit, toujours plus creux, Se débat, vidé, dans le vide.

30i LKS APPAIUTIONS

Ah ! la Nature avait raison !

Son rêve est devenu poison.

Ci-gît sa muse trépassée

Sur tous les fiels qu'elle a vomis.

A présent, qu'il passe au tamis Les ténèbres de sa pensée I...

Cette fois, le grinçant poète Trouve en lui le désert béant Et s'aperçoit que le Néant Est le monarque de sa tète. .

Sans mordre au sujet il se roftge, Il se perd dans la nuit des mots ; Horreur ! tel que les animaux.

Il sent, il considère, il songe.

Puis, quand l'orgueil à la torture, Il s'est. désespéré, maudit, Un jour, à la longue, il se dit Au froid conseil de la Nature :

« L'Art sans trêve était ton bourreau !

Tu ne béniras jamais trop L'épuisement qui t'en délivre.

Fais donc fête à ton corps qui rit,

Et simple d'âme, enfant d'esprit,

Vis ! pour le seul bonheùf de vivre î » .

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