‹ Les appeleurs; piece en trois actesChapitre 39 sur 68 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

n'écrit pas. Ils savent cependant pourquoi: c'était prévu depuis sa dernière lettre.

Son silence ne leur en est pas moins pénible; le pli d'une rose gêne ces sybarites: voilà la simple cause.

GERMAINE

Oui, monsieur Maurice, ils ne veulent pas l'avouer, mais voilà la simple cause. Ils me reprochent parfois d'être impressionnable, ils le sont plus que moi l'un et l'autre. Vous avez vu que je coupais court à la conversation sur les enterrements. C'est que, très réellement, maintenant qu'il y a une autre route, leur passage près de la maison paraîtrait ici un présage funeste, et vous verriez ma mé'"e, terrifiée comme un enfant.

MAURICE

Gomme un enfant! vous l'avez dit, car en vérité, dans vos campagnes, la mort ne revêt point l'aspect lugubre qu'elle offre dans les villes. L'autre jour, je voyais au loin un convoi défiler. La croix argentée, se détachant sur l'horizon, s'élevait comme un signe d'espérance et de salut. Par intervalles, à peu prés toutes les minutes, les chantres psalmodiaient un verset de psaume qui résonnait dans l'espace comme une mélopée intermittente, et alors, quoique réconcilié avec la vie, peut être à cause décela même, je trouvai du charme à la mort. Je me complus, en apercevant sous un dôme de branches chargées de pommes vermeilles, le cercueil porté à bras par quatre hommes, suivi de gens tenant des cierges, et sans l'escorte des affreux croque-morts de Paris, je me complus à penser qu'un jour je serais conduit de

6f LESAl'PELEUliS

I:i niêine minière, pir les mômes sentiers, sur la colline où donnent mes p:irents, où je veux dormir près d'eux, :iu sein de cette belle nature... Ah! j'aime ce pays, je l'aime!...

GEHM.MNE.

Vraiment?

MAURIGK.

Oui, devant le mystère d'un taillis, la majesté d'un chêne, comme devant une lleurette, un rien, j'éprouve une véritable extase, et quand je passe l)ar les chemins bordés de haies puissantes, de souches oml)reu-es, p.ir ces cliemins que vous traversez quolidienneiucnt, apparition si gracieuse, fée vêtue d'une robe d'à présent, mon cœur déborde d'admiration, de tendresse...

Il se penche vers Germaine.

GEH-MAINK, très émuo, interrompant.

Pour le pays, pour la belle nature...

MAURICE

Pour vous.

GERMAINE, très émue.

Ah!

Pour VOUS, dont la beaiilé se cunfnnd avei* celle des choses, pour vous qui m'inspirez un sentiment si respectueux, si pur, qu'on ne saurait le concevoir que dans une campagne comme celle-ci ou dans certuines églises, sous l'iuipression que fait naitre l'œuvre de Dieu ou le prestige de l'art des homiues... Dites-moi tout de suite que vous me pardonnez mon audace, que vous ne m'en voulez pas d'avoir levé les yeux sur vous, de cherchei-, moi, i)risonnier de l'exis-

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