ACTE DEUXIÈME
tence des villes, un refuge dans voire délicieuse retraite qui serait à jamais notre demeure commune, de former un rêve de repos, de bonheur, d'amour.
Non, je ne vous en veux pas ! Vous m'êtes cher, je vous suis tendrement dévouée... Voyez, monsieur Maurice, comme je suis franche, comme je vous ouvre mon cœur sans fausse honte... Mais chacune de vos paroles est pour moi une révélation, chacune d'elles me montre quel serait le danger d'associer nos deux existences, quelles pourraient être plus tard vos déceptions.
MAURICE, vivement.
Quoi! vous ne sentez donc pas combien je vous aime?...
GERMAINE
Vous croyez m'aimer, et vous ne m'aimez pas, ou plutôt, vous m'aimez dans le cadre où je vous apparais, au milieu de ces arbres, éclairée par ce soleil. Vous m'aimez en dilettante, en parisien épris de la verdure, d'un beau paysage, et à l'occasion d'une jeune fille qui vous plaît, d'après vos aveux mêmes, en se confondant avec les choses. Je vous représente la vie nouvelle, la vie heureuse, je flatte vos aspirations, mais je ne possède pas réellement votre amour.
MAURICE
Que signifie cette froide et fausse analyse de mes sentiments? Je ne vousauraisjamaiscrue si méfiante à mon égard, si sceptique !...
GERMAINE
Que voulez-vous ? Les filles, ainsi que moi, élevées en pleine campagne, sont à celles de la ville sur les-
quelles sans doute vous me jugez, ce que le paysan résorvé et défiant est à l'ouvrier hâbleur et crédule. Elles sont mûries par la réflexion et la solitude, elles voient le plus souvent droit et clair, comme moi-même, à vous entendre, je viens de voir clair en vous, et Dieu m'est témoin, monsieur Maurice, que cette clairvoyance me fait bien souffrir!
MAURICE
Germaine, je vous jure...
GERMAINE
A quoi bon? Votre sincérité est en ce moment hors de doute: vous êtes dupe de vous-même, de l'enchantement que vous subissez. Mais si plus tard, quand, par les soirs d'hiver, la campagne vous apparaîtra désolée, vous éprouvez la lassitude de l'existence terne et monotone...
MAURICE
Jamais! Jamais! J'aspire trop éperdument au repos près de vous, près des vôtres...
GERMAINE
Si les miens, dont le bonheur vous offre un ter attrait et vous semble une telle garantie, étaient, — que Dieu les en préserve! — frappés parle malheur, comme à ma souffrance, s'ajouterait celle de vous voir désenchanté, déçu!.. Monsieur Maurice, le jour où j'apercevrais dans vos yeux une lueur de regret ou de tristesse, j'en aurais un chagrin mortel et je souffrirais de votre mélancolie encore plus que de votre' abandon.
MAURICE
Je vous suis donc bien cher, Germaine?