ACTE DEUXIÈME
la lettre!.. Car elle dit comment il ne fait pas bon être prisonnier des Tonkinois, et vous êtes tout de suite dans un tel état, quand je vous raconte les supplices qu'on inflige aux missionnaires!
GKRMA.INE.
Mon Dieu, ayez pitié ! mon Dieu!
VICTOIRE
A la bonne heure ! Suppliez-le, appelez-le à votre aide, lui qui seul peut vous rendre votre frère, qtii seul peut rendre à vos parents leur fils !
GERMAINE
Ah ! mes parents, mes pauvres parents !
Laissons pour l'instant vos parents ! Pensons d'abord à celui qui est en si grand danger, dont la vie dépend, à une minute près, peut-être, de l'intervention du Bon Dieu.
GERMAINE
Oui, Victoire, je vais lui adresser les prières les plus ferventes...
VICTOIRE
Mais ce n'est pas assez de le prier ! Il faut encore mériter la grâce qu'on lui demande, par des efforts, par des sacrifices!.. Regardez-moi bien. Mademoiselle, c'est Notre Seigneur lui-même, j'en suis sûre, qui m'inspire en ce moment. Vous savez qu'il m'arrive souvent d'être favorisée par lui, de me sentir soulevée de terre, d'entendre des voix... Eh bien, je vous le dis en vérité, il ne tient qu'à vous de sauver votre frère, de lui épargner la mort chez les pirates, la mort sans confession, sans aucun sacrement I
GERMAINE
Parle I Que dois-je faire ?
VIGTOIUE.
Prenez vis-à-vis du lion Dieu l'enga^'enient que si votre frère vous est rendu, vous entrerez comme moi en religion, que vous prononcerez vos vœux...
GERMAINE
Ah ! Victoire ! Avec quelle joie je m'olYre !..
VICTOIRE
Vos vœux perpétuels, c'est-à-dire le cloître, le jeûne, les mortitications. Rélléchissez donc avant de conclure avec Notre Seigneur, songez que votre promesse va être enregistrée là-haut.
GERMAINE
Tu as raison. Je dois réfléchir, je dois songer que mes parents seront désespérés de me perdre...
VIGTOIUE.
Oh ! quant à ça I.. Ils le seront encore bien plus en apprenant que leur fils a été brûlé à petit feu, coupé vivant en morceaux !..
GERMAINE
Ah ! Victoire ! Victoire ! Tu me rends folle !.. Je jure, mon Dieu, que si Pierre est sauvé, je n'appartiendrai qu'à vous seul I
VICTOIRE
C'est bien, attendez! (Tirant un chapelet de sa poche.)
Vous le jurez sur ce chapelet?
GER.MAINE
Oui, encore une fois, je le jure!..
VICTOIRE
Vous voilà engagée vis-à-vis du Bon Dieu luimême ! Ni M. l'abbé Gaucher, votre confesseur, ni l)ersonne ne pourrait vous délier de votre serment.